De bobettes et autre sloche

Denis Gratton
Le Droit

Je ne connaissais pas la définition du mot «bobette» avant de travailler au Droit. Sans blague. Ayant toujours vécu et travaillé du côté d'Ottawa, je n'avais jamais entendu ce mot purement québécois.

Et j'ai ri l'an dernier quand j'étais à un chalet avec mes vieux amis d'enfance - des Francos - et que j'ai prononcé, à un moment donné, le mot «bobette». (Ne me demandez pas pourquoi six gars dans un chalet parlaient de bobettes, je ne m'en souviens plus.)

Or, dès que ce mot est sorti de ma bouche, ils se sont tous tus et ils m'ont regardé comme si je venais de glisser un mot chinois dans la conversation.

«De quoi parles-tu?, me demande un de mes amis.

De bobettes, que je lui réponds. De sous-vêtements.

Ah. Tu parles de tes shorts.

C'est ça.»

«Shorts», c'est bobette en Franco-Ontarien. Comme dans la phrase: «Il a tellement eu peur qu'il a fait dans ses shorts.»

Shorts est un mot anglais, je le sais. Mais entre Francos, on se comprend.

Là, je sais exactement ce que vous pensez, chers lecteurs. Vous buvez votre café et vous vous demandez: «Pourquoi nous parle-t-il de bobettes ce matin, le chroniqueur?»

Bonne question.

Je vous parle de bobettes parce que ce mot sera ajouté dans l'édition 2013 du dictionnaire français Le Petit Robert. Ce mot québécois va donc rejoindre d'autres mots québécois comme «poutine» et «magasinage» que les Français ont déjà adoptés.

Donc, d'ici peu, vous pourrez parler de vos bobettes quand vous visiterez Paris, et les Français vous comprendront. Ils ne seront peut-être pas intéressés par votre sujet de conversation, mais au moins ils vous comprendront. C'est déjà ça de gagné.

Et «bobette» ne sera pas le seul mot qui fera son entrée dans Le Petit Robert l'an prochain. Quatre autres mots et une expression québécoise seront aussi ajoutés au dictionnaire français. Et ces mots sont: déneigeuse, sloche, piquetage et urgentologue. L'expression «passer dans le beurre» a également été retenue.

Donc pour aider nos amis français qui lisent LeDroit, voici quelques exemples de l'utilisation de ces mots qui feront bientôt partie de leur dictionnaire.

DÉNEIGEUSE: «Roger est en furie, le chasse-neige a laissé un énorme amas de neige devant sa voiture.»

Traduction: «Roger est en beau tabarnak, la déneigeuse a laissé un crisse de gros banc de neige devant son char.»

SLOCHE: «Les deux pieds dans la neige fondante et souillée, Roger attendait que ses enfants descendent du car de ramassage scolaire.»

Traduction: «Les deux pieds dans la grosse sloche sale, Roger attendait que ses p'tits débarquent du bus jaune.»

PIQUETAGE: «Désolé pour le retard, patron, des grévistes manifestaient devant les portes du building.»

Traduction: «S'cuse le retard, boss, y a fallu que je traverse la ligne de piquetage des crisses de chiâleux devant l'édifice.»

URGENTOLOGUE: «Monsieur Roger, l'urgentiste peut vous voir maintenant», dit l'infirmière à un patient à l'urgence.

Traduction: «Monsieur Roger, il y a juste un urgentologue en devoir et il a 247 personnes à voir avant vous. Nous sommes aujourd'hui lundi, revenez samedi et il pourra peut-être vous voir à ce moment-là», dit l'infirmière à un patient à l'urgence.

(Bien quoi? Je sais que les deux dernières phrases ne disent pas exactement la même chose. Mais si nous sommes pour habituer les Français à la vie au Québec, aussi bien de leur dire les vraies choses...)

PASSER DANS LE BEURRE: «Laissé seul devant le filet du gardien de but espagnol avec le ballon à ses pieds, Samir Nasri a raté sa frappe.»

Traduction: «Laissé seul devant le net de Thomas avec la puck sur la palette, Gomez est passé dans le beurre.»

Alors voilà, chers amis français. J'espère que cette chronique vous aidera à mieux comprendre la langue de chez nous...

Changement de sujet...

Si vous suivez le moindrement ce qui se passe dans le monde du hockey, vous avez sûrement appris samedi, comme moi, que François Brassard, le fils de 18 ans de mon collègue chef des sports, Marc Brassard, a été repêché par les Sénateurs d'Ottawa. François est le gardien de but des Remparts de Québec de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Je me joins ce matin aux centaines de gens qui ont déjà félicité François et sa famille. Donc toutes mes félicitations François, Marc et Julie. Votre histoire est un exemple de persévérance.

Et sachez que l'Ambassadeur officiel des Sénateurs d'Ottawa que je suis, un titre très très sérieux, est très très fier et très très heureux d'accueillir le clan Brassard dans la grande famille des partisans des Sénateurs.

Go! François! Go!

Go! Sens! Go!

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