FFO: Le souffle de Noces

Lina El Arabi, qui, à peine révélée, est... (Courtoisie, K-Films)

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Lina El Arabi, qui, à peine révélée, est déjà perçue comme l'un des visages les plus prometteurs de la nouvelle génération d'actrices.

Courtoisie, K-Films

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Jointe lundi à Montréal, où elle venait de débarquer avant de prendre le chemin pour Gatineau afin d'y présenter le film Noces, jeudi, dans le cadre du Festival du film de l'Outaouais (FFO), la comédienne française Lina El Arabi, prouvait au téléphone qu'elle partage certains traits avec son personnage, Zahira, à commencer par une farouche détermination.

Pleine de spontanéité, la jeune comédienne de 21 ans arrive au Québec auréolée de gloire. Au Festival du film d'Angoulême, elle a décroché l'été dernier le trophée de la meilleure actrice pour le rôle - principal - de Zahira, tandis que son partenaire de jeu, Sébastien Houbani, qui incarne son grand frère, remportait quant à lui le prix Valois du meilleur acteur - prix qu'il a dû partager avec le Québécois Antoine-Olivier Pilon, grâce à sa prestation dans 1:54 de Yan England. 

Médias et critiques européens saluent de concert le talent et la conscience sociale de Lina El Arabi, qui, à peine révélée, est déjà perçue comme l'un des visages les plus prometteurs de la nouvelle génération d'actrices. Et une voix « engagée » parmi les plus pertinentes. 

« Je ne suis pas, de base, quelqu'un d'hyperactif, mais j'ai appris à l'être », sourit Lina El Arabi. L'artiste précoce et touche-à-tout conjugue une carrière de comédienne (entamée il y a onze ans) à plusieurs autres passions : le violon et la danse classique (qu'elle a appris au Conservatoire, où elle est rentrée à l'âge de six ans), le chant (on peut entendre sa voix sur le plus récent disque de Julie Zénatti, Méditerranéennes, où elle interprète plusieurs duos) et le journalisme (elle poursuit sa troisième année à l'Institut européen de journalisme de Paris).

« Si je ne m'étais pas lancée dans le journalisme, je serais sûrement une militante, à distribuer des tracts » soutenant « la cause des femmes, le droit à l'avortement, etc. Je chercherais constamment à améliorer l'ouverture d'esprit des gens », lance la jeune femme d'origine marocaine, qui ne cache pas son inquiétude de vivre dans un pays « qui est à deux doigts » de confier ses institutions démocratiques à une présidente d'extrême droite.

Ses choix de films sont à l'image de son idéalisme juvénile. La corde journalistique de son arc lui permet de se sentir à l'aise de refuser les projets de films qui manqueraient de substance. Une carrière cinématographique se construit aussi sur des refus, estime-t-elle.

Autant dire que Lina El Arabi n'a rien d'une victime. Ni celle qu'elle joue dans Noces, Zahira, une lycéenne d'origine pakistanaise que ses parents veulent marier de force avec un jeune homme pakistanais qu'elle n'a jamais vu. Ni celle qu'elle avait incarnée dans Ne m'abandonne pas, téléfilm signé Xavier Durringer : Chama, une adolescente fragile, endoctrinée et radicalisée par un « mari » préparant le djihad en Syrie. Le film aura d'ailleurs été projeté dans tous les lycées de France, dans la foulée d'une pétition (de 40 000 signatures) adressée au ministère de l'Éducation nationale.

Kim Nguyen

Le public québécois apprendra à mieux connaître Lina El Arabi sous peu, puisqu'elle est de la distribution du prochain film de Kim Nguyen, Eye On Juliet, que le réalisateur québécois a tourné à Montréal et à Ouarzazate, au Maroc. Un film au scénario « impitchable » rigole la comédienne en évoquant cette « histoire d'amour 2.0 qui se passe dans le désert du Maghreb, avec des robots ».

Son c.v. bien garni, elle ne le doit pas à quelque talent inné. « Le talent, tout le monde en a, je crois. Mais le talent sans travail n'a aucun intérêt », lâche Lina El Arabi, « une bosseuse » qui refuse de se reposer sur le moindre laurier, ni sur son minois. 

C'est bel et bien la passion - à moins que ce soit « [s]on côté masochiste » - qui l'a poussée à s'engager de front dans « les deux métiers les plus plus précaires au monde, comédien et journaliste ». 

 Le Conservatoire lui a appris très tôt « les vraies valeurs du travail », les vertus de « la concentration, la précision, la réfection et la patience ». Et puis, n'ayant « jamais eu  beaucoup de temps à consacrer aux réseaux sociaux et aux écrans, je ne me suis pas perdue là-dedans », note-t-elle au passage.

Bel exemple de coeur à l'ouvrage : élue à la dernière minute pour porter le film sur ses épaules, elle a eu à peine une semaine pour apprendre à maîtriser  les rudiments phoniques et toniques de l'ourdou, la langue maternelle de Zahira.

Si la comédienne en retire une certaine fierté, elle n'en dégage aucune prétention. Ce qui frappe, c'est plutôt sa fraîcheur, une « spontanéïté » juvénile « qui [lui] fait parfois dire des bêtises. Ou verser des larmes.  

Lors de la remise des trophées à  Angoulême, Lina El Arabi a bouleversé le public, avait confié Didier Farré. «Quand je pleure, on dirait un enfant. Je pleure très facilement pour rien. [À Angoulême], on aurait juré qu'on me remettait un jouet que j'attendais depuis 10 ans. Le paradoxe de ma personne, c'est que je peux faire très mature, et très immature. Je crois que c'est ça qui a étonné les gens et qui les a touchés». 

Deux projections de Noces sont prévues dans le cadre du FFO. La première a lieu ce mardi au Cinéma Aylmer. La suivante se tiendra jeudi au Cinéma 9, en présence du réalisateur belge Stephan Streker et de la comédienne Lina El Arabi.

Noces, du, prend l'affiche au Québec le 31 mars.

POUR Y ALLER : 

Mardi 28 mars, 19 h, Cinéma Aylmer

Jeudi 30 mars, 19 h, Cinéma 9 (en présence des artisans du film)




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