Prêcher la tolérance

Camper Lola la drag queen dans la comédie... (Courtoisie)

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Camper Lola la drag queen dans la comédie musicale Kinky Boots aura permis au comédien J. Harrison Ghee de se rapprocher de son père, un pasteur baptiste de Caroline du Nord.

Courtoisie

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Camper Lola, «  c'est un rêve devenu réalité  », lâche J. Harrison Ghee, tête d'affiche de Kinky Boots. Le comédien fera résonner les bottes à talons hauts de son personnage de drag queen sur la scène du Centre national des arts du 27 décembre au 1er janvier.

« Sois toi-même! Quiconque peut changer le monde en modifiant d'abord son regard et son état d'esprit », prêche Lola dans cette comédie musicale récompensée par six Tony Awards - dans les catégories les plus prestigieuses : meilleures musique (signée Cindy Lauper), chorégraphie (Jerry Mitchell) et orchestrations (Stephen Oremus). 

Kinky Boots a pour décor une petite usine de chaussures. L'entreprise familiale, qui périclitait, connaîtra un second souffle avec l'arrivée d'une nouvelle employée, Lola, un travesti amateur de talons aiguilles. M. Ghee partage l'affiche avec Adam Kaplan, qui campe Charlie, le propriétaire de la boutique Price & Son. 

L'histoire, qui débute en Grande-Bretagne, dans quelque banlieue industrielle de North-ampton, pour finir sous les projecteurs des catwalks de Milan, est digne d'un conte de Noël. Le récit s'inspire de faits réels, précisent les notes de production. Le livret (signé par le comédien et activiste gai Harvey Fierstein) n'a donc rien puisé de la vie personnelle de J. Harrison Ghee. Il aurait pu, tant M. Ghee et son alter ego ont de choses en commun. « Je comprends très bien la vie de Lola », souligne le comédien, qui, « en dehors du spectacle», mène lui-même une vie nocturne de travesti.

« C'est un honneur pour moi de tenir ce rôle et de pouvoir partager son message à travers le monde. Un message d'amour, de tolérance et de bienveillance. »

L'acteur est devenu la nouvelle vedette de la tournée nord-américaine, en remplacement de Kyle Taylor Parker - et dans la foulée de Billy Porter, qui défendait le rôle à Broadway (assez brillamment pour recevoir un Tony Award). 

Sous le nom de scène de Crystal Demure, M. Ghee écumait la scène drag de New York depuis six ans lorsqu'il a intégré la distribution de Kinky Boots. D'abord en tant que directeur de danse et doublure de Lola, puis en endossant officiellement le rôle titre en novembre 2015. 

S'il portait les costumes de Crystal au vu et au su de ses amis, il avait en revanche préféré tenir sa famille à l'écart, notamment son père, un pasteur de Caroline du Nord. 

Depuis, le révérend Ghee a vu la pièce « quatre fois ». 

« Il a adoré. Il 'lit' notre parcours personnel à travers l'histoire de Kinky Boots », sourit M. Ghee. 

À son grand  soulagement, ce rôle a permis à la relation qu'il entretient avec son père de s'épanouir. 

Lola « m'a permis de mieux comprendre mon choix de devenir drag queen, et aussi qui j'étais, en tant que fils et en tant qu'individu. Et j'en serai éternellement reconnaissant à cette production », expose celui qui a appris à chanter très tôt, au sein de la chorale de l'église familiale.

C'est à un très jeune âge, qu'il a senti à quel point il était «  différent » de ses camarades. Au primaire, on commençait déjà à le trouver un peu étrange, évoque-

t-il. À partir du secondaire, les élèves ont commencé à railler ouvertement sa sensibilité exacerbée et sa vision des choses, jugée trop féminine. 

« Les gamins m'avaient pris pour cible », dit-il, sans s'épancher sur cette période intimidante, sinon pour exprimer à quel point il « comprend mieux » la part féminine de son identité, à présent qu'il lui donne vie sur les planches. 

« Kinky Boots m'a aidé à accepter mon unicité. »

Ce n'est que récemment que

J. Harrison Ghee a osé entamer une discussion sur son métier avec son père. Face à l'homme de foi, il a partagé le plaisir inné qu'il éprouve à « divertir » la foule. Et la joie, non moins forte, que lui procure la scène drag, où il peut « librement » exprimer « sa créativité ». Un sentiment d'accomplissement d'autant plus savoureux qu'il a obtenu « le soutien » de sa famille. 

« Ils comprennent que cela fait partie de mon chemin et de ma destinée. Il [mon père] est très fier de moi. »

Conquérir le monde

Enfiler les bottes de Lola lui donne « beaucoup d'assurance ».

 «  J'ai l'impression que je pourrais conquérir le monde et tout faire. Je sais que ça peut avoir l'air contradictoire, mais je ne connais pas de sentiment plus puissant que celui que je ressens quand je suis juché sur des talons aiguilles, en tant qu'homme », estime le comédien.

Lola, c'est pratiquement lui. «  Il y a un personnage de jeune Lola dans le spectacle C'était exactement moi, à l'époque. Je me revois en train se sortir les chaussures de ma maman du placard et d'essayer de marcher avec, quand j'étais tout seul à la maison. Et je me suis beaucoup pratiqué », partage-t-il.

La plus grande qualité de Lola, c'est son authenticité, estime le comédien. 

« La force de Lola réside dans son sourire », toujours éclatant et « sincère ». Tel est selon lui l'élément de jeu primordial et incontournable. « Tout le reste », son éternel optimisme et son « sens du  glamour et des paillettes », est en fait accroché à ce sourire.

Chorégraphies de coulisses

Même si monter sur scène huit fois par semaine, est un exercice «difficile, exigeant tant physiquement qu'émotivement», car il faut impérativement rester frais et «sincère» dans l'interprétation de Lola, rien n'amuse autant J. Harrison Ghee que de passer d'un costume à l'autre pendant deux heures et demi. 

En coulisses, où une chorégraphie de petites mains se joue dans le noir, le comédien bénéficie de la complicité d'un aide de camp personnel, Mickey Piscitelli - «qui est, au fond, mon meilleur ami sur la route». Le «fantastique Mickey» l'aide à se préparer et, surtout, à accélérer les changements de costumes. Il y en a «13» au total, tous plus exubérants les uns que les autres.  

Son autre «homme» de confiance est la maquilleuse Sarah Wolfe. «Sans eux, je ne pourrai pas faire le spectacle.»

Pour y aller

Du 27 décembre au 1er janvier

Centre national des arts 

1-888-991-2787; ticketmaster.ca

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