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Festival de Bayreuth: quand l'amour ne sert plus qu'à rêver

Christa Mayer (à gauche) et Evelyn Herlitzius (à... (Photo de courtoisie)

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Christa Mayer (à gauche) et Evelyn Herlitzius (à la présence imparable dans le rôle d'Isolde) dans Tristan und Isolde.

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Jean-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

Court arrêt pour deux opéras seulement à ce Bayreuth caniculaire et wagnerien de 2015. Deux opéras, deux instants à la recherche d'éternité: Tristan et Isolde et Le Vaisseau fantôme. Deux opéras sur fond de mer et d'amour, cet «impossible amour» dont parlait l'homme des Marquises, Jacques Brel. Alors que la toute nouvelle production de Tristan et Isolde (Katharina Wagner, Christian Thielemann) est une réussite sur tous les plans, celle du Vaisseau fantôme en sa quatrième saison en est encore à se demander dans quel sens voguer (dans une mise en scène hésitante de Jan Philipp Gloger); il s'est trouvé sous la commande musicale d'un chef solide (Axel Kober), mais sans comparaison avec ce que Thielemann avait fait de la partition avant lui.

Katerina Wagner, arrière-petite-fille du génial ogre de Bayreuth, dès les premières scènes annonce que nous serons loin des brumes de Cornouailles et de la culture celte. Ses protagonistes respirent le xxiesiècle, sont adroitement plus complexes que ne le voudrait la tradition. Sa mise en scène est vive et d'une imparable logique: une tragédie où le désir pré-existe a la fameuse «potion magique» dont ils n'ont que faire. Une attraction vitale plutôt; un premier baiser initié par Isolde dès que leurs routes se croisent. Le vertigineux décor de passerelles, labyrinthe d'obstacles (F.P. Schlossmann; Mattias Lippert) nous signale par ailleurs que ce passage du désir (premier acte) à l'amour (deuxième acte) aura bien du mal a se réaliser. Justement, ce deuxième acte se passe dans une cave-salle de torture sous haute surveillance qui exaspère ce bon Kurwenal, âme désespérée. Oui, un drôle de lieu pour rêver d'un «petit chez soi» (il y a là une merveilleuse allusion au couple de Bethleem...). Drôle de lieu pour l'éclosion d'un amour sous faisceaux de lumière isolants... C'est là aussi que l'on se rend compte que le Roi Mark, époux officiel, maître des lieux, devenu maître de l'ambiguité politique, commencera à déployer ses pouvoirs. Personnage cool et cynique, habit de pape médiéval à parfum d'inquisition, on sent bien qui rira le dernier...

Et puis il y a ce troisième acte, inspire et inspirant, lieu de rêve et de visions crée par les jeux de lumière de Reinhard Traub et la technologie visuelle. On y découvre d'abord une pastorale de bergers évoquant un tableau de De la Tour autour du son du cor anglais... Ensuite, dans la longue agonie de Tristan, entre brumes de mémoire et d'espoir, ces visions imagées de madones accueillantes. On tâtonne dans Bruges-la Morte. Puis il y a la Liebestod, les scènes finales, scènes de récupération... Le Roi Mark récupérera politiquement «son héros» Tristan, comme plus tard dans l'histoire anglaise Henri d'Anjou, Beckett...

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