C'est la façon dont le légendaire René Lecavalier a décrit le but qui allait donner la victoire au Canada contre la Russie, avec 34 secondes à écouler dans la dernière partie de la «Série du siècle». C'était le 28septembre 1972, il y a aujourd'hui 40 ans.
Le Canada gagnait cette série historique de huit matches par la marque de quatre victoires contre trois défaites (après une partie nulle - le 3e de la série - à Winnipeg).
Je m'en souviens comme si c'était hier. Comme des milliers de Canadiens, pour ne pas dire des millions, ce but restera gravé dans ma mémoire à tout jamais.
J'avais 12 ans. J'étais en 6e année à l'école Bériault. Et il y avait des classes cette journée-là puisque le match se déroulait en après-midi (heure du Canada), à Moscou.
Sans la technologie d'aujourd'hui, nous n'avions aucune idée de ce qui se passait sur la glace, à l'autre bout du monde. Mais entre la 2e et la 3e période, tout de suite après la récréation, notre enseignante, MmeBoudreau, est entrée dans la classe, la mine basse. On pouvait lire dans ses yeux que les choses n'allaient pas très bien pour nos héros à Moscou.
«Les élèves, nous dit MmeBoudreau d'un ton grave, ça ne va pas bien pour le Canada. Après deux périodes de jeu, la Russie mène 5 à 3».
Toutes les petites têtes se sont baissées et on aurait pu entendre une mouche volée. J'ai eu le goût de pleurer. Mais on ne pleure pas à 12 ans. Surtout pas devant ses collègues de classe.
«Mais j'ai une surprise pour vous, reprend MmeBoudreau. Monsieur le concierge viendra installer un téléviseur dans quelques minutes, et nous regarderons tous ensemble la 3e période.»
Un cri de joie a retenti dans la classe. Mais j'avoue que je n'étais pas sûr de vouloir regarder cette dernière période. Parce qu'une défaite des Canadiens m'aurait fait fondre en larmes.
Puis... comme disent nos amis anglophones... the rest is history.
Dès que la cloche a sonné pour annoncer la fin des classes, j'ai couru jusqu'à la maison pour célébrer avec mes frères et mes soeurs. Non. Je n'ai pas couru. J'ai volé jusqu'à la maison. À la vitesse de Paul Henderson. J'étais Paul Henderson.
Nous, les Canadiens, étions les meilleurs. Les plus grands. Les plus courageux. Les plus valeureux.
Mais malgré cette victoire historique et l'innocence de mes 12 ans, je savais qu'on venait de se faire servir toute une leçon de hockey par l'équipe de l'Armée Rouge. Et je savais que le hockey, tel qu'on le connaissait, venait de changer à tout jamais...
C'était le 28septembre 1972. Il y a 40 ans aujourd'hui. Vous vous souvenez?
«J'étais avec la gang de francophones de la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa l'après-midi du 28septembre 1972. Bières et pizzas à l'appartement de l'un d'eux. Nous avions décidé de sécher nos cours (Oh! péché mortel) afin de regarder le match. QUEL MOMENT SUBLIME!»
Pierre Brown
«En après-midi, le 28 septembre 1972, j'avais 16 ans et j'étais en 11e année à l'école secondaire L'Escale à Rockland. Nous avions skippé l'école pour l'après-midi pour se rendre à la taverne de Jean-Noël Wolfe sur la rue Laurier. Bien sûr, on ne servait pas d'alcool aux mineurs, mais on tolérait notre présence, vu l'importance de l'événement. Et au diable les répercussions (pour avoir séché les cours), la victoire du Canada valait la peine de prendre une chance!»
Alain Saumure
«Le 28 septembre 1972, j'étais en sixième année à l'école Saint-Joseph, à Hull. Mon adorable professeure, Madame Lalande, aimait, elle aussi, le hockey. Sensible probablement au caractère historique de cette partie, elle a écouté son coeur de fan de hockey et installé un téléviseur dans la salle de classe. Je n'ai jamais oublié cet après-midi-là.»
Chantal Berniquez
«J'étais, à ce moment-là, directeur de l'école intermédiaire Sacré-Coeur à Timmins. Les profs et moi nous étions donnés la main pour apporter une bonne douzaine de téléviseurs à l'école pour que toutes les classes de 7e et 8e puissent regarder cette série. Ça fait du bien de se rappeler l'atmosphère qui régnait dans l'école à ce moment-là. Je suis certain que les élèves n'oublieront jamais cette journée plus que mémorable.»
Viateur Sincennes