Dans les yeux de Lexie

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Salut vous trois. Eh bien les Mayas étaient dans le champ. La fin du monde n'a pas eu lieu vendredi, comme certains illuminés le prédisaient. Donc nos retrouvailles là où vous êtes n'auront pas lieu. En tout cas, pas pour le moment. Ce sera donc un autre Noël sans vous.

Un autre Noël blanc. Si vous aviez vu la tempête de neige qui nous est tombée dessus vendredi!

Bon, ce n'était rien comme en 1971. Vous vous souvenez? Il était tombé tellement de neige cet hiver-là. Tu te souviens Papa? Tu ne garais plus ta voiture dans le garage, mais bien SUR le garage!

Un autre Noël sans vous trois. Et je sais que demain, j'aurai une pensée pour vous.

«Maman l'aurait aimé», me dirai-je en regardant l'arbre de Noël que Manon a décoré. Mais non, Maman, notre arbre n'est pas recouvert de guirlandes argentées. Il y a juste toi qui avait la patience de placer soigneusement et minutieusement chacune des quelque 1000 guirlandes que Papa et toi achetiez. Il y avait tellement de guirlandes sur ce sapin qu'on ne le voyait presque plus. Mais de mes yeux d'enfant, notre «arbre de Noël» était magnifique.

«Papa aurait aimé ça», me dirai-je quand la tourtière, la dinde et le ragoût de boulettes seront servis au souper. Mais non, Papa, il n'y aura pas de «bines». Il y a juste toi qui insistait pour que des fèves au lard soient servies à Noël. Et à ce jour, je me demande encore pourquoi.

«Michel aurait aimé ça», me dirai-je quand quelqu'un sortira sa guitare et que la fête sera lancée. T'aimais tellement chanter, mon frère. Et habituellement, c'est toi qui sortais ta guitare et qui lançais la fête. Mais depuis maintenant deux Noël, il manque une voix à notre «cacophonie des Fêtes». Il manque une guitare. Il manque un sourire. Et tu nous manques. Surtout quand on pense qu'on aurait fêté tes 60 ans le 30décembre, dans quelques jours. Soit une autre raison de relancer le «party», quoi!

Tes trois filles, Michel, seront au réveillon ce soir chez Ginette, comme chaque année. On rencontrera enfin Lexie, la fille de deux mois et demi de ta Marie-France et de son Mathieu. Ta petite-fille, Michel. Ta première. J'ai bien hâte de la voir et de la regarder dans les yeux. Et quel beau nom: Lexie.

Et je ne sais pas si ta Brigitte te l'a dit Michel elle te l'a sûrement dit mais elle attend des jumeaux au printemps. Oui, des jumeaux. Ou des jumelles. Penses-tu, Michel, que le monde est prêt pour deux autres «Brigitte»? Quoi? Oui, t'as bien raison. Le monde n'a qu'à bien se tenir.

Quoi de neuf sur cette boule, demandez-vous?

Il n'y a toujours pas de hockey. Et pas mal tout le monde commence à s'en ficher. Mais je ne sais pas ce que tu ferais de ton hiver, Maman, si t'étais toujours des nôtres. Toi qui aimais tellement «tes» Canadiens de Montréal.

Quoi d'autre de neuf?

Il y a eu une tuerie abominable l'autre jour dans un petit village du Connecticut. Un jeune homme dans la vingtaine armé jusqu'aux dents est entré dans une école primaire et il a tué 20 enfants âgés de six et sept ans, ainsi que six membres du personnel. Un crime monstrueux. Et quelques heures auparavant, il avait assassiné sa mère.

C'est dans des moments comme ceux-là qu'on se demande si Dieu existe. Et si oui, pourquoi laisse-t-il des enfants mourir d'une façon aussi atroce? Que sommes-nous censés conclure de tout ça? Pourriez-vous Lui demander, s'il vous plaît? Parce que nous, ici-bas, n'y comprenons rien. Absolument rien.

Mais je vais changer de sujet. Après tout, je ne vous prie pas pour vous faire de la peine.

Je passe beaucoup de temps à l'Université d'Ottawa dernièrement, Papa. Je fais de la recherche pour le centenaire du Droit, et la médiathèque de l'université, où se trouvent les micro-fiches de tous les Droit depuis 1913, est située dans le pavillon Morisset, à deux pas d'où se trouvait ton bureau.

L'autre jour, une dame une employée de l'université qui m'aide parfois avec mes recherches, m'a dit que sa soeur avait travaillé avec toi, Papa, à l'université. Et elle a ajouté que sa soeur parle de toi comme l'un des hommes les plus gentils qu'elle ait connus. Ça ne m'a pas surpris.

Oui, Michel, t'as bien compris. LeDroit aura 100 ans en mars prochain. Le temps pas vite, n'est-ce pas?

Et quand je fais mes recherches à l'université, je tombe parfois par hasard sur un texte ou une chronique que t'as écrit à l'époque où tu travaillais au Droit. Et ça me fait tout drôle.

Quoi Maman? Comment va Jean-Michel? Il va très bien. Il a célébré ses 22 ans en octobre dernier. Oui, mon grand a déjà 22 ans. Il est encore tout jeune. Mais moi, Maman, il y a des jours que je me sens parfois bien vieux...

Ce sera donc Noël demain. Un autre Noël sans vous trois.

Un autre souper des Fêtes sans ta bénédiction, Papa. Un autre sapin sans tes milliers de guirlandes, Maman. Un autre «party» sans ton rire contagieux, Michel.

Manon me demandait l'autre jour si j'étais pour aller me recueillir sur votre tombe à Noël. Je lui ai répondu «non».

Les cimetières m'attristent. Et je sais que ce n'est pas là que vous vous trouvez. Que ce n'est plus là.

Le jour de Noël, vous serez, comme toujours, dans nos coeurs, dans nos joies, dans nos rires... et dans les yeux de Lexie.

Joyeux Noël vous trois.

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