Médecins sans frontières

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Nancy Battistin se cherchait un médecin de famille en Outaouais depuis 2005.

Il y a environ un an, elle s'en est enfin déniché un. Mais à Ottawa. Et aujourd'hui, elle menace de poursuivre la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) parce que celle-ci ne rembourse qu'une fraction des frais médicaux en Ontario. «Pour chaque consultation, ça me coûte 69$, et la RAMQ me rembourse seulement 38$», rapportait notre journaliste Justine Mercier dans notre édition d'hier.

Exaspérée par la situation, MmeBattistin songe donc à intenter un recours collectif pour TOUS les patients de l'Outaouais qui n'obtiennent pas un plein remboursement de la RAMQ lorsqu'ils consultent un médecin d'Ottawa.

Mais qu'adviendra-t-il si MmeBattistin met sa menace à exécution et qu'elle obtient gain de cause? Verra-t-on un free for all dans les cliniques médicales d'Ottawa?

«Premier arrivé, premier servi, nous dira-t-on. Que vous soyez d'Ottawa, de Gatineau, d'Embrun ou de Val-des-Monts, ça n'importe pas à Ottawa, c'est le même prix pour tous.»

Non, je ne suis pas du genre à dire aux Québécois: «Tant pis pour vous, restez chez vous et restez malades.» Tout le monde a droit à un médecin de famille. Et nous, Ontariens, ne pouvons demeurer insensibles devant l'incapacité de certains Gatinois à s'en trouver un. Une personne malade doit être soignée, qu'elle habite d'un côté ou de l'autre de la rivière des Outaouais.

Mais n'allez surtout pas croire, chers amis québécois, qu'il «pleut» des médecins de famille à Ottawa. La pénurie de médecins de famille est un problème généralisé. Il n'est pas unique à l'Outaouais. Je connais des gens à Ottawa qui sont, eux aussi, à la recherche d'un docteur et qui n'arrivent pas à s'en trouver.

Et pour les francophones de la grande région de la capitale nationale - qu'ils soient Ontariens ou Québécois -, le problème risque de s'aggraver d'année en année.

Pourquoi? Parce qu'une pénurie de médecins francophones s'annonce en Ontario si le gouvernement McGuinty n'agit pas dans les plus brefs délais.

Je vous explique.

Sans Montfort, point de salut

L'hôpital Montfort joue un rôle d'enseignement universitaire depuis 1992. Il est le seul hôpital à le faire en français en Ontario. Le seul.

Au fil des ans, il n'a cessé d'augmenter le nombre de jours d'enseignement en médecine (JEM) pour parer à la demande. En moins de dix ans, le nombre de JEM est passé de 6500 à plus de 16000. L'hôpital vise à atteindre la barre des 34000 JEM en 2016 pour assurer la relève de demain.

Mais pour atteindre ce chiffre de 34000 JEM et ainsi assurer une relève de médecins francophones, l'hôpital Montfort doit obtenir du gouvernement ontarien une désignation officielle de statut universitaire.

La direction et les médecins de Montfort demandent cette désignation depuis des années. Mais Queen's Park ne bouge pas.

On attend cette désignation. On nous la promet durant les campagnes électorales. Mais une fois au pouvoir, les élus ne répondent plus. Même Madeleine Meilleur, la ministre déléguée aux Affaires francophones et ancienne infirmière à l'hôpital Montfort, est muette comme une carpe quand il est question d'une désignation officielle de statut universitaire pour son ancien employeur.

Pourquoi ce silence du gouvernement McGuinty? Fouillez-moi. Une question d'argent, sans doute. C'est toujours une question d'argent.

En octroyant à l'hôpital Montfort une désignation officielle de statut universitaire, le gouvernement de l'Ontario reconnaîtrait officiellement le rôle d'enseignement de cet hôpital en tant que centre hospitalier universitaire. Et Montfort se verrait ainsi accorder les mêmes privilèges - et les mêmes sommes d'argent - que les autres hôpitaux universitaires reconnus officiellement par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

«Présentement, la formation médicale en français est un succès grâce à la bonne volonté et au dévouement des médecins de l'hôpital Montfort qui attendent depuis de nombreuses années d'être rémunérés équitablement pour les heures qu'ils consacrent à l'enseignement. Ils ont toutefois clairement fait savoir qu'ils ne pourraient pas répondre à toute la demande sans une reconnaissance officielle de l'hôpital Montfort comme hôpital universitaire», peut-on lire sur le site Web de cet hôpital.

Donc sans cette «reconnaissance officielle» et une rémunération compensatoire que demandent les médecins de Montfort, les étudiants en médecine de l'Université d'Ottawa et les résidents qui font leurs études en français risquent de ne plus avoir accès à un centre hospitalier francophone pour y recevoir une formation clinique.

Et ceci entraînera inévitablement une éventuelle pénurie de médecins capables de donner des soins en français à Ottawa, et en Ontario.

Donc MmeBattistin intentera peut-être un recours collectif contre la RAMQ. Et elle aura peut-être gain de cause.

Mais en bout de ligne, ce n'est pas un médecin de famille que les Gatinois se chercheront à Ottawa, mais un family doctor...

dgratton@ledroit.com 613-562-7531

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