Comme du déjà-vu

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Regarde Manon ce que je me suis acheté tantôt.

Une tuque?

Pas juste une tuque, Manon. Mais une tuque des Sénateurs d'Ottawa.

(Long soupir...) Où as-tu pris ça, Denis?

Au Beer Store. Ils en vendaient aux couleurs et aux logos des équipes de hockey canadiennes. Et je dois dire que l'Ambassadeur officiel des Sénateurs que je suis - un titre très, très sérieux - a été légèrement insulté par la jeune commis de ce magasin.

Explique...

Elle ne parlait pas français, évidemment. Je pense que les employés des Beer Store sont tous allergiques au français. Et quand je lui ai dit, en anglais, que je voulais acheter une tuque, elle a remarqué mon accent français.

Puis après, Denis? Ça t'insulte qu'une anglophone remarque ton accent français?

Non. C'est pas ça. Mais parce qu'elle a remarqué que j'étais francophone, elle m'a immédiatement remis une tuque du Canadien. Comme si tous les francophones étaient automatiquement des fans de Montréal. Ça, c'est insultant. Je lui ai dit: 'Oui, Mademoiselle, je suis Franco-Ontarien, mais je suis aussi le partisan numéro un des Sens.' Et elle de répliquer: 'Moi, je prends pour les Jets de Winnipeg.' Comme si je lui avais demandé. Les Jets... Pfffft! Des minables.

Tu t'ennuies du hockey, hein Denis?

Un p'tit peu, oui. Et je pense que le conflit ne se réglera pas cette année.

Mais tu me disais l'autre jour que ton collègue Sylvain St-Laurent (qui assure la couverture des Sénateurs d'Ottawa) est optimiste et qu'il t'a dit que, selon lui, le conflit se réglera bientôt.

C'est ce qu'il m'a dit. Mais je pense qu'il voulait juste me remonter le moral parce que même lui s'en va travailler en Europe!

Comment ça?

Si j'ai bien compris, il quittera bientôt pour Berlin pour aller préparer des reportages sur les hockeyeurs gatinois Daniel Brière et Claude Giroux qui jouent ensemble dans une ligue de garage d'Allemagne.

Il est chanceux.

Plutôt, oui. Mais tu sais que ça va mal dans ce conflit quand les journalistes sportifs s'exilent eux aussi en Europe!

Parlant d'Europe, Denis, j'ai loué un film pour ce soir et l'histoire se déroule en Italie. C'est un film de...

Heu... Je pense que je vais passer, Manon. Tu le regarderas, ton film. Moi je vais regarder la télé dans mon bureau, il y a une émission spéciale à RDS que j'aimerais bien voir.

Pas un match de hockey!? Tu ne vas pas encore regarder un match des années 1970?

Non, celui-là date de 1987.

Tu portes bien ton nom, Denis Gratton. Parce que t'es pire qu'Elvis Gratton qui écoute des vieilles cassettes des parties des Expos sur une plage de la Floride.

Dis ce que tu veux, Manon. Mais attends de voir le match de ce soir.

Comme si j'allais le regarder avec toi.

Tu devrais. C'est un classique. Le Canada qui gagne le match décisif contre les Russes par la marque de 6 à 5 au tournoi de la Coupe Canada de 1987. Et le but gagnant est marqué par Mario Lemieux sur une passe de Wayne Gretzky avec moins de deux minutes à jouer dans le match. L'un des plus beaux buts de l'histoire du hockey par les deux plus grands joueurs de l'histoire du hockey.

Donc t'as déjà vu cette partie, c'est ça?

C'est sûr. En 1987, comme tout le monde. Je n'aurais pas raté ce match pour tout l'or du monde.

Donc tu l'as déjà vu et tu le regarderas encore? Même si tu connais le score final?

C'est ça, oui.

Ce n'est pas d'une tuque que t'as besoin, Denis. C'est de soins psychiatriques. Oublie ton hockey, un peu. Regarde le film avec moi ce soir.

(Long soupir...) Cette semaine, Manon, j'ai regardé Les Enfants de la télé, Adam et Ève et Unité 9. Et j'ai aussi regardé Un Air de famille. Puis, j'ai même regardé deux émissions de 30 vies qui ne duraient qu'une demi-heure chacune, mais qui ont semblé durer 30 vies. Ce sont toutes des émissions que je n'aurais probablement jamais regardées s'il y avait du hockey. Et là, je pense que je suis prêt pour une bonne partie de hockey.

Mais c'est du vieux hockey d'il y a 25 ans! Et une partie que t'as déjà vue, à part ça!

Bon d'accord. T'as raison Manon. C'est plutôt ridicule de regarder des matches dont on connaît la conclusion, je te l'accorde. Excuse-moi. Je suis en manque de hockey, c'est tout. Je suis en sevrage et je délire. Je vais regarder le film avec toi. Et je vais même faire du pop-corn.

Génial! Attends de voir ce film, Denis. Je te le dis, tu vas l'adorer.

Mais comment peux-tu savoir si je l'aimerai ou non?

Je le sais, je l'ai déjà vu.

Mais...»

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