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La langue du coeur d'un Varekai nouveau

Après des milliers de représentations, le spectacle Varekai... (Courtoisie)

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Après des milliers de représentations, le spectacle Varekai du Cirque du Soleil fait peau neuve pour son arrivée au Centre Canadian Tire le 5 juillet prochain.

Courtoisie

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On croyait Icare sombré dans les abysses de la mer Égée: il n'en est rien! Il a plutôt atterri dans la mystérieuse forêt de Varekai, un lieu hors du temps (le titre signifie «n'importe où», dans la langue des Tsiganes) que le Cirque du Soleil installe du 2 au 5 juillet prochain au Centre Canadian Tire.

Non pas sous le chapiteau mais bien à l'intérieur, cette fois. Car si ce spectacle écrit et mis en scène par Dominic Champagne tourne depuis 13 ans, Varekai est passé en 2013 en mode «aréna», sous la houlette du danseur et chorégraphe Fabrice Lemire, en charge de la direction artistique.

Le scénario n'a pas bougé d'un iota - Icare, tout en découvrant les créatures fantastiques qui peuplent cette forêt volcanique, se retrouve au coeur d'une ancienne prophétie - mais la nouvelle approche change radicalement la donne, explique la chanteuse. Tant les acrobates que les deux chanteurs ont dû apprendre à investir cet espace en «expansion», souligne Isabelle Corradi, qui incarne vocalement et physiquement une Muse d'aspect chamanique.

«Le chapiteau contenait 2600 places, alors c'est très intime, chaleureux, rond. Pour la version en aréna, Fabrice Lemire a beaucoup changé les tableaux car il voulait donner beaucoup plus de place au chanteur, Craig Jenning, et à moi».

Dans le costume du Patriarche, M. Jenning tient véritablement le rôle du conteur. Elle, en revanche, outre les quelques mots prononcés en amérindien, chante dans une langue complètement inventée - qui pourrait bien être celle du coeur.

«Avec le Cirque, il ne suffit pas d'exceller dans les diverses disciplines. Un corps parfait, avec des mouvements et des lignes parfaites, ce n'est pas assez» pour toucher le spectateur au coeur. Le corps se doit d'être le véhicule constant des émotions, note Mme Corradi. Loin de se contenter d'une simple prestation vocale, les deux interprètes offrent donc de véritables prestations théâtrales.

Se fondre l'un dans l'autre

Ce vocabulaire gestuel, elle s'y intéresse depuis longtemps. Formée à l'école des Grands Ballets canadiens et au Conservatoire, en flûte traversière, la chanteuse a intégré le Cirque du Soleil en 1994, à l'époque d'Alegría, puis a longuement participé à Saltimbanco. Elle a aussi été «coach de mouvement» auprès de nombreux athlètes recrues, cherchant à définir avec eux l'intention que cache chaque geste, pour que l'interprète soit ensuite en mesure de mettre sa voix au diapason.

Pour un numéro de trapèze qui évoque Gaïa, la Terre, on «essaie de chercher en nous une force toute féminine, comme un cri de ralliement de femmes», illustre-t-elle.

«On doit ne faire qu'un» aux yeux du public. Un exercice qu'elle dit poursuivre encore aujourd'hui, en tournée, s'enquérant au quotidien des états d'âme de ses collègues, et tentant de s'y lover vocalement. «Chanteurs et musiciens, on est au service des acrobates. Et de l'oeuvre. La musique est là en soutien du visuel. Les gens ne viennent pas voir Isabelle Corradi», dit-elle.

C'est «de l'autre côté de la clôture», à titre de coach de voix, qu'elle a participé à la naissance de Varekai. La production retiendra ses services deux ans plus tard, en 2004, pour reprendre le rôle laissé par Zara Tellander - qu'elle avait d'ailleurs coachée. Sur le disque, c'est toutefois Mme Tellander qu'on entend.

Le 10 juillet, cela fera précisément 11 ans que Mme Corradi sillonne le globe grimée en Muse, «à raison de 8 à 10 spectacles par semaine».

L'itinérance et la répétition n'ont jamais émoussé la «passion» qui l'anime, ni son admiration pour ce «spectacle magnifique». Elle adore son personnage. «La Muse aime inconditionnellement. Elle descend du royaume des anges pour partager l'amour. Alors, je me mets dans cette zone-là avant d'entrer sur scène: je mets tout mon amour dans mon coeur, et cette intention dans ma voix.»

Certes, «le talent doit être doublé d'une grande force intérieure; il faut être enflammé» si l'on veut tenir le «rythme très intense» du Cirque du Soleil. Mais le secret, c'est de «respecter le moment présent. Chaque jour est différent. Et on ressent les choses autrement. Il suffit de savoir s'écouter» pour que l'aspect routinier s'évacue de lui-même, partage-t-elle.

L'esprit nomade

Varekai se veut d'ailleurs un hommage à l'esprit nomade. Qu'elle a dans le sang. «Ma soeur et moi, on est la troisième génération d'une dynastie de musiciens. Je perpétue la tradition familiale de musiciens en tournée» dit cette Montréalaise d'origine italienne, fille d'une chanteuse d'opéra internationale, Aline Dansereau, et d'un père compositeur et chef d'orchestre, maestro Angelo Corradi.

Le fait de chanter les morceaux composés par Violaine Corradi - sa soeur, donc - n'est pas non plus étranger au plaisir que la chanteuse avoue ressentir à chaque représentation. Très tôt, les deux fillettes mélomanes ont partagé la scène. «Et on ne nous a pas obligées: c'est ce qu'on a toujours voulu faire.»

Isabelle Corradi précise avoir décroché le contrat sur auditions, sans passe-droit familial. «Chaque trame musicale du Cirque a ses spécificités. Alegría demandait une voix à la Piaf, dramatique et gutturale; Saltimbanco, c'était un mélange de sonorités ethniques; avec Varekai, c'est encore de la musique world [les mélodies arméniennes y côtoient le gospel et les sonorités médiévales], mais c'est plus lyrique. Ça me convenait bien...»

4500 représentations

Le Cirque du Soleil donnait vendredi, à Winnipeg, sa 4500e représentation de Varekai, spectacle qui tourne depuis 2002 et a été vu par plus de 6 millions de personnes à travers le monde.

Pour une fois, la vedette de la soirée n'était pas tout à fait le protagoniste Icare, mais plutôt le batteur Paul James Bannerman... qui est l'un des deux artistes de toute la production à n'avoir manqué aucune des 4500 représentations.

«Je l'ai vu parfois se traîner jusqu'à la scène, tellement il était malade, mais il ne nous a jamais fait faux bond. On va boire des bulles et l'honorer comme il le mérite», souligne la chanteuse Isabelle Corradi.

Pour y aller

OÙ? Centre Canadian Tire

QUAND? Le 2 juillet, à 19h30; les 3 et 4 juillet, à 16 h et 19h30; et le 5 juillet, à 13h30 et 17 h

RENSEIGNEMENTS: www.cirquedusoleil.com

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