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Kid Koala, entre la plume, le crayon et les platines

Kid Koala donne cette semaine au Centre national... (Ivanoh Demers, La Presse)

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Kid Koala donne cette semaine au Centre national des arts quatre concerts auxquels l'auditoire peut participer très activement, en mettant la main aux platines.

Ivanoh Demers, La Presse

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Des mélodies calmes, au diapason de l'hiver. De la musique « pour dessiner », résume Kid Koala à propos de Satellite, album tout juste paru, et annoncé comme le premier volet d'une série électro -« contemplative » que le DJ canadien a intitulé Music To Draw To.

À Vancouver, les doigts de Kid Koala, agiles, couraient sur les platines. Depuis qu'il a déménagé à Montréal, il y a trois ans, le DJ a appris à apprivoiser les rigueurs des hivers québécois. À s'emmitoufler dans « les sons et les tonalités » du climat frigorifique auquel il a voulu donner corps et âme. Et voix. Celle de la chanteuse islandaise Emiliana Torrini, avec qui Kid Koala avait déjà travaillé sur la trame sonore du film Men, Women and Children, de Jason Reitman, et dont le timbre et les racines collaient parfaitement aux tonalités glacées que voulait explorer Kid Koala.

Récit d'un impossible amour et d'une odyssée aux confins de l'espace, Satellite flotte, tempos et moteurs au ralenti, comme pour faire écho à l'engourdissement de la saison hivernale, explique le célèbre DJ.

Spectacle interactif

Mais si elles semblent méditatives sur disque, ses mélodies rêveuses conservent une dimension beaucoup plus interactive. 

Kid Koala pose son laboratoire sonore au Centre national des arts du 16 au 18 février, le temps de quatre représentations durant lesquelles le public pourra participer activement, en prenant le contrôle de l'une des cinquante tables tournantes mises à sa disposition. Les participants auront l'occasion de manipuler des disques identifiés par un code de couleurs (correspondant aux cues lumineux contrôlés par le DJ, lequel lancera des consignes différentes à l'auditoire, découpé en quatre sections) ainsi qu'un pédale pouvant créer divers effets sonores. Chacun pourra ainsi ajouter son grain de sel et autres balles de neige mélodiques, et « ralentir le temps ». 

Défier les bleus de l'hiver

Eric San, alias Kid Koala, a toujours eu une fascination pour ces musiques - généralement instrumentales, mais pas exclusivement - qui exaltent sa propre créativité en nourrissant son subconscient. De It's A Wonderful World de Sparklehorse à Lucky Cat d'ISAN en passant par In Rainbows de Radiohead, il a « accumulé des caisses et des caisses de ces albums trop lents pour que je les passe durant mes prestations en clubs », mais qu'il écoute en boucle lorsqu'il est lui-même penché sur sa table à dessin, en train de crayonner. Car Kid Koala est aussi l'auteur des comic books, Space Cadet et Nufonia Must Fall, et travaille régulièrement sur ses films d'animation. 

Ces quelque 200 vinyles qui le tiennent dans un double état de concentration et de rêverie et l'« aident à oublier que le temps passe », il adore les partager avec le grand public. En 2009, pour « chasser les bleus de l'hiver », il a mis sur pied à Montréal Music to draw to, un événement hebdomadaire devenu très populaire. Chaque lundi, les soirs d'hiver, artistes amateurs ou confirmés se rassemblent au Théâtre Ste. Catherine pour écrire, dessiner, sculpter, peindre, tricoter ou s'adonner à la programmation informatique pendant que Koala et ses invités s'occupent de l'animation musicale, en prenant soin de ne rien faire tourner de trop énergique.

« Avec le temps, au lieu de me contenter de jouer les disques, je me suis mis à apporter de l'équipement et à improviser. Au début, c'était juste pour ajouter un morceau ambiant de mon cru, quelque chose qui s'inscrirait dans cette atmosphère. Mais de fil en aiguille, ces expérimentations sont devenues une sorte de matrice, servant de modèle à plusieurs chansons du nouvel album », explique Kid Koala. 

S'il ne marque pas une rupture avec la musique planante qui accompagnait notamment ses deux bandes dessinées, Satellite constitue une petite révolution pour le DJ, qui s'est attelé pour la toute première fois à l'écriture de textes.  

« J'avais écrit environ 14 morceaux lorsque j'ai réalisé que ça sonnerait très bien avec une chanteuse. J'ai donc appelé Emiliana, et on a commencé à travailler sur un récit, car en ajoutant une voix, c'est l'aspect narratif qui primait » sur la musique. 

Le duo a donc coécrit à quatre mains, « de façon très organique », les paroles de sept chansons qui, insérées parmi les 18 morceaux de l'album, déroulent « le récit d'un couple, dont l'un des amoureux soumet sa candidature afin de participer à une expédition vers Mars »,  dit-il en précisant que la prémisse lui a été inspirée par l'authentique projet Mars One, par lequel une firme privée néerlandaise s'est mise à rechercher, dès 2013, des candidats pour coloniser la Planète rouge en 2032. 

« Je pensais qu'elle apporterait ses propres textes, ou qu'elle utiliserait du vieux matériel », sourit le DJ. À l'arrivée de la chanteuse à Montréal, il a réalisé qu'elle n'avait rien de spécifique à lui soumettre, et qu'il allait devoir prendre la plume de toute urgence, s'il voulait enregistrer les chansons avec le départ de l'Islandaise, une semaine plus tard. 

Métaphore du suicide

En quelques jours, il a signé cinq chansons, qu'il a « timidement » montrées à sa complice, à cause de sa « crainte d'empiéter ». 

Fulgurante, la démarche a inconsciemment aidé Kid Koala à faire le deuil d'un cousin dont il était très proche - « c'est lui qui m'a appris à dessiner quand j'étais très jeune » - qui s'était suicidé quelques années auparavant. « Dans ma famille, presque tout le monde a fait comme si cela ne s'était jamais produit. [...] Le fait d'utiliser ces personnages imaginaires a déverouillé quelque chose en moi,  m'a permis de prendre de la distance. Je crois que la question qui est soulevée, 'Pourquoi voudrais-tu partir sur Mars et entreprendre un voyage sans retour ?' a quelque chose de métaphorique », expose le DJ.




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