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Portraits d'émancipation au Musée de la guerre

Pauline Flynn a revêtu l'uniforme d'infirmière, sur le... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Pauline Flynn a revêtu l'uniforme d'infirmière, sur le front, lors de la Deuxième Guerre Mondiale.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Existe-t-il de sujets a priori plus éloignés que la femme et la guerre, domaine longtemps exclusivement masculin?

Le Musée de la guerre a eu la bonne idée de réunir les deux, pour mieux rappeler à quel point fut crucial le rôle des Canadiennes dans la participation à l'effort de guerre durant les deux Guerres mondiales.

Et, par la bande, nous faire comprendre quelles répercussions eurent ces deux conflits sur l'émancipation de la gent féminine. Car, comme le rappelle le directeur général du MCG, Steven Quick, les femmes ont soudainement dû «abandonner leur routine pour tenir des rôles plus masculins».

Le musée de la place Vimy propose ainsi de découvrir, jusqu'au 3 avril, Grandes guerres Grandes femmes, qui s'intéresse en réalité aux parcours d'héroïnes quasiment anonymes de l'Histoire. L'exposition traite moins des femmes sur le front (où elles étaient cantonnées au rôle d'infirmières, puisqu'elles n'ont obtenu le droit de porter l'uniforme de soldat que durant la Seconde Guerre mondiale) que de toutes celles qui relevèrent leurs manches loin des tirs, mais dans une même explosion de solidarité.

Intimité et émotion

À travers moult lettres échangées avec leurs «proches» si loin sur le front, à travers ces journaux de bord tenus par les soldats, coupures de journaux consignées, cahier de scrapbooking documentant des années de services militaires, avis de décès, ou cette croix d'argent (la «croix du souvenir», symbole du sacrifice d'un proche) qu'on se devait de porter sur le coeur, l'exposition offre des témoignages aussi intimes qu'émouvants. Ceux de ces mères et blondes dont les écrits, à l'unisson, expriment l'espoir et la peur ou portent le deuil.

On les trouvera dans Inquiétude et perte, la plus touchante des cinq sections qui composent Grandes guerres Grandes femmes. Ce volet «contient» l'exposition à l'intérieur d'un grand cercle, nous fait remarquer la conservatrice de l'exposition, l'historienne Stacey Barker. Un cercle d'émotions, évitant le pathos, mais poignant. Ainsi disposée en périphérie des grandes affiches de propagande colorées et souriantes (qui, à l'intérieur, tentent de convaincre les jeunes femmes de venir travailler à la ferme durant l'été), cette section montre sobrement ou laisse imaginer «le coût de la guerre», poursuit Mme Baker.

L'effort de guerre

«Peu de gens savent que plus de 50 000 Canadiennes ont servi en uniforme [cela comprend celui d'infirmière], sur l'ensemble des deux conflits. Et le très large éventail des types de travaux que les femmes ont pris en main dans le cadre de l'effort de guerre» est lui aussi très sous-estimé, soutient l'historienne.

C'est ce que tente de corriger son exposition, dont les sections Travail et Bénévolat permettront de mieux réaliser, à travers une galerie de courts portraits et de témoignages audio, à quel point la tâche était vaste.

On rencontrera Etta Lee, l'unique contrôleuse aérienne du Canada en 1943, et Connie Laidlaw, adolescente ventriloque qui se produisait en compagnie de sa poupée Charlotte au sein d'une troupe d'artistes bénévoles. Ou encore Lorida Langlois, une bomb girl, inspectrice de munitions; Lorna Stanger, photographe pour la Navy; et Molly Lamb Bobkat, peintre de guerre. Et de nombreuses autres femmes travaillant qui dans les cantines militaires, qui dans les champs, qui confectionnant des yeux de verres pour les soldats blessés, qui fondant un club de tricot afin de confectionner des tuques ou des couvre-moignons pour les amputés, qui s'engageant dans la préparation des fameux «colis de réconfort» (un peu de savon, quelques friandises... un véritable luxe, dans les circonstances) destinés aux soldats.

Même les plus jeunettes mettaient la main à la pâte en portant le tablier écarlate des Miss Canada, et en allant vendre au porte à porte de «timbres d'épargne de guerre».

Ce faisant, ces femmes ont «déstabilisé» l'ordre établi, énonce Mme Baker. Et même si leur implication répondait partiellement aux contraintes sociales (et patriarcales) de l'époque, on les voit en pleine acquisition de leur propre indépendance. Et on réalise à quel point ces périodes furent névralgiques à un autre combat: celui qu'elles mèneront plus tard pour affirmer leur émancipation.

Où? Musée canadien de la guerre

Quand? Jusqu'au 3 avril 2016

Renseignements: www.museedelaguerre.ca; 1-800-555-5621

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