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La journaliste de l'équipe des arts du journal... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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La journaliste de l'équipe des arts du journal LeDroit, Maud Cucci, fait partie de la distribution de la pièce.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE / Mercredi, 13 h, jour de première de Ca ira (1) Fin de Louis. Le metteur en scène Joël Pommerat ne viendra plus, il est cloué au lit par une bronchite. Les comédiens, eux, sont arrivés lundi de Paris. Une journée de repos n'a pas vraiment suffi à atténuer les effets du décalage horaire. Certains tentent de récupérer un peu de sommeil comme ils peuvent, allongés sur des chaises en coulisses ou par terre, sous les fauteuils de la salle.

L'après-midi est consacrée aux raccords et il y a de quoi bâiller. À quelques heures de l'entrée des spectateurs, on se dépêche d'ajuster lumières, sons et éléments de décor dans un jargon tout à fait plaisant. «Dévisse un peu à jardin!» lance l'assistant du metteur en scène pour demander que la rangée de chaises soit décalée vers la droite.

Sur le plateau, les acteurs attendent leur tour, tous assis à la même table. Le premier ministre Muller a sorti son cellulaire, Louis XVI rajuste les bouquets de fleurs artificielles. «Un peu plus de micro par-çi, moins d'amplitude par-là.» Souvent, comme pour justifier une décision, on convoque les grands moyens: «Rappelle-toi ce que Joël nous avait dit», «Joël préfère que...»

Les Forces Vives - dont je fais partie - répètent aussi leurs réactions et déplacements dans la salle. «Attention aux 'Ouais', nous ne sommes pas dans un stade de foot!» nous prévient-on. Les québécismes, plus spontanés, sont aussi à éviter.

Pas évident de se glisser dans la peau d'un député de l'Assemblée nationale qui hurlerait en pleine séance «poufiasse» à la députée du camp adverse (même si l'on a vu pire récemment en France)... Certaines Forces sont plus téméraires que d'autres. Pour ma part, je me contente d'inoffensifs mais audibles «Du respect!» et «Dehors!» On fait ce qu'on peut.

L'heure de rejoindre le public arrive, la pression monte, les députés sont sur leur 31... Nous changeons plusieurs fois de costumes en cours de spectacle, encore faut-il ne pas oublier de sortir au bon moment. En loges, des habilleuses préparent nos vêtements et chaussures, déployés stratégiquement pour faciliter l'enfilement. Un jeu d'enfant! Quand nous revenons d'une scène, le tas de costumes se retrouve habilement plié à la Mary Poppins.

Périple fascinant dans la partie secrète du Théâtre du CNA: le plateau me paraît immense. Les comédiens ont leur espace privé et gare à celui qui s'y aventurera! On se perd entre les pans de décor amovible et les chaises remisées dans l'ombre. Quand le noir est total, les flèches au sol ne servent pas à grand-chose.

Il y a des escaliers dont les portes à battants semblent n'ouvrir sur rien, mais il en sort en trombe un technicien que l'on reverra en figurant lors d'une scène d'altercation.

Chaque accessoire est étiqueté, de la perruque à la bouteille d'eau. Sous la table de billard du roi renversée contre un mur, on peut lire: «Si un jour un peuple veut vivre il faut qu'il prenne son destin en main et qu'il brise tous ses tabous».

Tandis que la salle continue d'applaudir sans en avoir rien su, les Forces Vives rejoignent les comédiens pour la seconde salve de saluts. Il est minuit, la fête commence.

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