Le spectacle continue, malgré le choc

Dès leur arrivée au Royaume-Uni, plusieurs musiciens, comme... (Valérie Lessard, LeDroit)

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Dès leur arrivée au Royaume-Uni, plusieurs musiciens, comme Christopher Millard, se sont mis à répéter, malgré leur sentiment d'impuissance.

Valérie Lessard, LeDroit

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(ÉDIMBOURG) Les événements tragiques survenus hier à Ottawa ont vite rattrapé les quelque 65 musiciens de l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA), dès leur arrivée à Édimbourg, au premier jour de leur tournée au Royaume-Uni visant à commémorer le centenaire de la Grande Guerre.

L'onde de choc s'est propagée, à la sortie de l'avion en provenance de Londres, au fur et à mesure que chacun se rebranchait, qui sur son téléphone intelligent, qui sur son ordinateur portable, qui sur sa tablette.

Consternation et inquiétude se lisaient sur les visages, alors que tous se questionnaient sur les motivations du ou des présumé(s) tireur(s), cherchaient à en savoir plus sur ce qui s'était réellement passé et, surtout, tentaient de joindre leur famille laissée derrière ou leurs collègues et amis confinés au CNA, à l'école ou au bureau.

«Dans de telles circonstances, j'ai tellement l'impression que faire de la musique est futile...» a déclaré d'une voix triste la contrebassiste Marjolaine Fournier.

«Je me sens tellement impuissante, si loin des miens...» a confié Joanna G'froerer, visiblement ébranlée par les événements.

Pourtant, «the show must go on», comme le veut l'adage. Si bien que dès leur arrivée à l'hôtel, plusieurs musiciens se sont isolés dans leur chambre pour jouer de leur instrument. Pendant ce temps, Mme G'froerer et les quatre autres membres du quintette de vent (Christopher Millard, Charles Hamann, Kimball Sykes et Lawrence Vine) se réunissaient pour répéter la plus récente oeuvre du compositeur canadien John Estacio, qui sera présentée en première mondiale samedi soir, à Nottingham. Et que le principal intéressé avait l'occasion d'écouter pour la première fois, hier soir.

Car, tels des athlètes, les musiciens en tournée s'entraînent. Et comme les sportifs avant un match, ils ont tous leur rituel d'avant concert. Des habitudes qui ne se perdent pas, même sur la route.

D'ailleurs, quelques heures avant d'apprendre le drame ayant secoué la capitale canadienne, la flûtiste et d'autres collègues avaient partagé sur un ton beaucoup plus léger leurs petites manies.

«J'ai ma petite routine d'une dizaine d'exercices de réchauffement que je dois absolument faire pour me sentir en pleine possession de mes moyens, avait expliqué Joanna G'froerer. J'apprécie arriver tôt pour m'entendre d'abord jouer seule, puis entendre mes collègues se joindre les uns après les autres, jusqu'à ce que nous soyons tous là, à nous réchauffer, tous ensemble. J'apprécie cette sensation d'esprit de corps qui se crée, de cette manière.»

De son côté, le violoniste Daniel Godin a besoin de prendre ses repères sur scène (éclairage sur ses partitions, sa place dans l'espace,etc.) afin de mieux se préparer. «Ça me permet de me libérer la tête des considérations plus techniques, de vraiment focuser ensuite sur les pièces que nous allons interpréter.»

Avant de jouer de la musique, Julie Fauteux, cor solo associée, a quant à elle besoin d'en écouter. «Si je me sens nerveuse ou fébrile, je me branche sur du classique. Si, au contraire, je manque d'énergie, je vais mettre du rock très fort, pour me fouetter un peu.»

Pour la contrebassiste Murielle Bruneau, tout passe justement par l'état d'esprit dans lequel un musicien se présente sur scène.

«Je ne crois pas qu'on peut faire de la musique si on n'est pas de bonne humeur, a souligné celle qui en est à sa 20e tournée avec l'OCNA. Notre travail réclame beaucoup de concentration, d'être sensible et à l'écoute de ce qui se passe autour de nous. Pour ma part, je ne peux être totalement ouverte à la musique et aux autres musiciens si je suis fâchée ou triste.»

Premiers concerts

Julie Fauteux et les membres d'un autre quintette - de cuivres, celui-là - ainsi que le trio de cordes de l'OCNA seront les premiers à se produire ce matin, lors d'un récital en la cathédrale St. Giles.

Le premier concert réunissant tous les musiciens sous la baguette du maestro Pinchas Zukerman (qui interprétera aussi au violon le Concerto n°1 de Bruch) aura pour sa part lieu ce soir au Usher Hall, qui célèbre lui aussi son centenaire cette année, à l'instar de la Grande Guerre.

Les frais de ce voyage sont en partie assumés par le Centre national des arts.

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