Fêter la francophonie

Denis Gratton
Le Droit

Quelle bonne idée. Un député néo-démocrate a déposé un projet de loi cette semaine qui, s'il est adopté (et ça, c'est un gros «si»), ferait du 24 juin un jour férié dans toutes les provinces pour célébrer la francophonie canadienne. En d'autres mots, la Saint-Jean-Baptiste deviendrait une fête nationale au même titre que la fête de la reine ou celle du Canada.

Quelle bonne idée. Chapeau au député de Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, François Lapointe, pour cette initiative.

Avez-vous déjà visité ce coin du Québec? Je vous parle de Montmagny, Kamouraska et tout ce coin-là du Bas Saint-Laurent? Si vous n'êtes jamais passés par là, faites le détour un de ces jours. C'est de toute beauté.

Mais je reviens au 24 juin.

L'idée de faire de cette date une fête nationale n'est pas nouvelle. Le député néo-démocrate franco-ontarien, Claude Gravel, a tenté deux fois de faire adopter un projet de loi à cet effet, sans succès.

Mais je suis content que le NPD ne lâche pas le morceau et que ce soit un député québécois qui revienne cette fois-ci à la charge.

Et je ne suis pas le seul à applaudir cet effort des néo-démocrates. Plusieurs francophones - Québécois et francophones hors Québec - appuient cette idée. Après tout, pourquoi ne fête-t-on pas officiellement la francophonie canadienne? On a la Saint-Jean au Québec en juin, la Journée du drapeau franco-ontarien en septembre, la fête nationale de l'Acadie, le 15août, dans les Maritimes. On attend quoi exactement pour célébrer tous ensemble cette langue qui nous unit?

C'est le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario qui a bien résumé la chose en déclarant à notre collègue Philippe Orfali que «cela confirmerait en quelque sorte la dualité linguistique». Et d'ajouter M. Vaillancourt: «Pendant une journée, tout le monde pourrait être Canadien français, comme tout le monde est Irlandais à l'occasion de la Saint-Patrick.»

Bien dit. On fête les Irlandais, mais on ne fête pas un peuple fondateur. Trouvez l'erreur.

Certains diront que l'autre peuple fondateur, voire les anglophones, ne se fêtent pas non plus, qu'il n'y a pas de congé férié pour eux. Je leur réponds: allez sur la colline parlementaire le 1erjuillet, on s'en reparlera...

Une journée fériée le 24 juin pour célébrer la francophonie canadienne. Ouais... J'aime ça.

Et même mon ami Jean-Paul «Impératif français» Perreault aime cette idée. Voici ce que Jay Pee a déclaré au collègue Orfali: «Cela permettrait de célébrer deux fêtes la même journée. La Saint-Jean pour les francophones (de l'extérieur du Québec) et la Fête nationale pour le Québec. C'est curieux qu'on n'ait pas reconnu l'importance de souligner le fait français d'un océan à l'autre auparavant.»

En effet, Jean-Paul. C'est curieux. Mais non, cher ami, tu n'aurais pas le droit d'organiser deux festivals à Aylmer la même semaine. Et même si t'avais le droit, Patrimoine canadien ne te donnerait pas une subvention pour ce deuxième festival non plus, même s'il s'agissait d'une fête canadienne.

Parlant de ça, Jean-Paul. Tu te choques à chaque année parce que Patrimoine canadien refuse systématiquement de financer «ton» festival Outaouais en fête. Mais si un jour le fédéral changeait d'idée et t'accordait une subvention, mais à condition que le logo du gouvernement et que des drapeaux du Canada soient bien en vue sur le terrain du festival, «casherais-tu» le chèque?

Après tout, si une compagnie t'accorde une importante subvention, elle s'attend évidemment à avoir son logo bien en vue toute la durée d'Outaouais en fête. Alors? Accepterais-tu la subvention de Patrimoine canadien sous de telles conditions, Jean-Paul? Une petite question comme ça...

J'appuie donc l'initiative du député Lapointe. Même si on sait tous que le gouvernement Harper balaiera de la main ce projet de loi. Mais au moins, l'idée et lancé, la graine est semée, qui sait où tout ça nous mènera?

Le fameux pont

Changement de sujet...

On a publié un texte du collègue François-Pierre Dufault, mercredi, qui s'intitulait «Front commun contre un nouveau pont». On parle évidemment de la construction possible d'un pont entre Gatineau et Ottawa à la hauteur de l'Île Kettle, et des gens de l'est d'Ottawa qui s'y opposent.

Voici un extrait de ce texte:

«La guerre contre la construction d'un sixième pont enjambant la rivière des Outaouais s'intensifie dans l'est de la ville d'Ottawa.

«Des citoyens du secteur de Manor Park prennent maintenant les armes afin de tuer dans l'oeuf tout projet de construction d'un pont sur l'Île Kettle.

«Selon une recommandation d'une firme de consultants, un pont entre Manor Park et Gatineau représenterait le meilleur site pour le prochain pont reliant les deux rives de la rivière des Outaouais.»

Je blaguais. L'extrait que vous venez de lire n'était pas tiré du texte de l'ami Dufault.

Non, cet extrait, je l'ai trouvé dans nos archives électroniques. Et le texte en question est signé par un certain Denis Gratton et il a été publié le 12novembre... 1993. Il y a presque 20 ans.

(Long soupir...) On ne le verra pas de notre vivant, ce pont.

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