Le pont politique et économique

Je veux vous parler aujourd'hui d'un pont entre le Québec et l'Ontario. Mais il ne s'agit pas de cette infrastructure qui relierait l'Outaouais québécois à la capitale nationale, construction dont nous avons tant entendu parler à l'occasion de la dernière élection fédérale. Non, j'utilise ici le mot pont dans un sens métaphorique plutôt que physique. Plus précisément, je plaide pour un rapprochement entre le Québec et l'Ontario sur le plan politique et économique.

À différentes périodes de notre histoire, le Québec et l'Ontario ont fait front commun dans certains dossiers névralgiques. À cet égard, nous n'avons qu'à penser à Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin, qui ont uni leurs voix pour l'obtention d'un gouvernement responsable dans le Haut et le Bas-Canada. Une autre relation fructueuse date de 1887, entre Oliver Mowat de l'Ontario et Honoré Mercier du Québec. Ceux-ci ont organisé une importante conférence interprovinciale qui avait pour but de contrer les visées centralisatrices du gouvernement fédéral. Leurs revendications ont permis aux parlements provinciaux de se voir reconnaître un statut égal au Parlement fédéral dans leurs propres champs de compétence. En 1967, les premiers ministres John Robarts et Daniel Johnson ont mis en place la grande conférence intitulée La Confédération de demain, laquelle a pavé la voie à toutes les discussions qui ont suivi sur la réforme de la Constitution canadienne. Entre 1987 et 1990, David Peterson a beaucoup aidé Robert Bourassa par rapport à la ratification de l'Accord du lac Meech. Enfin, depuis quelques années, Dalton McGuinty s'est avéré un allié discret mais ô combien efficace du Québec!

Aujourd'hui, les deux provinces comptent ensemble près de 21 millions de résidents, c'est-à-dire environ les deux tiers de la population canadienne. Elles génèrent à elles seules 58% du produit intérieur brut et plus de 55% des exportations interprovinciales. Elles forment la quatrième zone économique en importance en Amérique du Nord, après New York, la Californie et le Texas.

Inutile de dire que les provinces de Québec et de l'Ontario, lorsqu'elles sont réunies, présentent un formidable potentiel. Voilà pourquoi il est important de consolider, voire d'accroître les échanges et relations entre ces deux provinces.

C'est dans cet esprit que, le 1er octobre 2009, est entré en vigueur l'Accord de commerce et de coopération entre le Québec et l'Ontario, lequel s'inspirait de l'accord de libre-échange existant entre la Colombie-Britannique et l'Alberta. L'accord d'octobre 2009 est encore trop peu connu. Il a pour objectif d'augmenter la croissance économique du Québec et de l'Ontario en appuyant le développement d'un corridor de commerce entre les deux provinces et en facilitant la circulation efficace des biens et des personnes sur tout le corridor. Cela est tout particulièrement bénéfique pour l'Outaouais québécois et l'Est ontarien.

Du reste, trois réunions conjointes des conseils des ministres du Québec et de l'Ontario ont été tenues depuis le 2 juin 2008, la dernière ayant eu lieu en juin 2010.

Enfin, un premier Forum économique Ontario-Québec a eu lieu le 28 février dernier à Toronto. Plus de 150 dirigeants d'entreprises, d'établissements d'enseignement postsecondaire et d'organismes sans but lucratif ont participé à cet événement. On y a entre autres discuté des lacunes à combler dans chacune des deux provinces en matière de productivité, d'incitatifs pour que les petites et moyennes entreprises fassent un meilleur usage des nouvelles technologies, d'investissements dans l'éducation pour favoriser le talent, et du développement d'un corridor des sciences de la vie entre l'Ontario et le Québec.

Au fil des ans, et au-delà de la relation d'amitié qu'ont entretenue certains de nos premiers ministres, ce sont une multitude d'ententes et de partenariats qui ont été conclus entre le Québec et l'Ontario. Ceux-ci consacrent une certaine forme de réciprocité entre les deux provinces, énoncent les priorités et objectifs auxquels ces dernières entendent conjointement s'attaquer, et permettent d'améliorer l'efficacité des services offerts aux populations visées, de mettre en commun des pratiques exemplaires ainsi que d'uniformiser les normes applicables aux secteurs concernés.

Il ne faudrait toutefois pas croire que la relation entre le Québec et l'Ontario a toujours été au beau fixe. Au contraire, elle a souvent été cahoteuse, sinon effacée. À titre d'événements qui ont passablement refroidi la relation entre les deux provinces, mentionnons notamment les suivants: l'épisode du règlement XVII, qui prévoyait l'abolition des écoles de langue française de l'Ontario, la Loi de 1999 portant que la justice n'est pas à sens unique, une loi de l'Ontario qui restreignait significativement la mobilité de la main-d'oeuvre québécoise dans l'industrie ontarienne de la construction, et la saga reliée à la tentative de fermeture de l'hôpital Montfort.

Comme nous le constatons, la relation entre le Québec et l'Ontario a connu des hauts et des bas, mais elle semble ragaillardie depuis quelques années. Cela est tant mieux car, ensemble, ces deux provinces peuvent faire beaucoup, comme elles l'ont démontré à certains moments par le passé. Espérons que les liens entre ces deux voisins de longue date aillent en s'amplifiant, et cela, au-delà même de l'élection ontarienne du 6 octobre prochain.

D'ailleurs, s'il est un projet précis qui pourrait servir de pont symbolique entre le Québec et l'Ontario, c'est bien celui visant le déménagement du Musée des sciences et de la technologie sur les terrains de la papetière E.B. Eddy/Domtar, qui a fermé ses portes en 2007. En effet, figurez-vous que ces vastes terrains sont situés à peu près pour moitié au Québec et pour moitié en Ontario. Qu'attend-on alors pour mettre fin aux guerres stériles entre les deux rives de l'Outaouais dans ce dossier??

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