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Dans les calepins de notes de Dan Vyleta

« Je n'avais vraiment pas planifié une suite... (Courtoisie)

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« Je n'avais vraiment pas planifié une suite à Fenêtres sur la nuit, mais certains personnages me hantaient et j'avais besoin d'aller à leur rencontre pour voir où ils allaient me mener », soutient Dan Vyleta, récemment joint au Royaume-Uni.

Courtoisie

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Qui est cette Anna Beer, dont l'absence plane sur Fenêtres sur la nuit ? Pourquoi a-t-elle quitté son mari Anton, le médecin qui reçoit ses patients dans son appartement - et les visites surprises de la jeune Anneliese, qui semble mordre dans la vie malgré sa colonne vertébrale tordue ? Et qu'est justement devenue la fillette, envoyée à l'orphelinat après la mort tragique de son ivrogne de père ? Ces questions trottaient dans la tête de l'auteur Dan Vyleta. Il n'a pas eu le choix d'y trouver des réponses, en plongeant dans l'écriture de La servante aux corneilles.

« Je n'avais vraiment pas planifié une suite à Fenêtres sur la nuit, mais certains personnages me hantaient et j'avais besoin d'aller à leur rencontre pour voir où ils allaient me mener », soutient Dan Vyleta, récemment joint au Royaume-Uni.

Il n'était toutefois pas question de reprendre là où il avait mis un point final à l'action dans l'immeuble à logements de Vienne lui ayant servi de décor, en 1939, alors que guerre et nazis rendent les voisins de plus en plus suspicieux des faits et gestes des uns et des autres.

« J'ai délibérément esquivé la guerre pour me concentrer sur l'après, alors que les gens cherchent à reprendre le cours plus normal de leur vie. »

Retour dans le temps

Dans La servante aux corneilles, le lecteur retourne donc à Vienne en suivant Anna Beer et Robert Seidel, assis face à face dans le train qui les y ramène, en 1948. Un long trajet propice aux confidences, voire aux rapprochements. La première rentre à la maison neuf ans après y avoir laissé son époux derrière. Le second, au terme de « cinq ans, dix mois » passés à étudier en Suisse loin de siens. Tandis qu'Anna retrouvera un appartement (presque) vide, Robert, lui, renouera avec une famille minée par la tragédie : son beau-père défenestré ; son frère Wolfgang accusé du meurtre ; sa mère totalement désorientée par la chute des nazis ; une belle-soeur enceinte.

Et une servante au dos noueux, qui lui ouvrira la porte de la demeure familiale. À la plus grande stupeur de Dan Vyleta. Qui venait, du coup, non seulement de retrouver l'un des personnages centraux de son précédent roman, mais aussi de trouver le titre de son nouveau. La servante aux corneilles, c'est elle : Anneliese.

« Je ne savais vraiment pas qui, dans les circonstances, allait accueillir Robert à son retour. Quand j'ai 'vu' Anneliese se pointer à la porte, j'ai compris que toutes les pièces du puzzle tombaient en place, clame gaiement Dan Vyleta. Mon deuxième roman a alors pris tout son sens. »

« Pendant l'écriture de Fenêtres sur la nuit, renchérit-il, je compilais des notes dans des calepins, sous forme des questions, de fragments de phrases, de dialogues ou de descriptions. Ainsi, chaque fois qu'une nouvelle piste s'ouvrait devant moi, dans La servante aux corneilles, je partais à la chasse dans mes calepins pour y retrouver les notes qui pouvaient m'aider à avancer. »

Pour mieux y en inscrire d'autres, aussi. Car après un cruel séjour à l'orphelinat qui l'a laissée marquée au plus intime de sa chair, le cynisme d'Anneliese - qui a malgré tout baptisé l'une de ses corneilles Yussuf, à l'instar de son hérisson dans Fenêtres sur la nuit... - peut-il laisser place à un peu de tendresse au contact de Robert ? Ce Karel qui débarque dans l'appartement des Beer comme s'il y était chez lui sait-il vraiment où est disparu le mari d'Anna, fait prisonnier pendant la guerre ? Wolfgang Seidel est-il vraiment coupable d'avoir tué son père ?

Ainsi, il y a enquêtes, dans La servante aux corneilles. Sur la disparition d'Anton Beer et sur la mort du patriarche du clan Seidel. « Chacun essaie d'établir la vérité. Ou sa vérité. Celle qui l'arrange », explique l'auteur.

Le passage d'Anneliese à la cour, lors du procès de Wolgang, renvoie d'ailleurs à « une société qui ne veut pas poser certaines questions de crainte de ne pas savoir composer avec les réponses », fait valoir Dan Vyleta.

« Nous craignons tous de devoir faire des compromis. Or, dans certains cas, c'est parfois ce qui permet de survivre... Ou de trouver un point d'équilibre qui nous convient. Il y a de l'espoir dans la tendresse. La fin de mon roman n'est donc peut-être pas romantique, mais ça n'en fait pas une fin malheureuse pour autant, selon moi », conclut-il.

Des nouvelles des autres

Comme ses calepins sont remplis de notes sur plusieurs personnages secondaires de ses deux romans, Dan Vyleta a déjà esquissé les portraits de quelques-uns d'entre eux.

« Je renouerai avec eux par le biais de la nouvelle, cette fois, mentionne-t-il. Je suis vraiment curieux d'apprendre comment Yuu, le 'Quand-on-est' qui joue du saxophone dans Fenêtres sur la nuit, est arrivé à Vienne, par exemple. »

Il cite du même souffle Vesalius, l'étonnante femme à tout faire du professeur Specktein ; le professeur lui-même, à qui l'on reproche (à tort ou à raison ?) des gestes déplacés ; le mime Otto Frei, à la fois frustre et si séducteur...

Et puis, l'auteur est « convaincu que ce n'est pas la première fois que l'enquêteur Frisch, qui s'entiche d'Anna Beer dans La servante aux corneilles, tombe amoureux d'une suspecte dans l'une de ses affaires ! Sa fille Trudi m'intrigue, elle aussi... »

Dan Vyleta marque une pause avant de lancer, dans un éclat de rire : « Il faut croire que j'ai peut-être une fibre 'balzacienne'! Une chose est sûre : je n'en ai pas encore fini avec ces personnages ! »

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