Cinéphile au regard d'or

Magalie Simard... (George Pimentel, WireImage Getty pour le TIFF)

Agrandir

Magalie Simard

George Pimentel, WireImage Getty pour le TIFF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Premiers films talentueux, cinéastes confirmés...l'affiche alléchante du cinéma canadien au Festival international du film de Toronto a été dévoilée plus tôt cette semaine. Interview avec la programmatrice de la sélection canadienne, Magali Simard, éveillée au cinéma à Gatineau. Elle rejoint notre série mensuelle de portraits sur les décideurs culturels.

Son métier : visionner des centaines de films canadiens et n'en sélectionner qu'une vingtaine, à l'affiche du prestigieux Festival international du film de Toronto (TIFF). Enfant de l'Outaouais, Magali Simard, 32 ans, est aussi la plus jeune programmatrice de l'histoire du festival. Retour sur un parcours brillant plutôt logique.

Longs cils et veste brodée, Magali Simard pourrait aisément passer pour l'une de ces actrices en vogue photographiées le 3 août dernier à Toronto, au dévoilement de la sélection 2016 des films canadiens. Sa sélection. Depuis deux ans, cette native de Québec élevée à Gatineau gère le comité sélectionneur des longs-métrages canadiens. Un poste décisionnel à forte pression dans les hautes sphères de l'industrie cinématographique internationale.

« Le TIFF, je le voyais comme quelque chose d'inaccessible, se souvient-elle. Je ne pensais même pas que c'était un métier, programmateur. »

À 10 ans, la jeune fille quitte Québec avec sa famille et déménage à Gatineau. Parcours d'une bonne élève éveillée aux arts et à la culture : collège privé Saint-Alexandre puis Cégep de l'Outaouais, où sa passion pour le cinéma se confirme auprès de deux professeurs dont elle n'a pas oublié les noms.

Du plus petit échelon

« Je fréquentais souvent le ByTowne avec mes parents, et le Cinéma 9 aussi. J'étais plutôt attirée par les films d'ailleurs, moins par le cinéma américain. »

La jeune cinéphile s'inscrit stratégiquement en Études cinématographiques à l'Université de Toronto. 

« C'était le bon endroit pour intégrer le marché des festivals. J'espérais y travailler », raconte-t-elle. 

Son diplôme en poche, elle décroche dans la foulée un stage au TIFF où elle se souvient avoir roulé des affiches de films. «Et dire que 10 ans plus tard, je les programme...»

Une décennie lui aura suffi pour gravir les échelons du sélectionneur tout-puissant : « J'ai débuté par les courts-métrages étudiants, puis les courts internationaux avant de m'occuper des longs-métrages canadiens », précise-t-elle.

La recrue québécoise se familiarise avec la maîtrise de l'appareil festivalier torontois. Elle repère des cinéastes qu'elle réussit à imposer dès ses premières sélections de courts-métrages et qu'elle continuera d'encourager par la suite. Les réalisatrices Anne Émond et Chloé Robichaud (Sarah préfère la course), par exemple, retenues dans ses précédentes sélections de courts, rejoignent la cour des grands en 2016 : la première sélectionnée avec le très attendu Nelly dans la catégorie Vanguard, la seconde avec Boundaries, sous la bannière Contemporary World Cinema.   

L'écrémage des longs-métrages canadiens s'effectue dès le mois de janvier. Un vrai marathon débute alors : avec 275 titres soumis cette année, le TIFF bat son record dans cette catégorie. Signe que le cinéma canadien se porte bien, se réjouit Magali Simard.  

Pendant les trois derniers mois, elle visionne quelque 200 longs-métrages avec l'aide de son associé co-programmateur. «Cela fait beaucoup d'heures passées dans le noir, on vire un peu vampire à la fin.» À deux, ils dégrossissent le tout-venant des candidatures, avant d'en retenir une cinquantaine pour la décision finale. 

Certains films envoyés ne sont pas complètement terminés, ni mixés, ni étalonnés, ou avec une musique temporaire. « On est habitués à voir des films à diverses étapes, on peut imaginer ce qu'ils deviendront », assure-t-elle.  

Quant aux malheureux retoqués de la sélection, ils peuvent compter sur une précieuse rétroaction : « Je leur donne mon opinion claire et honnête, en espérant que ça les aide, mais ça reste subjectif. »    

«regard social pointu »

Une vingtaine de films canadiens sont parvenus à se frayer une place au TIFF, cette année, parmi lesquels six premiers longs-métrages, un tiers de réalisateurs québécois et quelques cinéastes vétérans. Le tout réparti parmi la quinzaine de programmes que compte le festival. « On essaie d'être stratégiques, de placer le film le mieux possible, souvent de concert avec les distributeurs », explique la programmatrice. 

D'un éclectisme soigneusement pensé, sa sélection se démarque aussi par sa couleur plus politisée, cette année. Un documentaire sur le journalisme indépendant de Fred Peabody, la première du film de Deepa Mehta, Anatomy of Violence, abordant le viol des femmes en Inde, la question des droits des enfants autochtones soulevée par la réalisatrice Alanis Obomsawin... « tous sont des films avec un regard social pointu », analyse la programmatrice, en promettant des approches formelles audacieuses.

En plus d'occuper une place incontournable sur l'échiquier international des festivals, le TIFF sert aussi à propulser des artistes. Magali Simard prédit une belle carrière à Mylène Mackay, l'actrice qui incarne Nelly Arcan dans le film d'Anne Émond. Sans oublier la projection très attendue du dernier film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, Grand Prix du Festival de Cannes 2016. Et bien d'autres découvertes à faire du 8 au 18 septembre à Toronto...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer