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Le musée, une destination branchée

Deux ans exactement après le lancement de la... (Courtoisie)

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Deux ans exactement après le lancement de la première soirée Nature nocturne, cette fête mensuelle connaît un succès aussi insolent qu'inespéré: 24600 visiteurs s'y sont déjà pressés.

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Il fallait les voir, vestons pour les hommes, mini-jupes et brushing impeccable pour leurs accompagnatrices, faire le pied de grue au Musée canadien de la nature par -20°C.

Deux ans exactement après le lancement de la première soirée Nature nocturne, cette fête mensuelle connaît un succès aussi insolent qu'inespéré: 24600 visiteurs s'y sont déjà pressés, permettant à l'institution de bénéficier de fortes retombées économiques et d'un changement d'image notoire. Ces «soirées tellement cool qu'elles sont hot», vante l'affiche, ont rapporté la bagatelle de 300000$ au musée pour l'année fiscale 2013-2014.

Si vous pensiez que les squelettes de dinosaure et les oiseaux empaillés n'intéressaient que les moins de 10 ans, détrompez-vous!

Pour se débarrasser de l'étiquette «familiale» et s'imposer auprès d'une jeune clientèle au pouvoir d'achat non négligeable, le Musée canadien de la nature a joué la carte de l'audace. Sur quatre étages, il propose le dernier vendredi de chaque mois, une soirée à thème destinée aux 20-30 ans. Une nuit au musée où l'alcool et les décibels coulent à flots, où l'on peut faire la fête et sortir le grand jeu tout en s'instruisant sur la reproduction des coléoptères...

À 25$ l'entrée, les soirées affichent souvent complet et la longue file d'attente pour accéder à l'événement ne semble pas freiner les ardeurs des visiteurs. Le prix du billet inclut l'accès aux expositions et aux réjouissances promises: performances de DJ et de musiciens locaux, piste de danse, bars payants à tous les étages, ères de jeux et projections vidéos, bricolages collectifs.

Le moindre «gazouillis» reprenant le mot-clic #naturenocture déboule illico sur le mur de l'entrée... de l'auto-promotion efficace et à moindre coût.

Danse ou ping-pong?

Dès 20h, les quatre étages du musée se transforment en un gigantesque parc d'attraction pour adultes. Encore faut-il s'armer d'un peu de patience pour faire la queue et déposer les manteaux, commander une boisson, prendre l'ascenseur, monter les quatre étages, redescendre danser au rez-de-chaussée...

Sous une immense méduse fluorescente de 11 mètres, les moussaillons noctambules se déhanchent au son de vieux morceaux remixés de Sean Paul. Moins branchées, mais plus respirables - surtout à partir de 23h -, les expositions offrent une oasis appréciable. Vus au fil du parcours: beaucoup de talons aiguille chancelants, des percussionnistes installés au milieu de tricératops, mais encore, dans la section consacrée aux insectes, des discussions existentielles passionnées après quelques verres.

Au détour d'un groupe d'humains en costumes d'animaux, d'autres scènes saisissantes: une séance de karaoké sans complexe et des duels de ping-pong acharnés.

Le 23 janvier dernier, le thème choisi portait sur l'année de la chèvre, en référence à l'actualité du nouveau calendrier chinois. Un sujet discrètement décliné en bubble tea (alcoolisés), origami et nouilles asiatiques.

La soirée du vendredi 27 mars logeait quant à elle à l'enseigne de l'invisible et du visible, alors que celle du 24 avril prochain permettra aux multiples voix de l'Arctique de se faire entendre, à l'instar de celles des participants, qui seront invités à s'exprimer.

Pour le reste, la formule change peu ou prou: de la musique, une ambiance chic et décontractée... Les visiteurs ont jusqu'au 12e coup de minuit, comme dans Cendrillon, pour s'amuser avant l'extinction des feux et la fermeture des portes. Après tout, danser sous les hautes verrières d'un musée bâti en 1910, qui abrite une collection englobant quatre milliards d'années de l'histoire de la Terre, quoi de mieux pour faire la fête?

Au MBAC, un accès privilégié

Au Musée des beaux-arts du Canada, il ne s'agit pas tant de renouveler les publics que de chercher à attirer les habitués ayant déserté le MBAC, assure Marc Mayer, son directeur. «Il faut réengager notre public classique, les amateurs d'art», reconnaît-il. Il s'agit donc de faire revenir des publics locaux qui, depuis des années, se sont détournés de leur musée. Mais comment?

