Une heure auparavant, il venait de confirmer en conférence de presse ce que tout le monde savait déjà: Norm MacMillan, 64 ans, prend sa retraite de la politique.
«Je vais prendre une grosse Coors Light!, lance-t-il au serveur en prenant place à ma table. Je te dis qu'elle m'attend depuis longtemps cette bière-là», ajoute-t-il en riant.
Nous nous étions donnés rendez-vous à cet endroit, à «son» hôtel, lui qui a été propriétaire des lieux jusqu'en 1983 avant de vendre la «business» à son frère, Ken, qui est toujours gérant de la place.
«Pas de regrets?, que je lui demande au sujet de sa retraite de la politique.
Aucun, répond-il en prenant une longue gorgée de bière. C'est fini pour moi la politique, dit-il en déposant son verre. L'idée de me présenter à la mairie de Gatineau m'a effleuré l'idée, mais ça n'a pas duré. Non, non. C'est fini la politique. Bon, je ne dis pas que je ne conseillerai pas certains politiciens s'ils me le demandent, j'ai toujours eu un pif pour la politique. Mais ce n'est certainement pas Norm MacMillan qui va jouer la belle-mère, ça c'est sûr.»
En conférence de presse plus tôt en journée, il a déclaré qu'il a consulté sa famille avant de prendre sa décision de quitter pour de bon la politique active. Les siens auraient-ils préféré qu'ils poursuivent sa carrière à Québec?
«Non, au contraire, répond-il. Marie-Laure (son épouse) m'a dit: 't'as fait beaucoup Norm, je pense que t'as tout donné. Amuse-toi un peu, tu le mérites'. Mon fils Martin m'a dit sensiblement la même chose. Il m'a dit: 'c'est assez Dad. Rentre à la maison'. Ils ont raison. Il est temps que je rentre dans mes terres au lac Demi-Lune et que je profite du temps que j'aurai pour jouer avec mes quatre petits-enfants, pour les emmener au parc, pour aller voir les matches de soccer de mon petit-fils et tout ça. Et je pourrai passer plus de temps avec ma fille, Kim, qui est atteinte de dystrophie musculaire. Ça fait 23 ans que je passe mon temps à Québec et que je ne suis jamais à la maison. Il est grand temps que je retrouve ma famille et que je reprenne le temps perdu auprès d'eux».
Et vous allez faire quoi maintenant? Vous n'avez pas peur de vous ennuyer à la longue?
Du tout! Pour les premiers six mois de ma retraite, Marie-Laure et moi allons voyager. On va aller en République dominicaine et en Floride l'hiver prochain. Et j'ai toujours rêvé de visiter l'Écosse. On verra bien. J'aurai aussi des petits travaux à faire autour de la maison. Je ne suis pas très habile avec un marteau, mais je peux tondre la pelouse et jardiner. Et je vais enfin pouvoir aller jouer au golf avec mes «chums» et ne plus limiter mon golf à des tournois interminables qui, souvent, m'énervent au plus haut point. Moi, des tournois de golf qui s'éternisent en soirée, je suis «pu capabe, s'tie»!
Venez-vous souvent ici?, que je lui demande en faisant le tour de la taverne avec mes yeux.
Presque tous les vendredis. C'est ici que je retrouve ma gang le vendredi soir.
Vous allez maintenant pouvoir venir plus souvent.
Non, je ne pense pas. Je pense que j'aurai d'autre chose à faire que de me tenir à la taverne!, dit-il en riant.
Mais vous pourriez aider votre frère Ken avec ses corneilles, que j'ajoute à la blague. (Son frère apprivoise trois corneilles devant les portes de la Windsor).
(Rires) Je ne l'aiderai pas, mais je vais le regarder faire!».
Le 7décembre 2007, Norm MacMillan a appris qu'il était atteint du cancer de la prostate. A-t-il gagné sa lutte contre cette terrible maladie?
Je le pense bien, répond-il. Je vais passer des tests à tous les trois mois et les médecins me disent que tout va bien. Je me croise les doigts et je n'en perd pas de sommeil. Je pense que c'est derrière moi tout ça.
Après 23 ans comme député provincial et sept ans comme conseiller municipal de Buckingham, comment aimeriez-vous que les gens se souviennent de vous?
J'aimerais qu'ils se souviennent de moi comme «Norm, c'est Norm», c'est-à-dire comme un gars qui était franc. Et qui était au service des gens de son comté.
J'ai assisté à votre conférence de presse tantôt et je m'attendais à un gros juron bien senti de votre part pour amuser les journalistes une dernière fois, mais il n'est jamais venu.
T'aurais dû me le demander, Sacram...!».
Éclats de rire dans la taverne...
Il n'y a pas à dire, Norm, c'est Norm.