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Les Grecs: regarder l'Antiquité les yeux dans les yeux

Le conservateur de l'exposition Les Grecs au Musée... (Yves Bergeras, LeDroit)

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Le conservateur de l'exposition Les Grecs au Musée canadien de l'Histoire, Terence Clark, devant une korê (statue de femme) de l'Acropole d'Athènes, qui a retrouvé ses couleurs grâce à la magie de l'informatique.

Yves Bergeras, LeDroit

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Athènes a fait un cadeau des plus rares au Musée canadien de l'histoire en lui confiant la garde de quelque 550 objets jalousement conservés depuis l'Antiquité. La précieuse collection d'artefacts réunis dans l'exposition Les Grecs, présentée tout l'été, est une occasion unique de ressentir, comprendre - et parfois même toucher du doigt et goûter - les trésors de la péninsule hellénique.

Cet été, la Grèce va nous faire fondre à la découverte de son antiquité. Dans l'exposition Les Grecs, présentée du 5 juin au 12 octobre, le Musée canadien de l'histoire (MCH) nous emmène, «d'Agamemnon à Alexandre le Grand», à la rencontre d'une douzaine de personnages, au détour de 550 artefacts qui forment une des collections les plus prestigieuses à avoir jamais quitté le pays.

Les Grecs se sont installés à Gatineau pour six mois, avant de repartir à la conquête du Field Museum, à Chicago, et du National Geographic Museum, à Washington.

Il aura fallu beaucoup de diplomatie de la part du directeur général du MCH, Jean-Marc Blais, pour que l'État grec, échaudé par les spoliations de son patrimoine au cours des siècles précédents,  consente à ce prêt. Et qu'il coordonne les efforts d'une bonne vingtaine de musées afin de réunir les pièces que désirait obtenir le conservateur de l'exposition, l'archéologue du MCH Terence Clark. 

Certains de ces trésors inestimables datent des Minoens, il y a près de 5000 ans. Pour mieux s'adresser au public contemporain, le musée mise sur une forme d'incarnation, à l'aide d'une foule de personnages-mannequins - ou silhouettes plus anonymes - qui portent les objets. 

«On a voulu créer des liens entre les anciens grecs et nos visiteurs», indique Jean-François Léger, le spécialiste du développement créatif au MCH, responsable de la «mise en espace» de l'exposition. 

«On file quatre émotions, quatre perspectives.» Outre «l'incroyable beauté des objets», Les Grecs mise beaucoup sur les «rencontres personnelles» avec lesdits personnages. Ceux-ci sont présentés «parfois couchés, afin de mieux comprendre la disposition» des ensembles funéraires retrouvés lors des fouilles, et parfois à la verticale, pour qu'on puisse mieux se les imaginer... et peut-être ressentir une certaine empathie», poursuit-il. 

Une des rares prêtresses dont on connaît le nom, Cleta, et les dames d'Archontiko et de Sindos, deux aristocrates aux parures funéraires majestueuses, bénéficient de ce traitement. L'approche interprétative vise vraiment à «donner une impression de la personne» et à développer un sentiment d'empathie, insiste M. Léger.

Projections murales

L'exposition essaie aussi de rendre plus «palpables» quelques héros anciens «devenus des légendes immortelles», renchérit-il en évoquant le roi Philippe II de Macédoine, son fils Alexandre le Grand, ainsi qu'Aristote. 

«On veut aussi donner un peu l'impression d'être en Grèce», grâce à de grandes projections murales «animées» et «enveloppantes», représentant les paysages exotiques d'une île des Cyclades, de Mycènes ou du Mont Olympe, en fonction de ce qui est présenté dans la salle.

Tout cela pour «créer des liens entre les objets, les lieux, les idées du passé qui ont survécu au temps et ces personnages, dont certains sont très connus, et d'autres beaucoup moins». 

Le musée présentera une vingtaine d'assortiments funéraires, dont des masques et des couronnes en or, et des « ensembles de bijoux assez fabuleux», mais aussi des poteries, des armes, des accessoires liés au culte, une couronne de myrte (symbole d'érudition), et divers objets usuels, dont de nombreuses pièces de monnaie. Sans oublier quelques sculptures - art dans lequel les anciens Grecs étaient passés maîtres - dont une jolie korê (statue de femme), qui retrouvera ses couleurs grâce à la technologie numérique.

Dans un souci d'interactivité, «le public pourra toucher la reproduction d'une statuette cycladique, une épée mycénienne et des outils de sculpteurs; manipuler des jetons de votation dans la section qui traite de la naissance de la démocratie; et souffler sur une couronne de myrte, par le biais d'un ordinateur», indique M. Léger.

Il fait valoir qu'«on a utilisé un peu plus de cartes et de panneaux de contextualisation historique qu'à Pointe-à-Callières». Le musée montréalais hébergeait Les Grecs depuis décembre dernier. Plus spacieux, le MCH a aussi ajouté un jeu de table sur le thème d'Ulysse, qui tente d'avancer sur le plateau sans s'attirer les foudres des Dieux.

Le livret-souvenir des Grecs contiendra quant à lui «deux ou trois éléments de réalité augmentée» qui permettront aux détenteurs de téléphones intelligents et de tablettes d'observer par exemple un volcan entrer en éruption. Une application gratuite peut être téléchargée pour avoir un avant-goût de l'événement sur son téléphone mobile.

