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Oscars: Nuit historique pour les Noirs éclipsée par une gaffe

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« J'ai regardé avec attention (la vidéo de l'incident) et c'était une erreur, ils avaient la mauvaise enveloppe », estime Shaun Harper, directeur du Centre sur les études raciales et la diversité à l'université USC.

Chris Pizzello, Associated Press

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Agence France-Presse

LOS ANGELES - La nuit historique du cinéma noir américain, lauréat de cinq Oscars majeurs en une soirée, a été quasiment éclipsée par une gaffe monumentale qui a d'abord attribué le prix du meilleur film à La La Land au lieu de Moonlight.

Après deux ans de virulente polémique sur le manque de diversité à Hollywood, beaucoup grinçaient des dents en voyant cette erreur atténuer la portée du nombre record de gagnants noirs dimanche.

« La cérémonie a été aussi importante que l'année où Halle Berry et Denzel Washington ont tous deux remporté les prix des meilleurs acteurs », il y a 15 ans, estime Shaun Harper, directeur du Centre sur les études raciales et la diversité à l'université USC.

« J'étais vraiment ravi de voir Moonlight recevoir l'attention et la reconnaissance qu'il méritait mais je suis malheureux que sa victoire ait été un peu salie par l'interversion des lauréats à la fin », a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

Confusion

Sur les réseaux sociaux, « les gens pensent que c'est une honte que, l'année où un film avec une distribution entièrement noire l'emporte, il y ait eu cette confusion », insiste-t-il.

Keith Boykin, auteur et commentateur politique sur CNN, a ainsi tweeté que « rien de ce qui s'est passé sur scène ne devrait faire oublier l'avancée majeure » qu'a représenté le sacre de Moonlight.

Ce drame poignant et intimiste, tourné avec seulement 1,5 million $, a coiffé au poteau la comédie musicale La La Land, qui était largement favorite, pour la statuette tant désirée de meilleur film, en plus de récolter le prix du meilleur scénario pour le réalisateur Barry Jenkins et celui du meilleur second rôle pour Mahershala Ali.

Aux antipodes des films des studios et de la romance nostalgique et sucrée de La La Land, il suit le passage à l'âge adulte d'un jeune homosexuel noir qui grandit dans un quartier difficile de Miami auprès d'une mère toxicomane.

« Certains Afro-américains pensent que la présomption était que le film noir ne pouvait évidemment pas gagner » et que c'est pour cela que la légendaire star Faye Dunaway a donné le nom de La La Land aux côtés de Warren Beatty, remarque Shaun Harper.

« Mais j'ai regardé avec attention (la vidéo de l'incident) et c'était une erreur, ils avaient la mauvaise enveloppe », ajoute-t-il.

Une autre actrice noire a décroché la statuette du second rôle féminin, la grande Viola Davis, grâce à son interprétation bouleversante d'une épouse bafouée dans Fences et dans la catégorie des documentaires, un réalisateur noir a aussi été couronné, Ezra Edelman, pour son fascinant O.J. : Made in America.

Prise de conscience

La presse internationale n'était pas en reste dans les commentaires dénonçant le chaos de la fin de cérémonie.

Le quotidien britannique The Independant a ainsi écrit que « le triomphe de Moonlight aurait dû être un moment de reconnaissance pour le cinéma noir mais qu'il a été éclipsé par une autre histoire blanche ».

À savoir l'erreur des représentants du cabinet d'audit PriceWaterHouse Cooper, qui étaient responsables de distribuer les enveloppes aux présentateurs depuis les coulisses.

Reste à savoir si cette nuit historique tourne une fois pour toutes la page du débat sur les « Oscarstropblancs », le mot-clic qui avait mis le feu à internet ces deux dernières années.

« Il faut attendre de voir ce qui se passera l'an prochain et encore l'année d'après », observe Shaun Harper.

« J'ai malheureusement vu sur les réseaux sociaux beaucoup d'Américains blancs qui disent que Moonlight, Viola Davis et Mahershala Ali ont gagné à cause de la pression » qui a été exercée sur les plus de 6500 membres de l'Académie qui votent aux Oscars, poursuit-il.

« C'est faux.  #OscarssoWhite, le boycott de la cérémonie (l'an dernier par plusieurs célébrités), le militantisme ont accru la prise de conscience de l'Académie sur l'étroitesse des critères avec lesquels ils jugeaient une oeuvre », remarque le professeur d'USC.

« Mais Moonlight a gagné parce que c'est un film incroyable », conclut-il.

De même, Jonathan Kuntz, professeur à l'école de cinéma de l'université UCLA, estime que l'Académie a réagi à la pression en engageant des réformes et en élargissant ses rangs mais qu'individuellement, les membres « ne votent que pour ce qu'ils considèrent comme le meilleur ».




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