Nos émergents 2015

Le danseur Simon renaud sera occupé durant l'année... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le danseur Simon renaud sera occupé durant l'année qui vient, il partira entre autres en tournée canadienne avec Solitudes solo et européenne avec Solitudes duo (Italie et France).

Patrick Woodbury, LeDroit

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Ils négocient pour mettre en valeur les projets qui leur tiennent à coeur, gèrent des horaires parfois déments, sans compter de nombreux déplacements. Bilans avec les trois autres artistes et collectifs émergents de la région que nous suivons cette année: Simon Renaud, Nish Média et Neige-galerie.

Simon Renaud: rester soi-même

Il a travaillé sans relâche au cours de la dernière année. Il vit même de son art depuis près de quatre ans. «Je touche du bois, je suis extrêmement chanceux! constate humblement le danseur Simon Renaud. Oui, les chorégraphes viennent vers moi, me sollicitent, mais c'est aussi une question de timing. Cela dit, mon leitmotiv reste le même, je me répète constamment que ça ne pourra pas toujours être comme ça.»

Facets de Tedd Robinson, Mere Human de Mélanie Demers ainsi que Solitudes solo et Solitudes duo de Daniel Léveillé comptent parmi la douzaine de créations qui l'ont amené à voyager, notamment en France et en Allemagne.

Joint en début de semaine à Paris par l'entremise de Skype, il s'apprête à prendre des vacances bien méritées avec son amie Kate Nankervis, codirectrice artistique de Hub 14, basé à Toronto, là où il a habité et créé pendant quatre ans. Lui qui trimbale toujours sa passion dans ses valises, il participera à des ateliers de danse au Festival Format en Ardèche et assistera à quelques spectacles au Festival Montpellier Danse.

«Au coeur de la danse contemporaine, il y a l'être humain, souligne-t-il. Je vais vers des projets ou des personnes où le dialogue est possible, où je peux à la fois rester moi-même et contribuer à l'oeuvre. La danse, c'est une rencontre entre deux - et des - personnes. Et j'espère bien en faire durant mon voyage!»

Être soi-même et se respecter sont des expressions qui reviendront souvent au cours de l'entrevue, le jeune interprète et chorégraphe de 25 ans étant persuadé de la nécessité de ne pas trahir son essence au fil des projets, question de ne pas «devenir un robot».

Dans son travail avec Daniel Léveillé, il doit justement apprendre à composer avec la vision du chorégraphe de ce qu'est un danseur masculin. «Avec Daniel, les hommes ont une manière 'd'être', explique-t-il. Il faut avoir les épaules ouvertes et le cou engagé. Force et confiance doivent se dégager de la posture. On ne m'avait jamais demandé ça, auparavant. Je dois lever au bout de mes bras, en sous-vêtement, une personne qui a le même poids que moi, donc c'est très physique. Le gros défi est de me prendre au sérieux dans ce rôle-là. Mis à part la barbe et mon sexe, je ne me considère pas comme très viril», s'exclame-t-il. Viril, on comprendra, comme dans ces images stéréotypées qu'on peut avoir de l'homme.

Durant l'année qui vient, il partira en tournée canadienne avec Solitudes solo et européenne avec Solitudes duo (Italie et France). Il fera aussi partie de la saison du Ottawa Dance Directive et tentera de présenter à Montréal son duo l'inanité des bibelots/love would only slow me down, créé à l'hiver 2014 pour le collectif torontois Common People.

Karlovy Vary, à défaut de Cannes

Il y a trois mois, la boîte de production audiovisuelle Nish Média fondait de gros espoirs sur Cannes. Le producteur Jason Brennan et sa gang espéraient que le premier long-métrage de fiction de Sonia Bonspille-Boileau, Le Dep, serait projeté sur la Croisette. Ils ont déchanté.

Le comité de sélection cannois a été plus emballé par le Sicario de Denis Villeneuve que par ce film à micro-budget, tourné à Val-des-Monts. Leur film avait pourtant passé l'étape de la présélection au Canada. Du coup, « Téléfilm Canada le prend un peu plus au sérieux », se console M. Brennan.

L'amertume n'aura pas duré longtemps, puisque Le Dep sera présenté en juillet au festival de Karlovy Vary, en République Tchèque. Qui recevra aussi Le bruit des arbres, mettant en vedette Roy Dupuis.

Accepter la proposition tchèque signifiait laisser tomber une candidature à Venise, car le festival italien ne prend que des primeurs mondiales. « On s'est fait dire qu'on serait mieux servis à Karlovy Vary, qui est davantage destiné aux réalisateurs et aux boîtes émergentes » parce que le public focalise plus sur les artisans que sur le tapis rouge.

Nish a revu son calendrier. La sortie en salles a été repoussée d'un mois. On vise octobre.

