Le rebelle de Charlo

La pièce Le Long Voyage de Pierre-Guy B.... (Courtoisie)

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La pièce Le Long Voyage de Pierre-Guy B. est remplie d'humour teinté de satire sociale.

Courtoisie

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Trop libre et mouvant : inclassable. Musicien polymorphe. Fantaisiste jusqu'au vertige. Bon vivant jusqu'à la lie. Individualiste. Rebelle à toutes les catégories et marginal de toutes les écoles...

Ainsi vit Pierre-Guy B., percussionniste originaire de Charlo, au Nouveau-Brunswick, « trou du cul économique abandonné du Canada ». Il y revient toujours après un long voyage et ne manque pas de faire honneur au nom de sa ville en jouant l'indésiré social. L'Acadien s'est retranché dans son studio de musique et sort parfois se balader dangereusement sur les falaises. À sa rescousse : Christian E., un ami d'enfance devenu acteur vedette, ancien camarade de ligue d'improvisation. Il signe désormais des autographes dans les supermarchés pour quelques milliers de dollars. Le gage de la réussite moderne, quoi ! Un jour, il retourne à Charlo demander une faveur à Pierre-Guy B : assurer le volet musical de son mariage. Malheur au fiancé... vite éconduit. Avec son indéfectible franchise, le plus marginal du village lui répondra par un éloge funèbre de l'air du temps : la photo où tout le monde saute ensemble sur une plage du Sud, pas pour lui.

La pièce Le Long Voyage de Pierre-Guy B. présentée au CNA jusqu'à demain dispose de sérieux atouts : son humour teinté de satire sociale, l'énergie de ses deux comédiens, Pierre-Guy Blanchard et Christian Essiambre, que tout oppose sur scène, ou les intermèdes musicaux folkloriques pour relancer le tempo.

Mais c'est surtout la construction dramaturgique qui laisse dubitatif, la pièce se raccrochant à une série de sketches plus ou moins réussis.

Dans la mise en scène de Philippe Soldevila, on a parfois l'impression d'assister à deux one man shows, celui, très adroit de Christian E. (qui cousine avec Louis-José Houde dans ses aigus) servant de « béquille » à l'autre, brut de décoffrage et maladroit au début mais sobre et sincère par la suite. Peut-être une parade pour mieux s'imposer en deuxième partie de spectacle.

Sur le plateau divisé en deux camps, un étrange combat s'engage, comme sur un ring de boxe existentiel. Les deux hommes, le pauvre et le riche, le looser et l'homme à succès confrontent leurs rôles, leurs peaux.

Depuis l'école - ce zoo, dit Pierre-Guy B., où seuls les plus beaux spécimens attirent l'attention - le musicien a choisi d'enfiler la posture du singe, du pitre.

On comprend que derrière ce rebelle tressautant au milieu de situations saugrenues - l'hilarante scène en discothèque fait mouche - se dessine un être qui a pris conscience de sa propre infériorité, de l'hostilité du monde extérieur, et qui en souffre.

Le regard blasé, l'air écorché, Pierre-Guy B. a développé une grande carcasse de hérisson, le cuir comme tanné par l'envie de prendre le large. Si sa vie ressemble à une suite de départs toujours recommencés, c'est qu'il est possédé par un refus radical de la médiocrité de la vie « installée ». Lui s'est fait un point d'honneur à se dépouiller de tous les oripeaux d'adaptation sociale, et ne se laissera pas envahir par le renoncement qui a contaminé son ami.

Au-delà de la critique des rapports de l'homme et de la société, passe dans le spectacle une mélancolie filant sa ligne entre le Misanthrope de Molière et Llewyn Davis des frères Coen.

Peut-être la mélancolie d'une génération libre qui mesure l'importance de son engagement en termes de sincérité et d'authenticité.

POUR Y ALLER

Quand : Jusqu'à samedi, 20 h

Où : Centre national des Arts

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca

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