«Nos amours» d'enfance

Denis Gratton
Le Droit

Mon ami et collègue Mario Boulianne a écrit ce qui suit, hier, sur Facebook:

«Je me souviens d'une époque où mon père sortait la télé sur la galerie pour regarder le match des Expos, le dimanche après-midi de la fête des Pères... je m'ennuie!»

J'ai lu ce court commentaire de Mario et j'ai immédiatement «cliqué» sur «j'aime». Moi aussi je m'ennuie. De mon père, évidemment. Surtout à la fête des Pères. Mais aussi des Expos de Montréal.

Et Mario m'a fait sourire avec la télé sur la galerie pour regarder des matches de «nos amours» parce que je faisais exactement la même chose. Mais pas à la fête des Pères, et ni avec mon père. Il n'était pas un grand fan de baseball, mon père.

Quand je jouais pour les Cardinals de Vanier dans ma jeunesse - l'équipe étoile de Vanier qui affrontait les équipes des villes et villages voisins - mon père ne venait jamais aux matches. Le parc n'était qu'à une quinzaine de minutes de marche de la maison, mais mon père n'avait jamais le temps de venir me voir jouer. Pas son bag, le baseball.

Et c'était peut-être une bonne chose. Parce que mon père est venu me voir jouer une fois - qu'une seule fois - et j'avais été retiré sur trois prises à mes quatre présences au bâton. Je voulais tellement l'impressionner avec un coup de circuit que j'avais swingédans le vide toute la journée. Plutôt curieux que je me souvienne encore de ça...

Et j'y pense, c'est peut-être la raison pour laquelle mon père n'est jamais revenu me voir jouer!

***

C'est avec mon chum Jean Cloutier que je regardais les Expos sur la galerie. Nous étions dans la jeune vingtaine et Jean habitait une maison de la rue Parkdale, dans l'ouest d'Ottawa. Et de temps en temps, lors de chaudes soirées d'été, on sortait la télé sur la galerie et «Go! Expos! Go! Valderi, valdera!»

Un soir, nous nous sommes endormis en regardant un match. Les Expos jouaient en Californie, donc le match débutait à 22h. Et vers minuit, Jean et moi sommes tombés en même temps dans les bras de Morphée.

Nous nous sommes réveillés le lendemain matin, toujours assis dans nos chaises, la télé toujours allumée et la porte toute grande ouverte. Quelqu'un aurait pu dévaliser l'endroit, mais rien. Absolument rien n'avait été volé. Sauf le deuxième but par Tim Raines en première manche.

Le commentaire de Mario m'a donc replongé dans mes souvenirs. Je m'ennuie tellement des Expos.

Des anciens joueurs étaient les invités à un match des Alouettes de Montréal, la semaine dernière. Avez-vous vu les photos dans les journaux des Raines, Cromartie, Lee, Dawson, Gullickson, Scott et compagnie? Rien pour nous rajeunir, n'est-ce pas?

Hier, dans nos pages des sports, on a publié un texte dans lequel Warren Cromartie, qui a revêtu l'uniforme des Expos de 1974 à 1983, est cité comme suit en parlant d'un retour possible des Expos dans les Ligues majeures:

«Montréal pourrait d'abord accueillir une équipe des ligues mineures et, ensuite, une autre formation des Ligues majeures. Personnellement, je pense que nous (Montréal) formons une ville des Ligues majeures».

Et Tim Raines, l'ancien «Road Runner» des Expos, d'ajouter: «Il faut commencer quelque part, et pourquoi pas maintenant? Souhaitons pouvoir ramener un club ici dans un avenir rapproché».

Cromartie et Raines ont raison sur un point. Montréal est une ville des Ligues majeures. Dans les années 1980, des dizaines de milliers de gens assistaient à chaque match des Expos au Stade Olympique. Et si Montréal revenait un jour dans les Ligues majeures, la base d'amateurs et de partisans serait toujours là. Ce n'est plus à prouver.

Mais la question qui tue est celle-ci: comment faire compétition aux équipes comme celles d'Atlanta, de Philadelphie, de Boston et de New York, pour ne nommer que celles-ci, qui s'achètent littéralement des équipes gagnantes? Personne à Montréal n'a ce cash-là. Et ceux qui ont ce cash-là ont d'autres choses à faire avec leur argent que d'acheter une équipe de baseball. Il n'y a personne qui veut prendre ce risque. C'est bien beau le «money ball» des Athletics d'Oakland, comme dans le film mettant en vedette Brad Pitt, mais il n'y a pas une équipe qui a remporté un championnat avec ce système pour les pauvres.

Et personne n'a oublié 1994, une année de grève dans le baseball durant laquelle les Expos ont échangé tous leurs meilleurs joueurs, faute d'argent pour les payer. Et dire qu'avant la grève, les Expos trônaient au premier rang de leur division, et qu'ils étaient les favoris dans la Ligue nationale pour se rendre aux World Series. Bref, ce qui était censé être l'année des Expos s'est transformé en début de la fin des Expos. Amer cauchemar.

Les Expos sont un souvenir, un doux et nostalgique souvenir. Et c'est ce qu'ils seront toujours, «nos amours».

dgratton@ledroit.com 613-562-7531

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