J'habite dans un bloc à appartements depuis presque un an. Et mon balcon du troisième étage surplombe le chemin Montréal à Vanier. Vous pouvez donc imaginer les scènes de vie qui se déroulent parfois sous mes yeux. Juste observer le va-et-vient sur le chemin Montréal est souvent beaucoup plus divertissant que ce qu'on nous offre à la télé.
Vous aimez la téléréalité? Eh bien de mon balcon, j'ai la téléréalité - l'«appart-réalité», devrais-je dire - dans sa forme la plus pure. Du vrai monde. La vraie vie.
Et lundi soir, j'aurais changé de poste si j'avais pu. Mais la vie ne vient pas avec une télécommande.
Je vous raconte.
Il était environ 19h45. Assis sur le balcon, je jasais avec ma blonde lorsque trois femmes et un homme qui passaient sur le trottoir ont commencé à se crier des bêtises à tue-tête, en anglais. Je devine qu'ils étaient tous âgés d'approximativement 18 ou 19 ans, mais c'était plutôt difficile à dire compte tenu du feuillage des arbres devant mon balcon qui m'obstruait partiellement la vue.
Et plus les quatre avançaient sur le trottoir, plus l'engueulade s'accentuait. J'avais rarement entendu le mot bitch prononcé tant de fois en si peu de temps.
À un moment donné, l'une des trois femmes a été projetée à terre par les deux autres femmes - juste là, sur le trottoir, à la vue de tous - et les deux femmes debout ont commencé à frapper et à tabasser la femme au sol. Elles la rouaient de coups de poings et de coups de pieds pendant que l'homme qui les accompagnait leur criait d'arrêter.
Le gars semblait désemparé. Il leur criait d'arrêter à répétition, mais il n'osait pas intervenir. Et les automobilistes passaient en jetant un coup d'oeil sur cette violente et hallucinante scène, mais personne ne s'arrêtait pour venir en aide à la victime.
Tout ce que je viens de vous raconter a duré à peu près 20 secondes. Et c'est à ce moment-là que je leur ai crié: «Cut that out, I'm calling the cops!» («Arrêtez, j'appelle la police!»)
Et le jeune homme qui accompagnait les trois femmes de me répondre: «Yes! Yes! Call the cops! Call the cops!» («Oui! Oui! Appelez la police!»)
Sur ces cris, les deux femmes qui rouaient leur victime de coups ont cessé et, pendant que je parlais au répartiteur du 9-1-1, elles ont pris la fuite en marchant en direction ouest sur le chemin Montréal.
Trois autos-patrouille (oui, trois) et une ambulance sont arrivées sur les lieux approximativement cinq minutes plus tard. Les policiers ont pris les témoignages du jeune homme et de la victime. Cette dernière est ensuite montée dans l'ambulance, puis elle en est ressortie quelques minutes plus tard. Elle ne semblait pas avoir subi de blessures graves, mais elle était selon toute évidence sous le choc. On le serait pour moins...
On sonne en bas. Je réponds. C'est une policière qui me demande de descendre pour obtenir mon témoignage. Pas le choix, je suis descendu lui parler et lui raconter ce que j'avais vu.
«Merci, me dit-elle après mon témoignage. Avez-vous vu une arme durant l'agression?
Non. Je n'ai pas vu d'arme, que je lui réponds.
D'accord. Maintenant, pourriez-vous mettre par écrit ce que vous venez de me raconter, me demande-t-elle en me tendant un stylo et un formulaire quelconque.
Pas de problème, que je lui réponds. Je peux remplir ce formulaire demain et vous le faire parven...
Non, Monsieur. Tout de suite. Il faut l'écrire maintenant.»
Je n'en revenais tout simplement pas. Une minute, je jasais avec ma blonde de nos vacances d'été. L'autre minute, j'étais debout dans le terrain de stationnement, en train de rédiger la description d'une scène que je n'arrivais toujours pas à croire.
Mais attendez, chers lecteurs. L'histoire ne se termine pas là. Le punch s'en vient. Et j'en étais éberlué. Et je le suis toujours.
En remettant mon témoignage écrit à la policière, je lui dis: «Les deux femmes qui frappaient l'autre se sont sauvées en direction ouest sur le chemin Montréal. Mais elles ne couraient pas. Vous pourriez peut-être les rattraper.
Pas besoin, me répond la policière. Nous savons de qui il s'agit.
Ah bon. Étaient-elles des amies de la victime?
Pas vraiment, non. L'une des femmes qui frappait la victime est l'ex-copine du gars (celui qui marchait avec les trois femmes).
Ah, je vois. Une crise de jalousie, donc?
Semble-t-il.
Et l'autre femme qui frappait la victime était-elle une amie de l'autre?
Non, me répond la policière, c'était sa mère.»
Sa mère! Pouvez-vous le croire!? Mère et fille ont décidé d'aller «sacrer une volée» à la nouvelle blonde de «l'ex-gendre». J'étais complètement abasourdi.
Y a de ces jours que je me demande dans quelle sorte de monde on vit, disais-je...