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Chanter l'amour jusqu'au dernier souffle

Leonard Cohen... (archives Associated Press)

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Leonard Cohen

archives Associated Press

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CHRONIQUE/ Leonard Cohen maîtrisait l'art de faire frissonner la chair et l'esprit. Ça passait par sa voix, caverneuse, sensuelle à souhait. Par sa dégaine de gentleman au sourire parfois mutin, portant le complet-veston et le chapeau avec un raffinement juste assez nonchalant pour ajouter à son charme.

Évidemment, ça passait aussi par sa poésie charnelle pouvant caresser l'âme et le corps pour mieux les faire vibrer au diapason, entre hérétisme et mysticisme, dans l'éternelle quête de sens(ations) de l'auteur-compositeur-interprète. Et dans sa manière de nous rappeler au monde, avec lucidité, qu'il se soit questionné sur l'amour, la foi et la mort. Ou qu'il les ait remis en question.

Il le faisait d'ailleurs encore sur son ultime opus, You Want It Darker, lancé il y a quelques semaines à peine. « I'm ready, my Lord », chantait-il sur la pièce titre. Une phrase par laquelle l'octogénaire n'acceptait pas tant sa fin imminente qu'il remettait en cause toute la violence commise au nom de l'obscurantisme religieux.

Cela dit, c'est son rapport aux femmes qui est sans surprise mis en lumière depuis jeudi. Car ses muses ont été nombreuses, et lui ont inspiré plus d'un classique.

Plus nombreuses encore sont sûrement celles à avoir un jour ou l'autre rêvé que leur prénom devienne le titre d'une chanson de Leonard Cohen. Ou, du moins, à avoir souhaité s'appeler Suzanne ou Marianne, pour ainsi croire qu'elles pouvaient également prétendre avoir fait brûler une telle flamme en l'homme, que ce dernier n'avait eu d'autre choix que de laisser une trace indélébile de leur passage dans sa vie.

Une chose est certaine : Leonard Cohen embrassait l'amour dans toutes ses facettes. Il l'a chanté jusqu'à son dernier souffle. Pour mieux nous le léguer en un foisonnant catalogue. 

J'ai appris la nouvelle du décès de ce monument canadien, jeudi soir, par le biais du texto d'un ami avec qui j'avais longuement discuté de You Want It Darker, à sa sortie. Je lui avais alors expliqué à quel point j'étais profondément émue par Treaty, dans laquelle j'entendais, ressentais la puissance de la filiation entre le père et le fils. Parce qu'Adam a réalisé le disque de Leonard. Et parce qu'avec Treaty, le patriarche évoque la pièce What Kind Of A Woman de son héritier, chanson qui elle-même faisait écho à Hallelujah... La boucle s'est bouclée dans la communion de leurs esprit et visions artistiques. Au nom du père, du fils et de la musique.    

Depuis jeudi soir, curieusement, tournent et retournent dans ma tête ces mots de la chanson Leonard Cohen de Bobby Bazini, gravée sur son disque lancé cette semaine : « She loves me like a Leonard Cohen song [...] Sipping on whisky singing hallelujah ».

Comme si en fredonnant ces paroles, je levais mon verre par procuration à la mémoire de Leonard Cohen tout en saluant la portée magnifiée de l'intemporelle Hallelujah.

Comme si je rendais hommage à cette façon que le Montréalais avait de nous donner envie d'aimer et d'être aimé : en faisant de nos noms des histoires dignes d'être vécues pour ce qu'elles ont à nous apprendre sur nous-mêmes.

Merci pour tout, Monsieur Cohen.

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