Globalement, les députés Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe dénoncent l'électoralisme et l'obsession du pouvoir qui imprègnent les décisions de leur formation politique. Ils en ont aussi contre cette fameuse ligne de parti qu'on a, semble-t-il, cherché à leur imposer jusqu'à lundi matin dans le dossier du projet de loi 204 concernant l'amphithéâtre de Québec.
Enfin, ils se plaignent du fait que Pauline Marois ne consulterait pas suffisamment son caucus, ce qui aurait pour effet de placer les députés devant des faits accomplis.
Le député Jean-Martin Aussant rejoint le point de vue de ses trois collègues sur le populisme qui caractériserait le PQ en ce moment. Il reproche aussi à ce parti de ne pas faire suffisamment pour la souveraineté.
Notre système parlementaire est ainsi conçu que les députés de chacun des partis doivent faire serment d'allégeance à leur chef, tels des vassaux envers leur maître. Les chefs imposent, parfois de façon nettement abusive, une ligne de parti que leurs députés doivent respecter. Ce serment peut parfois être lourd à soutenir, et les décisions de l'autorité difficiles à digérer, particulièrement pour un député à la personnalité forte, habitué à soutenir avec vigueur ses idées.
Ce n'est pas la première fois que nous voyons des députés quitter leur caucus sous prétexte que c'est ce que leur dicte leur conscience. Même des ministres l'ont fait dans le passé. Mais la plupart du temps, cela cache des motivations beaucoup moins nobles, des déceptions, des frustrations, des raisons bien terre à terre, dont la population ne se doute pas.
Dans le cas présent, je connais suffisamment Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe pour leur accorder le bénéfice du doute, mais je m'étonne néanmoins que ce soit le dossier de l'amphithéâtre de Québec plutôt que, disons, un dossier de nature identitaire qui les ait amenés à poser leur geste. Il faut croire que la coupe était pleine.
Un problème fondamental
J'en veux pour preuve l'attitude de Pierre Curzi en 2008, lors du vote sur la motion au sujet du crucifix accroché au mur du Salon bleu. Ce jour-là, il était présent à l'Assemblée nationale, mais il est sorti lors du vote, évitant ainsi d'avoir à déroger à la position de son parti sur la question. Ce n'est donc pas seulement le projet de loi 204 ni la ligne de parti imposée qui a fait démissionner les députés, mais plutôt un problème beaucoup plus fondamental.
Depuis longtemps, la fébrilité est grande au sein du caucus du PQ. Pauline Marois ne parvient pas à tirer profit de l'impopularité du gouvernement Charest, de sorte que le PQ progresse peu dans les sondages.
Du reste, François Legault menace de s'amener avec sa propre formation politique ou pourrait chercher à prendre la tête de l'Action démocratique du Québec. Si tel devait être le cas, le PQ risquerait de se faire dépasser par la droite.
Quant au mouvement de gauche au Québec, il se reconnaît de moins en moins dans le discours de Pauline Marois, laquelle parle de prospérité et de richesse, même sur le plan individuel. Dans ce contexte, seul Québec Solidaire semble être en mesure de tenir un véritable discours de gauche. Le PQ risque donc de se faire également dépasser de ce côté.
Future élection
Certains députés péquistes ne savent plus trop à quelle enseigne loge le PQ. D'autres craignent, sans le dire ouvertement, que le pouvoir leur échappe une fois de plus lors de la prochaine élection.
Parlant justement de cette élection, elle pourrait arriver plus tôt que nous le pensons. En effet, le premier ministre Jean Charest pourrait bien vouloir profiter de l'affaiblissement du PQ et du fait que François Legault n'a toujours pas fait le saut sur la scène québécoise, pour prendre tout le monde de vitesse et tenter d'obtenir un quatrième mandat. Rien ne sera fait en ce sens avant le Congrès des membres du Parti libéral du Québec, qui aura lieu en octobre 2011 et au cours duquel sera adopté le prochain programme électoral du PLQ, mais après, tout est possible. Après tout, en décembre 2011, le gouvernement aura trois ans d'existence.
Du côté du PQ, je ne serais pas surpris de voir Bernard Landry offrir ses services au parti, au cas où... N'oublions pas qu'il avait beaucoup regretté d'avoir renoncé à la chefferie du PQ, faute d'avoir obtenu le seuil d'appuis qu'il jugeait acceptable.
Pauline Marois ne méritait pas le désaveu qu'elle vient de subir. Depuis qu'elle est chef, elle assume ses fonctions avec énergie et courage. Le Parti québécois manquait de discipline, elle a cherché à lui en donner. Il venait à bout de ses leaders l'un après l'autre, elle a voulu lui résister. Il a parfois agi contre ses propres intérêts, elle a voulu qu'il remette le cap sur le pouvoir, lequel est la finalité naturelle de tout parti politique.
Flamme souverainiste
Pour l'instant, les quatre députés démissionnaires donnent toutes les apparences d'être purs, sans tache et d'une éthique irréprochable. Il n'en reste pas moins que s'ils avaient vraiment voulu être cohérents et en harmonie avec leurs convictions, ils auraient alors saisi la main tendue par Pauline Marois, et ce, même si cette dernière a tardé avant de donner un signe d'ouverture.
Ils auraient ainsi évité de décrédibiliser et d'affaiblir le seul parti politique qui est en mesure de réaliser cette souveraineté du Québec qu'ils disent chère à leurs yeux: le Parti québécois. Car, cela est évident, la démission des quatre députés assène un très dur coup à tout le mouvement souverainiste, surtout qu'elle survient après l'effondrement du Bloc québécois et la défaite personnelle de Gilles Duceppe en mai dernier. Certes, il est encore possible que cette démission ne serve d'électrochoc à la cause souverainiste, mais cela reste peu probable à ce stade-ci.
Les dommages sont considérables pour le PQ et Pauline Marois. L'affront que cette dernière vient de subir remet en question son leadership même. Reste à voir comment elle se sortira de ce bourbier. Ce qui est clair néanmoins, c'est que sa façon de naviguer à travers la tempête en dira long sur sa capacité de piloter le navire de l'État.