Une collaboration sans précédent

Vingt-et-un musées grecs ont étoffé la collection réunie pour six mois au Musée canadien de l'histoire. Une collaboration d'une telle ampleur ne s'était jamais vue, en Grèce, pour une exposition appelée à quitter le pays. Les responsables du patrimoine grec entretiennent une relation affective intense avec les artefacts dont ils ont la garde. Portrait des cinq plus généreux musées. 

MUSÉE NATIONAL D'ARCHÉOLOGIE D'ATHÈNES

Sans conteste le plus important contributeur. Ses collections sont époustouflantes, mais pas toujours bien mises en valeur. Ses salles exiguës - il présente le désavantage d'être coincé en plein centre-ville - font que les quelque 20 000 objets qu'il abrite ont parfois l'air un peu «compactés». Il est à l'image de ses murs: vénérable et classique.

MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE THESSALONIQUE

Il figure au deuxième rang parmi les contributeurs. Beaucoup plus moderne que celui d'Athènes dans son architecture, il conserve une approche classique et chronologique dans la présentation de ses collections. On y trouve notamment une série d'artefacts en or macédoniens de toute beauté. 

MUSÉE DES TOMBES ROYALES D'AIGAI

Le plus séduisant du lot, en plein coeur des plaines de la Macédoine. Un musée? C'est surtout un mausolée souterrain, «érigé» à l'intérieur du gigantesque tumulus où furent découverts assez récemment (1977) les tombeaux de Philippe II, père d'Alexandre le Grand et monarque éclairé, et de sa famille (sauf Alexandre). Pas la moindre fenêtre ici, mais l'ambiance funèbre est travaillée, avec des lumières tamisées. Il recèle des trésors dignes... d'un roi. À déconseiller aux personnes sujettes à la claustrophobie.

MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE MYCÈNES

Construit à quelques centaines de mètres du cimetière où Heinrich Schliemann a découvert le «Trésor de Priam», un ensemble de masques funéraires et de bijoux appartenant à une dynastie de rois mycéniens. Parmi eux, le fameux masque longtemps dit d'Agamemnon qui, selon tous les spécialistes, ne peut pas lui avoir appartenu. Si le musée est joli, les ruines du site - l'impressionnante «porte des lions» en extérieur et le «tombeau d'Agamemnon» (qui n'est pas davantage le sien), chef-d'oeuvre d'ingénierie et d'architecture, rebaptisé Trésor d'Atrée - sont incontournables.

MUSÉE DE L'ACROPOLE

Des dalles de verre permettent au visiteur d'observer parfois, sous ses pieds, des archéologues à l'oeuvre dans l'entrée. Flambant neuf, le musée a été conçu, au pied de l'Acropole, entre autres pour pouvoir accueillir - et conserver adéquatement - la légendaire frise du Parthénon, sur laquelle avait fait main basse le British Museum (la France et l'Allemagne ont aussi hérité de fragments) au début du siècle dernier. Spacieux. Éclairé par la lumière naturelle qui baigne Athènes. Et très densément visité. «Il est tout ce qu'un musée devrait être», estime le directeur général du Musée canadien de l'histoire, Jean-Marc Blais.

À voir et à faire en marge de l'exposition

• Artistes en herbe

Les enfants auront l'occasion de se prendre pour Hermonax ou Androcydès en peignant un vase grec. Un atelier dispense les notions de base sur les styles, couleurs et techniques des peintres antiques. Le matériel est fourni.

Du 1er au 30 juin (sauf les 6 et 7 juin).

• Ateliers sur le travail des métaux

Pour ceux qui se sentent inspirés par les masques, bijoux et armes ornés d'or exposés, le musée propose de fabriquer un ornement métallique d'inspiration grecque, puis d'y ajouter une scène de la vie antique ou une décoration inspirée des mosaïques de la Grèce antique.

Les samedi 6 et dimanche 7 juin.

• Série Les marmitons 

Le Musée canadien des enfants propose de découvrir la gastronomie grecque. Un chef de la communauté grecque enseignera à cuisiner un plat typique. Inscription requise.

Les samedi 6 et dimanche 7 juin.

 • Théâtre IMAX

À partir de jeudi, le film Grèce: les secrets du passé sera à l'affiche tout l'été au cinéma IMAX. Cette odyssée dans le temps évoque l'éruption volcanique de Santorin, l'élévation du Parthénon, et apporte un éclairage sur la vie quotidienne dans la péninsule héllenique, il y a plus de 2000 ans.

• Héros de la mythologie grecque

Pour souligner la Journée de l'archéologie, le conservateur de l'exposition Les Grecs Terence Clark décortiquera les mythes et récits héroïques de la Grèce antique. L'occasion de découvrir les événements réels qui ont nourri les éléments de fiction devenus légendaires. 

Le samedi 15 août (à 10h30 et 13h en français).

• Festival grec d'Ottawa

Dans le cadre du Greek Fest d'Ottawa, Terence Clark animera des causeries au sujet de l'exposition et répondra aux questions du public les 17 août (19h15) et 24 août (18h30) au Hellenic Meetings & Reception Centre. Son bras droit, Jean-François Léger, spécialiste du développement créatif au MCH, fera de même, en français, les 15 août (19h30) et 23 août (18h45).

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