Le retour de Fernand

DENIS GRATTON
Le Droit

(Hier matin...)

« Fernand ! ?

Tiens ! C'est le Vaniérois manqué ! Comment ça va, mon Gratton ! ?

Ça va bien. Mais où étais-tu ! ? Ça fait des mois que je viens ici (aux Galeries de Hull) et que t'es ni vu ni connu.

Ça fait pourtant un bout de temps que je suis revenu. C'est toi qui ne viens plus me voir depuis que t'es déménagé à Vanier.

Bon, j'avoue que je ne viens plus aussi souvent. Mais je suis revenu à quelques reprises au cours des derniers mois et tu n'étais jamais ici.

Je le sais. J'ai été trois mois su'l'dos au printemps. Imagine-toi donc que je me suis fracturé la jambe droite. Un p'tit accident bête en sortant de chez nous. Je n'avais pas vu la glace sur le perron puis... Bien, c'est ça. J'ai sacré le camp en bas des marches et je me suis ramassé à l'hôpital de Hull.

As-tu été hospitalisé longtemps ?

Pantoute. Si t'es pas mourant, ils ne te gardent pas. Pis encore. Je suis retourné chez moi le même jour, la jambe dans le plâtre, pis c'est Rémi (son frère) et sa femme qui ont pris soin de moi. Une chance que je les avais.

Ça va mieux maintenant ?

Je pète le feu ! Mais coudonc, Gratton, t'es pas en vacances dans le bois, toi ? Je viens de lire dans ta colonne que t'es en vacances.

Oui. À compter de demain (aujourd'hui). Mais une lectrice m'a écrit un courriel ce matin (hier) pour me demander où t'étais passé. Alors j'ai décidé de venir vérifier une dernière fois si t'étais ici avant de quitter en vacances. Et je suis bien content de te retrouver, mon vieux.

Une lectrice s'inquiétait de moi ?

Si tu savais, Fernand, le nombre de courriels à ton sujet que j'ai reçus au cours des dernières semaines, tu ne le croirais pas. Plusieurs se demandaient bien où t'étais rendu.

Je savais pas que j'avais un fan-club. Tu les remercieras de ma part.

Je vais faire ça. Puis ? T'as lu ton Droit de ce matin ?

Ah oui. Ça sent les élections au Québec à plein nez, hein ?

En septembre, semble-t-il.

Y a pas de doute. Le gros Norm qui s'en va, c'est un signe qui ment pas. Mais c'est qui ça Gratton, Alexandre Quosséçà ?

(Rires.) Tu veux dire Alexandre Iracà. C'est lui qui remplacera Norm MacMillan chez les libéraux dans le comté de Papineau.

Je n'ai jamais entendu parler de lui de ma sainte vie. Ça mange quoi en hiver, ce Irapas.

Iracà, Fernand. Il est le président de la Commission scolaire au Coeur-des-Vallées.

Ça doit être pour ça que je n'ai jamais entendu parler de lui. T'sé, moi, les écoles en campagne, je m'en fiche pas mal. Pis il doit pas avoir grand-chose à présider, ce gars-là. L'été, les étudiants sont en vacances. Et le reste de l'année, ils sont dans la rue. Ça prend pas la tête à Papineau pour gérer des écoles vides.

Oh boy... Les commentaires de Fernand sur le conflit étudiant. Attends mon vieux, je vais prendre une grande respiration avant d'écouter ça.

C'est plus un conflit étudiant, c't'affaire-là. C'est Monsieur et Madame Tout-le-monde qui en ont assez de se faire fourrer. La foire a commencé avec les étudiants. Mais là... C'est rendu généralisée, c't'affaire-là. Le monde ont leur crisse de voyage !

Leur voyage de quoi, Fernand ?

Leur voyage d'attendre trois jours à l'urgence. Leur voyage de pas avoir de médecin de famille. Leur voyage de payer des impôts à tour de bras pis d'avoir des routes dangereuses qui tombent en morceaux. Leur voyage de voir les jeunes décrocher par milliers parce que le système scolaire est une vraie farce. Leur voyage d'être les Canadiens les plus taxés et de n'avoir rien en retour. Leur voyage de voir les riches pas payer d'impôts.

Je savais que je n'aurais pas dû demander...

Je ne sais pas où et comment ça va finir tout ça, Gratton, mais ça sera pas beau t'à'l'heure.

Tout dépendra qui sera élu en septembre, je suppose.

Pffff ! Tu sais bien que Charest va être réélu. Y va passer entre le Legault et la Marois pis on va se retrouver avec un gouvernement minoritaire. Et on sera pas plus avancés. Comme d'habitude. C'est-tu assez ironique à ton goût ? Le monde sort dans la rue avec leurs chaudrons pour avoir du changement, pis ils vont réélire le même gars !

Plutôt ironique, en effet. Bon bien Fernand, il faut que je me sauve. Bien content de te retrouver, mon vieux. Je te revois le mois prochain.

C'est ça. Bonnes vacances mon Gratton. Pis fait sûr de revenir, je veux te parler du nouveau parti politique à Gatineau et du jeune Maxime Penaud-Jobine. J'ai mon opinion là-dessus.

Je pense que je vais écourter mes vacances juste pour venir entendre ça, Fernand. Salut mon vieux !

Salut mon Gratton. »

dgratton@ledroit.com

613-562-7531

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