La vraie puissance de la musique

Le maestro Pinchas Zukerman.... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Le maestro Pinchas Zukerman.

Martin Roy, Archives LeDroit

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Un orchestre. Son maestro. Le centenaire de la Grande Guerre. Et une tournée au Royaume-Uni visant à souligner cet anniversaire en créant des ponts entre hier et aujourd'hui, ici et là-bas. Tout ça, grâce à la musique, cet art capable de transcender le temps et l'espace. Du 22 au 31 octobre, l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA) dirigé par Pinchas Zukerman proposera à Édimbourg, Nottingham, Londres, Salisbury et Bristol cinq concerts majeurs ainsi que des dizaines d'activités à vocation éducative et autres rendez-vous musicaux. La chef des arts Valérie Lessard sera du voyage et signera une série d'articles sur cette tournée, la dernière de M. Zukerman à titre de chef de l'OCNA.

D'aussi loin qu'il se souvienne, Pinchas Zukerman a toujours été entouré de musique.

Celle jouée par son père, «qui fait partie de la poignée de Juifs ayant survécu aux nazis et à Auschwitz parce qu'il savait jouer du violon», précise-t-il.

Sans oublier les chansons folkloriques de Pologne que fredonnait sa mère, dans leur maison en Israël, où il né en 1948.

«L'un de mes oncles pouvait aussi interpréter des symphonies en sifflant. C'était génial de l'entendre! Jusqu'au jour où un dentiste lui a réparé quelques dents et qu'il n'a plus réussi à siffler comme avant...» raconte en riant le violoniste et chef de l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA).

Reprenant son sérieux, le sexagénaire se rappelle aussi des concerts impromptus organisés dans la résidence familiale de Tel-Aviv, en pleine panne de courant généralisé ou durant les périodes de couvre-feu, «parce que la guerre sévissait aussi, autrement, à cette époque, chez nous...»

Les voisins s'entassaient alors chez ses parents. Les instruments étaient sortis de leur étui. Les voix s'accordaient. Tous ensemble, ils s'offraient ainsi «quelques heures de pause», hors tension.

«Je me souviens que la musique a joué ce rôle important dans ma vie...» confie-t-il après quelques secondes d'un silence éloquent.

La tournée qu'il se prépare à entreprendre avec ses collègues de l'OCNA au Royaume-Uni s'inscrivant dans une volonté de commémorer le centenaire de la Grande Guerre, elle ne pourra dès lors que se teinter de toutes sortes d'émotions, croit le maestro.

«Je suis moi-même un produit de la Deuxième Guerre mondiale, qui a été tout aussi horrible que la Première. Au sein de l'orchestre, nous ne sommes toutefois qu'une demi-douzaine assez vieux pour comprendre la portée de ces deux conflits. La majorité de nos musiciens, qui ont fin vingtaine, début trentaine, connaissent pour leur part le terrorisme, les tensions raciales, l'intégrisme religieux. Pour plusieurs, ce ne sera sûrement pas une tournée comme les autres.»

Ode à l'humanité

Le choix d'interpréter l'Ode à la joie, ce poème de Schiller qui est devenu le mouvement final de la Neuvième symphonie de Beethoven, lors du concert à Londres, le 27 octobre, relevait de l'évidence.

D'abord, parce qu'à cette occasion, Pinchas Zukerman dirigera notamment ses deux orchestres: l'OCNA, avec lequel il en est à sa 16e et dernière saison, et le Royal Philharmonic Orchestra (RPO), dont il est le chef invité spécial depuis 2009.

Ensuite, parce que le fameux Ode à la joie - qu'Hitler a fait résonner lors de l'ouverture des Jeux de Berlin en 1936, mais qui a également retenti lors de la chute du mur de la ville, quelque 50 ans plus tard - se veut un «hymne humaniste» témoignant du réel pouvoir de la musique.

Avoir accès à l'art demeure la clé pour éviter ce que l'homme de 66 ans n'hésite pas à qualifier de «génocide de l'âme humaine».

«Sans musique, sans arts, nous ne sommes que des animaux et nos sociétés ne s'apparentent qu'à une jungle.»

«La musique s'avère une force incroyable pour autant qu'on puisse l'entendre! s'enflamme-t-il. C'est d'ailleurs ce qui m'inquiète le plus, pour la suite des choses...»

Seule la conscientisation à l'importance de la culture, l'union des forces, des idées et de l'investissement des secteurs public et privé pourront assurer la mission et le financement à long terme des institutions vouées à la musique, selon lui.

De plus, au lieu de craindre l'omniprésence des nouvelles technologies dans le quotidien, il faut miser sur les possibilités qu'elles offrent. Ne serait-ce que parce qu'Internet permet de savoir rapidement ce qui menace la musique ici comme ailleurs, mentionne-t-il, évoquant les récentes mobilisations autour de l'avenir des conservatoires régionaux au Québec et le boycott de l'opéra Carmen, en Australie.

«Nos élus doivent continuer à défendre la culture!»

M. Zukerman a depuis longtemps fait de l'éducation son cheval de bataille. À son arrivée au CNA, en 1999, il a rapidement mis sur pied divers programmes visant à promouvoir la musique auprès des jeunes et à leur offrir une formation suivie.

Trois adolescentes anglaises (Emily Sun au violon; Anastasia Sofina à l'alto; et Kristiana Ignatjeva au violoncelle) ayant participé à la 16e édition de l'Institut estival de musique, plus tôt cette année, se joindront d'ailleurs à l'OCNA et au RPO lors du concert londonien.

«Il est de notre devoir de stimuler notre jeunesse par la musique et les livres. C'est une manière d'élargir les horizons de leurs connaissances, leurs capacités à communiquer et à penser de manière conceptuelle.»

L'essence du contact humain

Pour les y aider, Pinchas Zukerman affirme que rien ne pourra remplacer les contacts réels, humains. Ni l'apport émotionnel des expériences multisensorielles que les musiciens doivent vivre pour pleinement ressentir une oeuvre.

«Quand les jeunes me demandent ce qu'ils doivent faire pour s'améliorer, je leur parle peu de technique. Certes, ils doivent apprendre à lire une partition. Mais pour l'interpréter? Ça tient à autre chose! Fleurer les croissants frais, en passant près d'une boulangerie, visiter des musées, marcher dans la forêt au printemps, quand tout éclôt, ou à l'automne, quand la nature se prépare pour l'hiver, s'imprégner de couleurs et d'odeurs de toutes sortes: voilà ce qui rend un musicien meilleur! Voilà ce qui, moi, m'a rendu meilleur!» clame-t-il avec passion.

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