Dans les yeux de René

BILLET / René Angélil avait une voix unique. Reconnaissable... (Gerard Schachmes)

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Gerard Schachmes

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BILLET / René Angélil avait une voix unique. Reconnaissable entre toutes.

Je me souviendrai toujours du 8 juillet 2003. Il était tard, quelque chose comme 22h. Toute la journée, j'avais espéré faire un brin de jasette avec le gérant et conjoint de Céline Dion, pour discuter de leur participation au spectacle hommage à Eddy Marnay orchestré par le pianiste François Dubé pour souligner la réouverture de la Maison de la culture de Gatineau.

J'avais fini par quitter les lieux en milieu de soirée, puisqu'il était impossible pour les journalistes d'assister aux répétitions, et que le couple n'était toujours pas arrivé à la Maison de la culture.

J'avais pourtant talonné sa relationniste Francine Chaloult pour obtenir quelques minutes d'entretien avec M. Angélil, peu importe l'heure. Elle m'avait promis une entrevue. Mais rendu à 22h, j'étais certaine que c'en était fait de mes chances de l'interviewer.

C'est là que le téléphone a sonné à la maison. J'étais en train de me préparer à me coucher. Mon conjoint d'alors a décroché et m'a tendu le combiné, avec un drôle d'air, la main sur l'appareil, pour éviter que la personne à l'autre bout du fil ne l'entende.

«Si ce n'est pas quelqu'un qui te fait une blague, je crois que c'est René Angélil qui demande à te parler...» m'a-t-il soufflé, les yeux ronds comme des soucoupes.

J'ai reconnu la voix de M. Angélil en prenant l'appel. Céline commençait tout juste sa répétition et lui venait de prendre ses aises dans un salon de la Maison de la culture. Il m'a alors longuement entretenu de l'importance d'être à Gatineau pour saluer Eddy Marnay, qui avait écrit les cinq premiers albums de la chanteuse, et ce, malgré leur engagement à Las Vegas. Le couple avait même défrayé les coûts de l'embauche de Vic Vogel et de son groupe de jazz, pour l'occasion. «C'est peut-être moi qui l'ai trouvée, Céline, mais c'est lui qui l'a élevée, qui lui a tout appris de la vie et du monde du showbiz», m'avait-il notamment confié ce soir-là.

Bref, pour notre premier entretien seul à seule, René Angélil était en verve. J'avais même dû l'interrompre après une vingtaine de minutes, histoire de pouvoir rappeler au journal en catastrophe pour qu'on me libère de l'espace pour mon article dans l'édition du lendemain et d'avoir le temps d'écrire avant l'heure de tombée.

Le lendemain, soir du spectacle, sur le tapis rouge déroulé à l'entrée de la Maison de la culture de Gatineau, René Angélil m'avait serré la main, souri comme si nous étions de vieilles connaissances et entamé plusieurs de ses réponses aux collègues montréalais dépêchés à Gatineau pour couvrir la seule prestation de Céline hors Vegas cette année-là par un «comme je le disais à Valérie hier soir...» qui, dois-je admettre, m'avait fait sourire en coin.

S'il avait seulement su que j'étais en pyjama, à l'autre bout du fil, la veille...

J'ai recroisé M. Angélil quand il a découvert les talents d'imitatrice de la Franco-Ontarienne Véronic DiCaire. Qu'il a prise sous son aile, avec les résultats que l'on sait: la première partie des spectacles de Céline au Centre Bell en août 2008, une première tournée québécoise dans la foulée, puis une résidence au Gaîté-Montparnasse en février 2010, qui l'a depuis installée au sommet, en France. C'est sans oublier son passage à Las Vegas.

Que ce soit dans un corridor du Centre Bell ou dans une loge de l'hôtel Bally's, chaque fois que je l'ai rencontré, il a pris le temps de répondre à mes questions en me regardant dans les yeux.

La dernière fois que j'ai vu René Angélil, c'était le 13 juin 2013, à Vegas, où Véronic entreprenait sa série de spectacles à l'hôtel Bally's. Je l'avais d'abord interviewé dans la loge de l'artiste, avant qu'elle ne monte sur scène. Je l'avais trouvé affaibli, visiblement vieilli par la maladie, mais néanmoins fier d'être là. Puis, je me suis retrouvée assise à ses côtés, dans le théâtre Jubilee, pour la toute première représentation de rodage de Voices devant un public invité. J'ai passé une partie de la soirée à observer ses réactions à la performance de Véronic.

Je l'ai vu s'essuyer discrètement les yeux lorsque cette dernière a repris Anita Baker («Je la fais pour René, parce qu'il me l'a demandé.»), et franchement verser quelques larmes en l'entendant chanter comme Whitney Houston.

«Elle va être un hit», avait-il tranché, au terme de la prestation de sa protégée, après avoir admis que l'imitatrice l'avait fait pleurer.

Aujourd'hui, nul doute que c'est au tour de Véronic et son conjoint et gérant Rémon Boulerice de pleurer, à l'instar de plusieurs, la mort d'un mentor qui leur avait transmis, en 2008, le goût du risque: celui de se lancer all-in pour croire en leurs rêves.

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