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Les émergents: état des lieux, prise deux

Céleste Lévis, Simon Renaud et Dinorah Catzalco... (Photomontage LeDroit)

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Céleste Lévis, Simon Renaud et Dinorah Catzalco

Photomontage LeDroit

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Nous retrouvons aujourd'hui les trois autres artistes et collectifs émergents que nous suivons dans leurs divers projets cette année: Céleste Lévis, Simon Renaud et Dinorah Catzalco.

Nos prochains rendez-vous auront lieu en juin.

Céleste Lévis et les échos de La Voix

Le gros secret que Céleste Lévis ne pouvait confier aux lecteurs du Droit, en janvier, c'était sa participation à l'émission La Voix.

Sa sélection par Éric Lapointe avait contractuellement empêché la jeune chanteuse de Timmins de lancer comme prévu un disque en novembre. Celui-ci sortira donc plutôt en juin... à moins que la production lui offre de participer à la tournée estivale de La Voix qui se profile. Auquel cas, Céleste Lévis repoussera encore la parution de son tout premier album.

Car, à l'issue des duels, Céleste Lévis est toujours dans la course. On saura demain soir si son coach l'envoie sur les «chants de bataille» ou s'il lui permet d'accéder directement à l'étape des directs.

Toujours pas de cédé, donc, mais pas d'amertume. «Comme Franco-Ontarienne, je me suis sentie très bien accueillie, une chose qui n'arrive pas souvent, quand je vais du bord du Québec. Je me sens jugée sur mon talent, et non sur mon accent ou sur mes différences... et c'est le fun!» témoigne la résidente d'Ottawa.

Chaque dimanche, l'émission réunit au bas mot 2,5 millions de téléspectateurs. «C'est absolument incroyable de faire partie de quelque chose de si grand. Savoir que ma voix se fait entendre par tant de monde, c'est un rêve», convient l'artiste, «encouragée» dans sa passion.

En parallèle, elle «planifie» à long terme, comptant notamment pouvoir se produire lors de la prochaine édition de Contact Ontarois, où elle espère amorcer des discussions fructueuses avec les diffuseurs. Idem pour les vitrines de l'avant-Gala des prix Trille Or, auxquelles elle participera le 6 mai.

Elle commence à recevoir des propositions de spectacles, mais ne veut rien signer avant de savoir si elle intégrera la tournée de La Voix.

Facilement sujette aux angoisses, Céleste Lévis s'étonne de n'avoir pas été plus nerveuse lorsqu'elle a pris le micro face aux caméras. «J'ai pensé aux coachs et à la salle: une couple de centaines de personnes, c'était moins intimidant» que de songer aux millions d'oreilles qui l'entendraient lors de la diffusion sur TVA. «J'étais plus nerveuse quand j'ai regardé [l'émission] à la télévision, même si je connaissais le résultat», avoue-t-elle en riant.

«On [les concurrents] a eu la chance de pouvoir faire des petits jams avec Éric. Il est ben flirt, mais il est très sympathique.» Durant des pratiques, «c'est un feeling assez incroyable de l'avoir en face de soi, en train de te conseiller ou de chanter un bout de ta chanson.»

L'aventure lui a donné «beaucoup de confiance» en elle, d'autant que «les visionnements de mes vidéos sur YouTube ont été multipliés par des milliers».

L'auteure-compositrice est consciente que ce concours de talent vocal se muera bientôt en un concours de popularité dans lequel les médias sociaux jouent un rôle prépondérant. Elle assure qu'elle restera «fidèle» à elle-même.

Très active sur la Toile, Céleste Lévis redouble d'ardeur sur Facebook, Twitter ou Instagram, veillant à répondre à tous les messages et conseils qu'elle reçoit. «J'ai toujours trouvé important de donner des nouvelles et les partager avec les fans. Mais c'est sûr qu'il y a plus d'attentes aujourd'hui.»

Simon Renaud: la danse ou la vie

Corps en convulsion, perte d'équilibre, muscles contractés... La description pourrait s'appliquer à un spectacle de danse contemporaine. Mais non. L'interprète et chorégraphe Simon Renaud nous explique ce qu'il subit trois à quatre fois par mois: une crise d'épilepsie. «Je n'ai jamais pensé arrêter mon métier à cause de cela, prévient-il. Les personnes avec qui je travaille sont au courant.»

Depuis qu'il a 17 ans, Simon - tout comme son frère jumeau - doit composer au quotidien avec la possibilité que surgisse une crise.

«Dans mon cas, il n'y aucun signe précurseur, ça peut m'arriver à tout moment.» Et précise d'emblée que le «grand mal» l'a encore épargné sur scène, en pleine représentation.

Sa dernière crise, il l'a vécue en début de semaine: «Il était minuit, je suis quand même allé aux répétitions le lendemain en essayant de me reposer le plus possible. Je devais travailler un duo dans une nouvelle création.»

Quand une équipe artistique bénéficie de peu de temps pour créer un spectacle et que les horaires sont serrés, les arrêts maladie se font rarissimes. Sauf cas de force majeure: «Cette semaine, j'ai dû chercher un nouveau neurologue à Montréal et attendre 11 heures à l'hôpital», dit-il, excédé.

