Après un été où il a fait suer (pour ne pas utiliser un autre verbe) les dirigeants et partisans des Sénateurs, j'imagine que plusieurs souhaitent que le gouvernement américain complique la vie le plus possible au récalcitrant de Calgary.
Pendant ce temps, le débat à savoir qui a gagné l'échange de samedi ne fait que commencer (vous pouvez voter sur cyberpresse.ca/le-droit).
Comme je le disais hier, Heatley est évidemment le grand gagnant malgré sa réputation entachée par l'égoïsme dont il a fait preuve cet été. Les Sénateurs sont les grands perdants parce qu'ils ont perdu le meilleur joueur dans la transaction, tandis que les Sharks de San Jose doivent gagner une coupe Stanley pour justifier cette acquisition d'un hockeyeur au caractère douteux, malgré tous les buts qu'il peut compter.
Dans toute cette histoire, il n'y a qu'une personne qui ressort frais comme de l'eau de rose. Non, pas le directeur général Bryan Murray, qui a ni plus ni moins mis sa tête sur le billot en tirant sur la gâchette après tant de tergiversations.
C'est plutôt son entraîneur, Cory Clouston, qui sort grandi (le jeu de mot n'est pas intentionnel) de cette saga.
Oui, Heatley a obtenu en bout de ligne ce qu'il exigeait, un échange à un club californien qui aspire à la coupe Stanley.
Mais s'il y a une consolation dans son départ, c'est de voir qu'une super-vedette qui voulait faire passer ses intérêts personnels - lire : son temps de glace, surtout sur le jeu de puissance - avant ceux de son équipe n'a pas réussi à avoir la tête de l'entraîneur qui lui a offert un « rôle diminué » quand il s'est amené en février dernier, en relève à Craig Hartsburg.
L'équipe en premier
« Je pense que le message aux autres joueurs est que l'équipe doit toujours passer en premier. Ce serait naïf de croire que les joueurs n'auront pas d'objectifs individuels, mais il faut que ceux-ci cadrent à l'intérieur des objectifs collectifs afin que tout le monde soit sur la même page », me confiait Clouston hier après son point de presse où il a loué l'éthique de travail de Cheechoo la saison dernière, même alors qu'il avait peine à secouer les cordages (« il fait bien les 'petites choses'», a-t-il dit au sujet de l'ancien récipiendaire du trophée Maurice-Richard).
« Le personnel de direction et moi croyons tous que c'est la seule façon d'avoir du succès. L'autre manière n'a pas fonctionné, ça a été prouvé dans la deuxième moitié de saison il y a deux ans et dans la première l'an passé », a-t-il ajouté.
Clouston avait mené les Sénateurs à une fiche de 19-11-4 après son arrivée, mais comme le club jouait sans pression alors que ses chances de participer aux séries étaient minces, des doutes pouvaient subsister autant dans l'esprit des joueurs que des partisans et des médias quant à ses chances d'imposer sa façon de faire dès le départ cette saison.
À voir la façon dont il s'est tenu bien droit dans cette tempête, il y a lieu de croire que les sceptiques qui prédisent déjà une saison de misère aux Sénateurs (classés 24e dans la LNH selon TSN.ca) pourraient être confondus.
C'est certes l'espoir de Bryan Murray, en tout cas : « Dany a dicté en grande partie l'issue de cette histoire malheureuse, mais au moins, il n'aura pas réussi à dicter une façon de faire les choses à notre entraîneur, me disait-il hier. Au cours des deux dernières saisons, on en a arraché parce qu'on ne jouait pas assez souvent un jeu d'équipe. Les choses se sont replacées à la fin de l'an dernier quand on a joué à l'intérieur d'une structure, tirant tous ensemble dans la même direction. J'ose espérer qu'après cet échange, les joueurs auront encore plus de respect pour le système en place. »
Si c'est effectivement le cas, Bryan Murray devra peut-être envoyer un mot de remerciement à Dany Heatley et ses agents pour lui avoir forcé sa main, l'obligeant à changer la structure de ce club qui se fiait trop sur le Triumvirat pour diriger l'attaque.
En vitesse
Alors que le gardien Pascal Leclaire se prépare à faire ses débuts dans l'uniforme des Sénateurs ce soir à Halifax, on apprend que le joueur contre qui il a été acquis, Antoine Vermette, serait sur le point de signer une prolongation de contrat avec les Blue Jackets, selon le Dispatch de Columbus. Avec le Gatinois Derick Brassard déjà sous contrat à long terme, les Jackets vont avoir une excellente ligne de centre québécoise pour plusieurs saisons.