On va, par exemple, comparer le prix d'une pinte de lait en 1950 au prix d'aujourd'hui. (Je sais qu'on la vend au litre aujourd'hui...) On va retourner dans les livres d'école des années 1930 ou 1940 pour voir ce que l'on enseignait aux jeunes. Et c'est souvent hilarant. On va aussi comparer la météo. Combien de fois avez-vous entendu une personne âgée lancer quelque chose comme: «dans mon temps, il tombait beaucoup plus de neige»?
On compare tout, tout le temps. C'est dans notre nature.
Alors, devinez ce que je vais faire ce matin? Si vous avez répondu «comparer», passez directement à «GO» et réclamez vos 200$.
Je vais comparer le style d'écriture des journalistes sportifs. Oh! Je pense que je viens de piquer la curiosité de mes collègues aux sports. Qui sait? Peut-être me liront-ils, pour une fois...
Moi, je les lis tout le temps. Surtout le collègue Sylvain St-Laurent, qui assure la couverture des Sénateurs d'Ottawa. Puisque je suis ambassadeur officiel de cette équipe - un titre très très sérieux -, je me fais un devoir de lire ses reportages.
Et il est bon, notre Sly. Très bon. Il a une belle plume, il est bien branché dans l'équipe et il connaît la game.
Mais je vais vous faire une petite confidence. Je vais souvent lire la section des sports dans les quotidiens anglophones de la région. Question de ne rien manquer sur mes Sénateurs d'Ottawa. Mais à chaque fois que je «triche» de la sorte, je le regrette.
Je le regrette, parce qu'après ma lecture, je me dis toujours: «Je n'ai rien appris dans ce journal, St-Laurent avait tout ça dans LeDroit de ce matin. Et même plus.» (Et c'est la même chose quand le match a été couvert par Marc Brassard ou Martin Comtois.)
Mais bon. Assez de tétage, les gars des sports ne m'inviteront pas plus aux matches. Alors je reviens à la «comparaison du jour».
Les gars de l'équipe technique au Droit ont laissé sur mon bureau une copie d'un vieux texte publié dans LeDroit du 2 avril 1920. Il y a 92 ans.
Le titre de ce texte: «Les Sénateurs enlèvent la coupe Stanley».
Oui, les Sénateurs gagnaient la coupe dans le temps. Leur dernière coupe remonte à 1927.
Et premier indice que les temps ont bien changé: en 1920, les Sens ont remporté la coupe le 2 avril. Cette année, ils jouent leur dernier match de la saison régulière le 7 avril...
Je partage des extraits de ce texte avec vous ce matin. À vous de juger, chers lecteurs, si le style d'écriture dans nos pages sportives a changé depuis l'époque où les Sénateurs gagnaient la coupe Stanley. Voici ces extraits avec mes commentaires entre parenthèses:
«L'Ottawa, champion de la ligue Nationale a décroché le championnat de l'univers et a mis la main sur la vieille coupe Stanley dans une randonnée intéressante, hier soir.»
(«Champion de l'univers»!? La «vieille» coupe Stanley!? Et on comparait un match de hockey à une «randonnée»!? Pas sûr que Sidney Crosby serait d'accord avec le choix de ce mot...)
«Le score final fut de 5-1, mais ce n'est guère une indication du travail des deux équipes, car Ottawa eut peine et misère à se tirer d'embarras et le Seattle ne faiblit que dans les dix dernières minutes du carnage.»
(«Carnage», a-t-on écrit. Crosby dirait: «Oui, bon choix de mot!»)
«Les chances étaient égales au commencement de la troisième période, chaque équipe ayant compté un point dans la première strophe et jusqu'à l'heure fatale où les gars du Pacifique commencèrent à se sentir perdus, la foule fut témoin d'un combat extraordinaire. En vérité, les Mets eurent l'avantage durant la moitié de la joute et peu s'en fallut que les honneurs ne passent l'été (et le printemps) au-delà des Rocheuses.
«La joute ne fut guère un thé dansant: on se surveillait de très près, mais les infractions aux règlements ne furent pas flagrantes; tous les joueurs ont accompli des prodiges de valeur et l'allure ne ralentit jamais. Au début du marathon, les Américains déjouèrent les Canadiens, mais ceux-ci se ressaisirent et quand ils eurent étudié sérieusement la situation, les pauvres diables de là-bas ne furent plus dans le concours.»
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Ouf! Quel style! Et un texte des sports écrit au passé simple. Faut le faire.
Tu devrais essayer ça, Sly. Et je te mets au défi d'écrire, un jour, que les Sénateurs ont «accompli des prodiges de valeur» et que la joute «ne fut guère un thé dansant».
Tu fais ça et je te paye une bière à la prochaine Coupe LeDroit, en août prochain, c'est-à-dire quelques jours après le dernier match pour la coupe Stanley...