Clap de fin pour Fin de Louis

La journaliste Maud Cucchi, participante aux Forces Vives... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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La journaliste Maud Cucchi, participante aux Forces Vives de la pièce Ca ira (1) Fin de Louis, dresse dans cette chronique finale le bilan de son expérience théâtrale. On la voit ici en répétitions.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE / Le rideau tombe. C'est l'heure des adieux. La journaliste Maud Cucchi, participante aux Forces Vives de la pièce Ca ira (1) Fin de Louis, dresse dans cette chronique finale le bilan de son expérience théâtrale.

Cette dernière représentation, j'aurais envie de suivre le spectacle depuis la salle. En tant que figurants, nous ne voyons pas toutes les scènes. Mais il y a aussi cette joie de partager, une dernière fois, l'énergie collective et fraternelle de la troupe sur scène, de vibrer avec l'ensemble de l'équipe.

Samedi soir, la salle est quasi comble. Après trois spectacles, le trac n'est plus le même. Il ne s'agit plus de se souvenir de telle sortie ou telle réaction. Je commence à connaître le texte par coeur, à retrouver mon chemin dans les loges. Mais j'ai peur du public. Je me dis: ils ont vu cela qu'ils n'auraient pas dû voir, voilà qu'ils sont distraits, qu'une toux les a empêchés de bien saisir une réplique. Je commence à redouter ce qui pourrait rompre le précieux fil tendu entre comédiens et spectateurs, un fil si fragile réalise-t-on.

J'ai laissé ma posture de journaliste critique en coulisse pour partir au feu avec les interprètes, j'assume: un confrère aphone, un micro ou une perruque qui tombe, je crains l'incident. La désertion de certains spectateurs pendant les entractes me serre le coeur. Comme critique, nous pouvons tout faire pour aider le public à mettre le doigt sur la rareté ou l'excellence d'une création. Sur le plateau, l'affaire est tout autre.

L'équipe du metteur en scène Joël Pommerat a fait de cette pièce un atelier de rencontre, de partage et d'engagement, à l'image du sujet qu'elle traite: la Révolution française. 

Tout le monde est fier d'y participer et triste de se quitter: «c'est un plus dans mon curriculum vitae» confiera l'un, une expérience inoubliable pour toute la troupe des Forces Vives, assurément. Au fond, nous avons vécu ensemble pendant une semaine ce «spectacle historique» et épique. Tous les participants en ont conscience.

L'ultime représentation revêt un caractère particulier, une sorte de chant du cygne complètement survolté. Les empoignades dans l'assemblée sont plus longues que d'habitude, des blagues dissimulées circulent sur le plateau: «Chassez le naturiste, il revient au bungalow», lira intérieurement le premier ministre en pleine crise politique.

Puis c'est le tableau final: on sort la table de billard, Louis XVI prononce sereinement la réplique-titre: «Vous verrez, ça ira...». Le temps d'une chanson soul, les remous révolutionnaires s'évaporent, le roi quitte le plateau la tête haute et finit sa course en ondulant derrière le rideau, au rythme de la musique.

En coulisse, des figurants lui emboitent le pas, certains dansent un slow dans une lumière bleutée, puis tous applaudissent - «chut! pas avant le public», nous glisse-t-on - avant d'embrasser les acteurs chaleureusement. Ambiance émotive, comme en fin de colonie de vacances... Il est temps de revenir sur le plateau pour les ultimes saluts, des flots de lumières jaillissent de partout.

Je suis éblouie.

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