En donnant à l'établissement un nouveau positionnement auprès des amateurs avertis, en engageant notamment des projets à destination des jeunes professionnels et collectionneurs. À l'instar du programme [Sans titre] - c'est son nom! Il propose une incursion privilégiée dans les coulisses du musée, depuis l'an dernier. Pour un abonnement de 400 $ par an, les adhérents bénéficient d'activités de réseautage avec des professionnels du milieu des arts, ont accès à la réserve du musée, au laboratoire de restauration et de conservation, ou visitent les expositions accompagnés de leurs commissaires.

Les amateurs d'art peuvent également se retrouver autour de Conversations contemporaines, une nouvelle série de discussions publiques autour de l'art, en partenariat avec le programme Art dans les ambassades et l'ambassade des États-Unis à Ottawa.

Autre enjeu crucial pour le MBAC: offrir la possibilité de rencontrer les oeuvres dès le plus jeune âge.

Plusieurs initiatives incitent les familles à découvrir le musée, notamment par des visites autoguidées familiales, et des ateliers-découvertes le week-end où les enfants et leurs parents sont invités à créer leurs propres oeuvres après la visite (Artissimo).

«Nous cherchons constamment de nouvelles approches didactiques. On est très école, ici», fait valoir Marc Mayer.

Les Vendredis décontractés de l'Orchestre du CNA... (Courtoisie) - image 3.0

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Les Vendredis décontractés de l'Orchestre du CNA

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Au CNA, un orchestre aux gammes conviviales

Avec les Vendredis décontractés, on peut assister à un concert de musique classique au Centre national des arts (CNA) tout en sirotant, depuis son siège, un verre de vin. Sacrilège, s'indigneront les puristes? Il y a mieux. Initiée le 14 février, la nouvelle série Wolf­GANG propose d'écouter de la musique de chambre... dans un bar habituellement animé par un DJ, au Mercury Lounge.

Ces coups d'éclat dans la programmation régulière de l'Orchestre du CNA marquent une volonté d'attirer de nouveaux publics, de les convaincre que l'institution musicale n'est pas un club sélect réservé aux spécialistes.

Tel est bien le rêve que formule l'OCNA depuis quelques saisons: décomplexer ceux que l'on dit «éloignés» du genre pour des raisons socioculturelles. Orchestrer la rencontre entre l'oeuvre et le public d'une façon renouvelée, diversifiée, avant et après le spectacle.

S'inscrivant dans cet objectif, les Vendredis décontractés proposent déjà une formule conviviale à destination des jeunes professionnels: un cinq-à-sept vins et tapas, suivi d'un concert sans entracte débutant plus tôt que la programmation régulière. Animé par une vedette du showbiz, le programme de la soirée est expliqué aux néophytes, les musiciens sont filmés en gros plans grâce à des écrans vidéos latéraux retransmettant les images.

Le verdict est sans appel: depuis la création des Vendredis décontractés en 2013, l'âge moyen des spectateurs de l'OCNA - au mitan de la cinquantaine - a rajeuni de 10 ans, démontre une étude menée l'an dernier auprès des publics fréquentant le CNA. Un résultat non négligeable à l'heure où le vieillissement du public de la musique classique constitue la bête noire des directeurs de salle et des programmateurs.

Fort du succès des Vendredis décontractés, l'OCNA a récemment lancé les Sessions WolfGANG, trois rendez-vous hors murs, symboles de renouveau de la programmation. L'orchestre n'hésite plus à bousculer les codes du classique afin d'aller au-devant d'un public qui ne s'y reconnaît pas forcément.

La publicité et la vente de l'événement ont été confiés au nouveau partenaire, le Mercury Lounge. «C'est un concept expérimental, il n'y a eu aucune démarche marketing auprès de notre public habituel. Nous voulions voir si nous pouvions intéresser l'auditoire du Mercury Lounge», explique Geneviève Cimon, responsable de l'éducation musicale et du rayonnement dans la collectivité.

Ces soirées interprétées par des membres de l'orchestre mettent en avant la musique classique de compositeurs contemporains, agrémentée de projections vidéos et accompagnée de DJ.

«Une consultation pan-canadienne a révélé que nos compositeurs ne voulaient plus être cachés derrière l'orchestre et recevoir seulement une invitation le soir de la première, partage Geneviève Cimon. Ils souffrent de la perception que leur art n'est pas accessible et demandent davantage d'initiatives pour que leur musique rencontre les communautés.»

Les Sessions WolfGANG y contribuent. Avec le début des travaux de rénovation du CNA prévus en juillet 2016, il y a fort à parier que d'autres initiatives hors murs se multiplieront prochainement.

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