L'avenir est à ceux qui luttent

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Il y a eu une fête à Vanier le week-end dernier. Un rassemblement populaire pour fêter la renaissance du quartier.

Et durant ces festivités, certains ont proposé de désigner le secteur Vanier comme «Quartier francophone» d'Ottawa.

«C'est un bon début, a déclaré le conseiller municipal de ce quartier, Mathieu Fleury. Mais il faudra encore beaucoup de discussions avant d'en arriver à une désignation officielle», a-t-il ajouté.

Un début, a-t-il dit. Un début vers la création d'un «Quartier francophone».

Suis-je censé m'en réjouir, moi qui suis né dans cette ville et qui y habite toujours? Pas sûr. Pas sûr du tout.

Après tout, ce n'est pas d'hier que ce quartier est francophone. Quand j'étais enfant, Vanier - qui était alors une ville - comptait plus de 25000 habitants et 98% de sa population était francophone. On n'avait pas besoin de se donner de nom tel le «Quartier francophone» à l'époque, on la vivait, notre francophonie.

Mais je reviens au conseiller Fleury. Celui-ci a également déclaré au Droit qu'il «faudra définir les limites» de ce futur «Quartier francophone». «Est-ce tout le secteur?, s'est-il demandé. Ou est-ce seulement le chemin Montréal? Ensuite, il faudra s'entendre avec la communauté d'affaires pour bonifier l'offre de commerces francophones et de restaurants servant de la bouffe francophone», a-t-il ajouté.

Le conseiller de Rideau-Vanier aurait intérêt à revoir l'histoire de son quartier. Parce qu'au début des années 1980, la mairesse de Vanier, (ma tante) Gisèle Lalonde, désignait un secteur de Vanier: «Quartier français».

Voici ce qu'on peut lire dans un passage du livre Gisèle Lalonde: Grande dame de l'Ontario français écrit par mon frère, feu Michel Gratton: «Une de ses priorités, c'est la création du 'Quartier français' sur l'artère principale historique qui traverse Vanier, le chemin Montréal. Elle (Gisèle Lalonde) encourage les commerces et les institutions francophones à venir s'y établir. La compagnie Jean Coutu y ouvre sa première pharmacie en Ontario. L'ambassadeur de France facilite des rencontres avec des représentants de sociétés françaises comme Novotel ou Wagon-lit.»

Ce n'est donc pas d'hier qu'on parle de Vanier - ou d'un secteur de Vanier - comme quartier français, M.Fleury.

Mais avec la nouvelle ville d'Ottawa, on revient aujourd'hui sur la question et on songe à faire de l'ancienne Ville de Vanier un «Quartier francophone».

Youppi.

Les Italiens ont leur quartier à Ottawa depuis toujours. Les Chinois ont leur quartier. Les gais et lesbiennes ont aussi leur quartier. Et ce sera peut-être maintenant à notre tour, nous francophones, d'avoir notre quartier à nous. Youppi, disais-je.

Et durant la prochaine campagne électorale à la mairie d'Ottawa, lorsque quelqu'un soulèvera la question sur le bilinguisme officiel pour la capitale d'un pays officiellement bilingue, Jim Watson pourra dire quelque chose comme: «Que voulez-vous de plus, chers amis Franco-Ontariens? On n'a pas besoin de bilinguisme officiel à Ottawa. Tout va très bien sans cette désignation. Je suis francophile, j'ai le drapeau franco-ontarien dans mon bureau, je bois du Pepsi et vous avez maintenant votre 'Quartier francophone'. Que voulez-vous de plus!?».

Ce n'est pas un quartier qu'on demande, MM.Fleury et Watson. On l'a déjà ce quartier! Et il n'est pas nécessaire de le nommer «officiellement». Ce qu'on demande depuis toujours, Messieurs - et vous le savez - c'est le bilinguisme officiel à Ottawa. On ne veut pas un quartier francophone, on veut une ville. Notre ville! La ville où ont grandi les francophones de Vanier, certes, mais aussi ceux de Mechanicsville, de St-François d'Assise, d'Orléans, de la Basse-Ville, des plaines LeBreton...

Une coquille vide

Cette désignation possible que songe nous accorder la Ville d'Ottawa me fait penser à un chapitre de la saga Montfort. Quand la Commission de restructuration des soins de santé de l'Ontario a légèrement reculé devant le mouvement S.O.S. Montfort, en 1997, elle a déclaré que l'hôpital Montfort resterait ouvert, mais sans salle d'urgence, sans chirurgie, sans cardiologie et sans médecine familiale. Bref, une coquille vide pour fermer le clapet à Gisèle Lalonde et compagnie.

Et c'est un peu ce qui se trame avec cette idée d'un «Quartier francophone» à Vanier. «Cessez de nous casser les oreilles avec votre bilinguisme officiel pour la Ville, nous diront-ils, et contentez-vous de votre quartier, les Francos».

Inacceptable. Totalement inacceptable.

Et désolé d'être rabat-joie ce matin, chers concitoyens vaniérois. Je sais que plusieurs d'entre vous sont réjouis aujourd'hui par cette possible désignation pour notre quartier. Et c'est bien correct. Mais prenons-le comme un début, d'accord? Mais un début, non pas pour la création d'un «Quartier francophone», mais bien vers une ville officiellement bilingue, une fois pour toutes.

S.O.S. Montfort ne s'est pas contenté de miettes et d'une coquille vide en 1997. Ce mouvement a poursuivi la lutte jusqu'à la victoire.

Quinze ans plus tard, on se doit de l'imiter. Parce que comme dit un vieil ami qui fêtera bientôt ses 100 ans: l'avenir est à ceux qui luttent.

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