Le chorégraphe Daniel Léveillé, avec qui travaille Simon actuellement, est au fait de sa maladie. «Un jour, il m'a vu débarquer dans son studio en ambulance, raconte-t-il. J'avais fait une crise dans un café. Les clients paniqués ont appelé les paramédics. J'ai prévenu les ambulanciers: je suis danseur contemporain, il faut que j'aille au boulot.»

STRESS ET EXCÈS

Pour contrer l'épilepsie, Simon s'est construit «une routine» et limite les excès avant les spectacles. Il sait très bien que les stimuli sont le stress, la cigarette, l'alcool, la drogue, la fatigue... et le jus de pamplemousse! «Je fume malgré tout, c'est l'une des choses que je peux décider sur mon corps sinon incontrôlable.»

Quant au stress, il en rit: «Comment le supprimer de nos vies?» La sienne a choisi un quotidien sous passion et sous pression: entraînement, répétitions, représentations, tournées, auditions... Le métier additionne les contraintes. «C'est important, à mes yeux, de multiplier les collaborations avec différents chorégraphes et danseurs.»

Dans la ronde de son emploi du temps, allons-y gaiement pour les présentations: les créations Facets de Tedd Robinson (7 au 9 mai au Centre national des arts), Mere Human de Mélanie Demers et Speeds And Slownnesses 1A d'Andrew Turner (30 mai et 2 avril, à la Cour des arts), Solitude duo de Daniel Léveillé (au Festival TransAmériques, au printemps) lequel inclura même une résidence chorégraphique de deux semaines, en France.

«J'ai commencé une nouvelle création en quintette pour cinq danseuses, ajoute-t-il. Un autre projet de duo germe lentement.»

Une prochaine performance artistique, mais surtout humaine.

Dinorah Catzalco et l'importance des mentors

Dans le café de Gatineau où ils se sont donné rendez-vous, Dinorah Catzalco rayonne. Et pour cause: elle est entourée des trois artistes de la région qui, depuis ses débuts, jouent un rôle essentiel dans sa vie de créatrice.

«Ce sont tous des gens que je considère comme des mentors», soutient fièrement l'artiste visuelle dans un large sourire.

Autour d'elle se retrouvent donc les peintres Étienne Gélinas et Benjamin Rodger ainsi que le sculpteur Mustapha Chadid.

«La première étincelle, c'est Étienne qui l'a allumée, en m'invitant à partager son atelier, à ma sortie de l'université. Il m'a ouvert un espace de création à l'extérieur de la maison à un moment où j'avais besoin de sortir de mon isolement», raconte Dinorah Catzalco.

«Le monde des arts est particulier dans le sens qu'il n'y existe pas de modèle de carrière à suivre. Chaque artiste doit baliser son propre sentier. Ce qui fonctionne pour moi ne s'applique pas toujours pour Dinorah, en fonction de sa pratique à elle», renchérit Étienne Gélinas.

«C'est une fois que tu trouves ton style, que tu peux espérer faire ta place», ajoute Mustapha Chadid, entre deux gorgées de café.

«Une chose est certaine, il faut savoir être polyvalent, pour gérer sa carrière, remplir les formulaires de demandes de subventions comme il faut, documenter notre travail, alimenter notre site Web...» intervient Benjamin Rodger.

«... ou savoir s'entourer de personnes ressources ou d'amis pouvant nous aider!» lance Étienne Gélinas.

Ainsi, lorsqu'est venu le temps de préparer sa candidature pour le programme Jeunes volontaires du Carrefour jeunesse-emploi, Dinorah Catzalco a pu compter sur les conseils de Benjamin Rodger.

«Il m'a accompagné tout au long du processus, incluant dans ma préparation pour présenter mon dossier devant un jury. C'est toujours rassurant d'avoir des gens comme ça, à l'écoute, qui connaissent le milieu et en comprennent la réalité», explique celle qui a pu, au final, compter sur ledit programme pour donner une première impulsion à sa carrière.

Grâce à cette subvention, Dinorah Catzalco a notamment pu suivre une formation pratico-pratique sur l'art de remplir une demande de subvention donnée par Mustapha Chadid. C'est lui qui l'a aidée à déposer sa demande auprès du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

«Ma première demande a été refusée, mais je suis en train de la réviser pour l'envoyer de nouveau: j'ai besoin de fonds pour continuer à avancer dans mon projet d'exposition à la galerie Montcalm, en janvier 2017, et acheter les matériaux qu'il me faut pour créer les oeuvres que j'ai en tête pour cette expo.»

«Il faut appliquer tout le temps, ne pas se laisser démoraliser par un refus», soutient M. Chadid.

«Pour avoir été membre de jurys, je sais que ne pas avoir été sélectionné ne veut pas dire qu'on manque de talent, comme je l'ai déjà pensé», témoigne Benjamin Rodger.

La discussion entre les quatre artistes va bon train: ils échangent autant sur les aspects les plus pragmatiques du milieu qu'ils ont choisi que sur l'importance de réseauter. Tous s'entendent sur leur besoin viscéral de créer.

«Je suis au monde pour ça!» déclare Dinorah Catzalco.

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