Dans les restaurants, par exemple, les Canadiens français ne laissent presque jamais de pourboire au serveur ou à la serveuse et, les rares fois qu'ils le font, c'est à peine s'ils laissent cinq ou six pour cent du coût de leur facture avant les taxes.
Voilà. C'est dit. Nous sommes tous des «Séraphin Poudrier».
Passons au prochain sujet.
Les élections au Québec se tiendront dans quelques jours et...
Bien quoi? Qu'avez-vous à me crier par la tête ce matin, chers lecteurs? Pourquoi êtes-vous en colère?
Quoi? Parce que je vous ai traités de pingres? Mais... c'est vrai. Vous l'êtes. Et moi aussi! J'ai bien dit tous «les Canadiens français». Pas juste les Québécois. Pas juste les Franco-Ontariens. Pas juste les Acadiens.
Tous les membres de la grande communauté francophone du Canada, les Québécois inclus, ne sauraient pas laisser un pourboire convenable si leur vie en dépendait.
Et ne vous choquez pas contre moi, ce n'est pas moi qui le dis.
Ce sont les Américains. Pas tous, mais surtout les restaurateurs et les employés de restaurants du Nord-Est des États-Unis.
C'était écrit dans un quotidien d'Ottawa de l'autre langue officielle qui n'est pas le Sun, hier matin. Voici le titre du texte en question:
«French Canadiens seen as bad tippers across U.S. Border». (Traduction libre: Les Canadiens français sont perçus comme des avares aux États-Unis).
Dans ce texte, on apprend que plusieurs restaurants de la ville de Burlington, au Vermont, ajoutent de façon systématique jusqu'à 20% de plus à la facture des clients canadiens français pour compenser pour les faibles pourboires laissés par ces derniers.
Mais j'aurais dû écrire «les restaurants de Burlington ajoutaient» (plutôt qu'«ajoutent») dans le paragraphe précédent. Parce que semble-t-il que cette pratique illégale aurait cessé depuis qu'un journal de Burlington nommé le Seven Days a fait la lumière sur cette histoire.
Malgré cet article du Burlington Seven Days, plusieurs restaurateurs et employés de restaurants de cette ville en avaient gros sur le coeur et beaucoup à dire cette semaine.
Comme Niall McMahon, gérant du restaurant Asiana Noodle Shop, qui a déclaré que son «restaurant n'a jamais eu une politique d'imposer un pourboire aux Canadiens français, mais que, parfois, ses serveurs le font». Et d'ajouter M.McMahon: «C'est laissé à la discrétion du serveur».
La belle affaire... Le serveur ne vous aime pas la face, 20% de plus à votre facture!
Et ce même McMahon en rajoute:
«Quelques fois par semaine, nous accueillons des groupes qui mangent pour plus de 100$, mais qui ne laissent que trois ou cinq dollars de pourboire. Et dans 100% de ces cas, ce sont des clients canadiens français. Pas tous les Canadiens français le font, c'est sûr, mais quand une telle situation se produit, ce sont toujours des Canadiens français.»
Une Américaine francophone nommée Anne-Marie Humbert qui habite depuis plus de 30 ans le village de Williston, au Vermont, a raconté au Seven Days qu'un autre restaurant a ajouté 18% à sa facture quand le serveur l'a entendue parler en français. Et ce, à trois reprises!
Vraiment pas gênés, ces serveurs...
Comme cette serveuse qui a refusé de se nommer et de nommer le restaurant où elle travaille. Voici ce qu'elle a dit:
«C'est vraiment décourageant. Les Canadiens français sont vraiment gentils, je ne sais pas pourquoi ils sont si radins. La plupart du temps, ils ne laissent que cinq ou sept pour cent de pourboire.»
Et de questionner Kim Blow, la gérante du Leunig's Bistro & Café: «Peut-être que les Québécois (elle a bien dit les Québécois, elle, et non les Canadiens français) ne savent pas que le salaire minimum d'un serveur au Vermont est de 4,10$ de l'heure, soit la moitié du salaire minimum des serveurs au Québec qui est de 8,25$.»
(Vérification faite: le salaire minimum pour les salariés à pourboire au Québec est de 8,55$ depuis le 1ermai 2012).
Mais MmeBlow a tenu à ajouter ceci: «on dit que les Québécois ont la réputation d'être avares, mais je les trouve très gentils et ils prennent bien soin de moi. De plus, mon français s'améliore de jour en jour».
Elle a tout compris celle-là. Faisons un petit effort pour parler aux Québécois et aux Canadiens français dans leur langue, ne serait-ce que pour les amuser, et un bon pourboire suivra...
En d'autres mots, comme disait Rénald «Pinson» dans La Petite vie: «Je ne suis pas CHEAP!».