Téléfilm Canada avait financé Le Dep sous certaines conditions et imposait à Nish Média d'assurer sa propre distribution. « Comme notre film a obtenu une certaine reconnaissance, on nous laisse avoir accès à un distributeur. »

K-Films Amérique, qui distribue Le bruit des arbres, a approché Jason Brennan. « Je pense qu'on va s'entendre. Tout dépend du montant qu'ils vont vouloir me charger. » Les distributeurs gèrent habituellement le marketing, puis se remboursent sur les recettes, en plus de prélever une part des profits du film. « Au début, je craignais qu'ils nous imposent de nouveaux outils marketing. Je ne voulais pas voir 15 000 $ en profits s'envoler juste pour qu'ils refassent toutes les affiches et le site web. Et comme on a déjà fait le gros de la job, je veux négocier pour que cette cut, qui est généralement de 35 %, descende à 20 %.

L'arrivée de ce distributeur est « une très bonne nouvelle », car Nish Média peut à présent envisager une sortie en salles étalée sur plusieurs semaines et plusieurs marchés en même temps.

En parallèle, Jason Brennan et ses collaborateurs sont allés au Banff World Media Festival, du 7 au 10 juin, « pitcher » quelques idées de séries « en développement ». Cette grande foire est l'occasion de rencontrer les grands réseaux de télévision susceptibles d'acheter des concepts d'émissions ou de séries. « Sept projets ont été pris, sur les huit qu'on avait à proposer. »

« On a augmenté notre capacité de développement. Avec l'expérience, on comprend mieux ce que cherchent les diffuseurs et le public. » Parmi les clients intéressés : le réseau APTN, mais aussi Canal D, Radio-Canada, CBC, TVA et SuperChannel. Car Nish Média, jusque-là spécialisée dans des productions à saveur autochtone, travaille sur quatre projets au contenu non-amérindien.

Gros projet pour Neige-Galerie

L'un des gros projets de la maison d'édition Neige-galerie, cette année, s'avère sans contredit le collectif Dialogues de l'oeil. La publication de ce titre important est prévue cet automne, en lien avec une exposition à la galerie Montcalm.

« Le but, c'est de démocratiser la collection d'oeuvres permanente de la Ville de Gatineau, de les faire connaître et voir autrement dans l'espace public par le biais des poèmes, des courts récits ou d'une pièce de théâtre qu'elles ont inspirés aux auteurs. Environ 30 % de la collection est exposée, comme ce tableau de Dallaire », explique Valérie Mandia, la directrice du projet, en pointant du doigt la toile du regretté peintre hullois qui orne l'un des murs de l'agora de la Maison du citoyen.

« Ça veut donc dire que quelque 70 % de la collection est conservée dans une réserve et n'est pas accessible aux citoyens. Or, il est dans le mandat de Neige-galerie de justement revisiter les liens entre l'art visuel et l'écrit », renchérit Mme Mandia, membre fondatrice de la maison outaouaise avec le bédéiste Christian Quesnel (dont Ludwig, publié par Neige-galerie, et couronné d'un Flamand lors du récent Gala des auteurs).

Pour mener à bien son mandat, elle a dû développer l'art de négocier, au cours des derniers mois, avec l'équipe responsable de ladite collection pour la sélection de près d'une trentaine de peintures, eaux-fortes, lithographies, etc. (notamment signées Dallaire, Ferron, Riopelle et Alechinsky). « Tout le matériel didactique sur les artistes nous a été fourni par l'équipe de la Ville. »

Avec les auteurs d'ici et d'ailleurs (de Catherine Voyer-Léger à Brigitte Haentjens, en passant par Michel Ouellette et André St-Georges), à qui Valérie Mandia a « imposé » l'oeuvre qu'elle jugeait la plus inspirante pour chacun. « Ils avaient carte blanche, sauf pour une consigne : ne pas décrire l'image, mais aller à sa rencontre pour la compléter, la transformer, écrire ce qu'elle ne nous montre pas ou fait remonter comme souvenirs à la surface. Je ne voulais pas de redondance entre les oeuvres picturales et écrites. »

Sans oublier la négociation avec les artistes visuels encore vivants ou leurs ayant-droits, voire la Société du droit de reproduction des auteurs, compositeurs et éditeurs au Canada (SODRAC), histoire d'obtenir l'autorisation de reproduire leurs pièces. « J'attends encore deux licences avant d'aller à l'impression, qu'il me ferait mal au coeur de devoir retrancher... »

Le temps presse, toutefois, mentionne Mme Mandia. Le montage graphique est terminé ; les ultimes corrections aux textes, acceptées. Le livre est donc prêt à partir sous presse... mais pourrait être amputé de ces oeuvres et des textes qui y sont intimement liés. « Il devra être envoyé chez l'imprimeur d'ici à la fin du mois au plus tard, si on veut être à temps pour le lancement. »

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