Vers 10 h, donc, je me suis rendu au campus du boulevard Taché de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), là où des centaines d'étudiants et militants manifestaient contre la hausse des droits de scolarité au Québec. Mais il n'y avait pas un chat, sauf des gardes de sécurité postés à chaque porte et qui semblaient trouver le temps bien long. Ce que je ne savais pas encore, c'est que la manif d'hier matin s'était transportée vers le pavillon Lucien-Brault. Sauf que les manifestants n'ont pas atteint leur destination. Ils ont plutôt été cernés et encerclés en plein milieu de la promenade du Lac-des-Fées par la police de Gatineau et son escouade anti-émeute, assistées par des agents de la Sûreté du Québec. La grosse gomme, quoi.
Et j'ai observé longuement les protestataires. Et la même question me revenait continuellement en tête: pourquoi beaucoup d'entre eux se cachent-ils le visage avec une cagoule? Ils ont tous l'air de Ronald «Lasagne» Cross, ce Warrior mohawk - aujourd'hui décédé - qui a été l'une des plus importantes figures médiatiques de la crise d'Oka, en 1990.
Mais je sais bien que ces jeunes adultes qui protestaient sur la promenade du Lac-des-Fées hier matin n'ont rien de criminel. Et je ne veux surtout pas comparer la grève étudiante qui perdure au Québec avec la crise d'Oka. Ce serait ridicule. Mais la question se pose tout de même. Pourquoi ces cagoules? Pourquoi se cachent-ils? N'ont-ils pas le courage de leurs convictions? Allons leur poser la question...
«Je me masque le visage parce que mon futur métier me l'oblige, m'a expliqué Marie-Joëlle, une étudiante de l'UQO en enseignement préscolaire. Je pourrais être reconnue, a-t-elle ajouté, et ça pourrait choquer certains parents. Mais je suis ici pour me battre pour mes futurs élèves, et je cache mon identité parce que je ne veux pas choquer leurs parents. Donc n'allez surtout pas croire que je porte la cagoule parce que j'ai honte d'être ici.»
Même son de cloche de ses collègues Stéphanie et Marie-Ève, masquées elles aussi.
Émile est étudiant en sciences de la nature au Cégep de l'Outaouais. Et lui, s'il porte la cagoule, ce n'est pas pour se protéger de l'opinion des gens ou de ses futurs employeurs, mais bien pour se protéger de la police. Il explique: «La police fait de l'intimidation et du profilage depuis le début. Ils trouvent n'importe quoi pour te donner une contravention. J'ai des amis qui se sont fait identifier comme dangereux et ils ont reçu une contravention juste pour avoir traversé la rue à un feu vert, mais ils n'avaient pas encore le p'tit bonhomme sur la lumière qui leur indiquait de traverser. La police cherche juste des raisons pour nous intimider et nous faire peur. Leur comportement est dégueulasse. C'est de l'oppression pure et simple. Donc mon masque, c'est pour protéger mon identité, même si je suis certain qu'ils ont déjà ma photo. Mais même s'ils me connaissent la face, je suis ici pour rester. Ils peuvent donc m'identifier comme quelqu'un qui ne lâchera pas.»
Idem chez Stéphanie, une étudiante en sciences humaines au Cégep de l'Outaouais.
«Je porte la cagoule parce qu'hier, j'ai fait l'erreur de l'oublier et [les policiers] m'ont prise en photo une quarantaine de fois et ils m'ont filmée, a-t-elle expliqué. Et ensuite, ils nous empêchent d'accéder à l'université parce qu'ils reconnaissent nos visages! C'est du profilage politique. C'est inacceptable. Donc je porte le masque même si je suis certaine qu'ils ont déjà ma photo. Puis eux, ils portent des masques. Alors je vais en porter un moi aussi!».
Une vraie mascarade, cette manif...