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Une femme à Berlin: un texte percutant et encore pertinent

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CRITIQUE / Le texte d'Une femme à Berlin est à lui seul percutant, bouleversant. En la mettant en scène à quatre voix plutôt qu'une seule, Brigitte Haentjens a donné au journal intime de Marta Hillers une portée transcendant le temps et l'espace pour faire résonner haut et fort la réalité d'être femme en temps de guerre. Et de chercher à reprendre le contrôle de son corps après avoir été violée. La pièce, qui met en vedette Sophie Desmarais, Louise Laprade, Evelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré et qui est présentée au Centre national des arts à compter de ce mercredi et jusqu'à samedi, s'avère un rendez-vous incontournable.

À la base, il y a donc le compte rendu de l'arrivée, du départ des troupes russes et des contrecoups de leur «passage» à Berlin, entre les 20 avril et 22 juin 1945, dont témoigne la journaliste allemande. Qui survit entre le petit trois-pièces qui lui sert d'appartement et la cave où tous les habitants de son immeuble se réfugient la nuit et lors des bombardements; entre les rations quotidiennes et l'espoir d'un vrai repas. Entre le souvenir de Gerd, son fiancé dont elle est sans nouvelles depuis des semaines, et les bras de ce major qu'elle a choisi pour la protéger des autres hommes...

Du journal de Marta Hillers, Brigitte Haentjens et son complice Jean Marc Dalpé ont su préserver l'essentiel afin de rendre tour à tour compte des affres de la faim, des viols dont la narratrice et tant d'autres autour d'elle sont victimes, ainsi que de la résilience de toutes ces femmes ayant subi les assauts des soldats russes et, dans certains cas, délibérément opté pour un moindre mal: «Un seul, s'il vous plaît, s'il vous plaît, rien qu'un seul. Vous si vous voulez, mais chassez les autres.»

La réplique tombe, lourde de sens, d'horreur contenue en quelques mots... Une violence qui est également rendue de manière puissante par certains mouvements des actrices. Ici, le corps entier d'Evelyne de la Chenelière entre en convulsion, en écho particulièrement troublant au viol que Sophie Desmarais décrit presque cliniquement en tenant Évelyne Rompré immobilisée sous sa poigne. Là, ces dernières renversent les rôles, Sophie Desmarais racontant comment elle déserte son corps lors des «accouplements» avec son protecteur en subissant les coups de bassin d'Évelyne Rompré. Le résultat frappe l'imaginaire, s'avère d'une redoutable efficacité: tous ces Russes ont beau être absents physiquement sur scène, ils n'en habitent pas moins l'espace, le définissant de leurs mains et regards avides, l'imprégnant de leur souffle aviné, le hantant de leurs moindres désirs qu'ils n'hésitent pas à imposer.

À quatre, les comédiennes se relaient pour relater ce que cette Femme à Berlin a enduré, les mécanismes d'auto-défense qu'elle a mis en place. Au détour, elles font parfois rire (bien que jaune) par ce qu'elles narrent. Ce faisant, elles passent du français à l'allemand au russe, avec une fluidité digne de mention, les quatre semblant parfaitement aussi à l'aise dans les langues de Molière, Brecht et Tchekov. 

Tout simplement remarquables, Sophie Desmarais, Louise Laprade, Evelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré évoluent par ailleurs dans un décor d'une poignante sobriété. 

En misant de la sorte sur la scénographie minimaliste et évocatrice d'Anick La Bissonnière, Brigitte Haentjens a laissé toute la place à un texte qui, même s'il a été écrit par une Marta Hillers cherchant a priori un exutoire il y a plus de 70 ans en Allemagne, éclate ici et aujourd'hui, au lendemain de l'élection de Trump aux États-Unis, de la réalité des femmes autochtones de Val d'Or et à la suite d'un débat sur la culture du viol au Québec et à Ottawa.

POUR Y ALLER

Du 30 novembre au 3 décembre, 19h30

Centre national des arts

613-947-7000 ou nac-cna.ca; 1-888-991-2787 ou ticketmaster.ca

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