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Une relation mère-fille tumultueuse

Nathaly Charrette et Lyette Goyette se donnent la... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Nathaly Charrette et Lyette Goyette se donnent la réplique dans La Corneille.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Un silence peut être rempli de reproches, de non-dits et de petites douleurs accumulées au fil du temps. Et parfois, il suffit d'un cri de corneille pour tout ébranler.

L'auteure québécoise Lise Vaillancourt explore la délicate relation mère-fille dans la pièce La Corneille, qui a pris l'affiche mercredi soir au Théâtre de l'Île.

Quadragénaire grano qui carbure aux tisanes anxiolytiques, Julie (Nathaly Charrette) croit à un mauvais présage quand elle retrouve une corneille dans son loft. L'oiseau de malheur à peine chassé à coup de sac à main que voilà sa mère (Lyette Goyette), qui débarque sur le seuil de sa porte.

Veuve depuis peu, elle n'avait jamais mis les pieds dans l'appartement de sa fille avec qui elle entretient une relation plutôt houleuse. Sans tarder, les premiers reproches fusent. Elle a tout donné pour ses enfants. Des enfants ingrats qui peinent à prendre de ses nouvelles. Entre les souvenirs et les regrets, se mêlent les infidélités de son mari et les commérages du quartier.

Julie aimerait bien chasser cette femme comme elle a congédié la corneille. La présence de cette mère mystérieuse qui répète inlassablement les mêmes histoires la perturbe, l'angoisse. Ni le vin ni le gin et encore moins le yoga ne réussissent à calmer la tempête intérieure que sa mère, par sa seule présence, réussit à provoquer en elle. Mais voilà, cette mère, aigrie par les épreuves de la vie, glisse entre les doigts de Julie. Elle apparaît et disparaît à tout moment. Comment mettre des mots sur des émotions quand le terrain est miné de sujets interdits ? Les deux femmes essaient de naviguer entre les frustrations et les souvenirs. Puis, il y a la voisine de Julie, Millie (Anie Richer), qui vient çà et là alléger l'ambiance avec ses questions culinaires.

Scénographe établi, Jean Bard signe ici sa première mise en scène. Il avait déjà côtoyé le texte de Lise Vaillancourt, puisqu'il avait réalisé les décors pour cette production au Rideau Vert, en 2012.

Il a misé avec justesse sur la sobriété pour mettre en lumière ce texte qui impose de lui-même un certain décalage. Alors que le personnage de la mère vit dans le moment présent, Julie récite les événements. Un décalage un peu agaçant au début de la pièce, mais qui se fait oublier quand Julie commence à laisser ses émotions prendre le dessus.

Puis, tout n'est pas noir dans ce loft sans mur. Il y a aussi plusieurs touches d'humour. On regrette seulement de ne pas avoir eu droit à davantage de rencontres entre la mère et la fille. Elles évoluent chacune de leur côté.

La scénographie de Jean Bard révèle elle aussi quelques belles surprises. Simple et épuré, le décor réussit à mettre des mots là où les personnages échouent. Les murs deviennent des écrans sur lesquels l'histoire se défile.

La distribution réussit aisément à passer entre les moments d'émotion, de tension et d'humour. Pivot du récit, Lyette Goyette joue avec toute la retenue nécessaire cette femme que l'on devine blessée, mais aimante. Elle réussit à souligner l'universalité de ce personnage dans lequel tout le monde reconnaîtra un petit bout de sa propre maman.

Vous voulez y aller ?

OÙ ? Théâtre de l'Île

QUAND ? Du 28 janvier au 28 février

RENSEIGNEMENTS ? 819-243-8 000 ; www.ovation.qc.ca

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