Le choix de Tsvangirai

Gwynne Dyer
Le Droit

Le mois dernier, à Harare, Morgan Tsvangirai a bu le calice empoissonné, en connaissance de cause. Il a prêté serment pour accéder à la fonction de premier ministre du Zimbabwe, dans un gouvernement qui reste contrôlé par son ennemi juré, le président Robert Mugabe. Il doit être conscient que ses chances de réussite, voire de survie politique, sont presque nulles.

«Nous ne rejoignons pas Mugabe, a-t-il expliqué courageusement. Cela fait partie d'une relation de transition négociée. M. Mugabe a un pouvoir exécutif. J'ai un pouvoir exécutif.» Mais Robert Mugabe dispose d'un contrôle exclusif sur l'armée et la police. Or les forces de l'ordre sont souvent utilisées pour harceler, emprisonner, torturer et tuer les collaborateurs et partisans de Morgan Tsvangirai. Le président zimbabwéen contrôle également les tribunaux par l'intermédiaire du ministère de la Justice.

 

Peu de Zimbabwéens avaient anticipé ce résultat lorsque le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a obtenu, contre toute attente, une majorité au parlement. Morgan Tsvangirai a remporté plus de voix que Robert Mugabe au cours des élections du mois de mars. C'est en fait un accident qui s'est produit seulement parce que les membres du ZANU-PF (le parti au pouvoir), trop sûrs d'eux, se sont moins appliqués à intimider les électeurs et à trafiquer le décompte des voix, comme à leur habitude. Mais la défaite apparente du régime de Mugabe - en place depuis 30 ans ! - a éveillé des espoirs chez les Zimbabwéens désespérés.

Ces espoirs étaient prématurés. Le régime a déclaré que la majorité de Morgan Tsvangirai était insuffisante et qu'un second tour électoral s'imposait. Il a ensuite lancé une campagne de violence contre les responsables et les partisans du MDC, laquelle a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés. Peu avant le second tour, Morgan Tsvangirai s'est retiré de la course pour éviter aux électeurs du MDC un bain de sang le jour de l'élection. Mugabe a alors été «réélu», sans opposition, président du Zimbabwe.

Descente aux enfers

Ce n'est pas tout. Le régime brutal et corrompu de Mugabe n'a pas fait que ruiner l'économie du Zimbabwe. Il entraîne toute la région australe de l'Afrique dans sa descente aux enfers. Le taux de chômage du Zimbabwe est de 94 %, sa monnaie a si peu de valeur que même les commerçants de rue n'acceptent que des devises étrangères, le choléra sévit dans tout le pays et l'espérance de vie y est devenue la plus faible du monde !

C'est connu, les investisseurs étrangers ignorent tout des endroits lointains où ils placent leur argent. Ils paniquent facilement si les régions ou pays proches semblent être en proie à des problèmes. Les membres de la Communauté de développement des États d'Afrique australe (SADC - l'organisation régionale regroupe neuf pays) devaient prendre des mesures pour éviter la catastrophe liée au Zimbabwe. Tous ces pays étaient menacés d'être assimilés à leur voisin zimbabwéen aux yeux des étrangers ignares. La SADC est donc intervenue. Enfin, en quelque sorte...

Si leur intention était de parvenir en force à un accord qui puisse mettre fin au chaos qui règne au Zimbabwe, leur projet n'était pas clair. Par ailleurs, ils étaient impressionnés par l'histoire de Robert Mugabe, considéré comme l'un des principaux héros de la lutte pour la libération il y a une trentaine d'années. Le président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, était tout à fait déterminé à s'assurer que le vieux Mugabe soit traité avec respect, même si c'est un tyran assassin.

La SADC, au lieu d'appuyer la dénonciation de Morgan Tsvangirai que Robert Mugabe avait volé son élection, elle a contraint, en août dernier, Tsvangirai à accepter un gouvernement d'«unité nationale» dans lequel il serait fatalement un partenaire secondaire.

L'aide viendra-t-elle ?

Morgan Tsvangirai semble encore penser qu'il peut arriver à quelque chose. Il se dit que sa présence au gouvernement déclenchera l'arrivée de nombreuses aides étrangères qui sauveront les Zimbabwéens de leur immense détresse. Ensuite, ses concitoyens reconnaissants voteront en masse pour lui à l'élection que la SADC a imposée dans deux ans. De sorte que même les dépouilleurs de Mugabe ne pourront pas l'invalider.

Ces aides ne viendront pas. Les pays occidentaux qui ont effectué des dons à destination du Zimbabwe ne lui ont fourni qu'un soutien alimentaire. La raison ? Ces pays se disent que les comparses de Mugabe voleraient tout autre aide, et ils n'ont pas de raison de changer d'avis.

Pendant que Morgan Tsvangirai prêtait serment, la Grande-Bretagne prenait l'initiative inhabituelle de faire paraître une annonce dans la presse zimbabwéenne, exposant clairement sa position : «Il est peu probable qu'un gouvernement dans lequel Mugabe joue un rôle inspire la confiance des donateurs et lui apporte le soutien dont il a désespérément besoin». Mais si les aides étrangères n'affluent pas, Morgan Tsvangirai n'aura absolument rien gagné dans son pari fou. Alors ce sera jeu, set et match pour Mugabe.

Ce qui est pathétique pour le Zimbabwe.

Gwynne Dyer est un journaliste indépendant canadien, basé à Londres, dont les articles sont publiés dans 45 pays.

gdyer@ledroit.com

 

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