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Au-delà de l'oeil et de la lentille

Dans Villes, collection particulière, le Théâtre de la Pire... (Olivier Pontbriand, Archives La Presse)

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Dans Villes, collection particulière, le Théâtre de la Pire Espèce conjugue le théâtre d'objets à la manipulation d'images vidéo, une pratique souvent employée sur scène, mais encore peu exploitée par Olivier Ducas et ses acolytes.

Olivier Pontbriand, Archives La Presse

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Le Théâtre de la Pire Espèce n'est jamais à cours d'idées innovantes et aime à naviguer entre différentes techniques: cabaret, ombres, découpages, marionnettes. On reste souvent bouche bée devant l'ingéniosité de ses créations. Dans son dernier spectacle, Villes, collection particulière, présenté par le Théâtre du Trillium de mardi à vendredi, il conjugue le théâtre d'objets à la manipulation d'images vidéo, une pratique souvent employée sur scène, mais encore peu exploitée par Olivier Ducas et ses acolytes.

Le comédien et co-directeur artistique nous confirme qu'un écran servait bien de support aux jeux d'ombres dans Die Reise ou les visages variables de Felix Mirbt (2011). Mais jamais une caméra n'a véritablement pointé le bout de sa lentille dans l'une des 16 pièces de la compagnie.

L'utilisation de la vidéo sur scène est pourtant devenue banale ces 10 dernières années, mais rares sont les artistes qui l'emploient de manière à vraiment amplifier les pouvoirs de la représentation, non comme simple gadget décoratif et branché.

Et c'est justement dans l'idée d'explorer un peu plus les conventions scéniques et les lois de la narration dramatique, de questionner le concept d'illusion et de vraisemblance au théâtre, que la caméra a fini par faire son apparition dans cette création de La Pire Espèce.

«Nos spectacles se forment généralement à partir d'une question formelle ou technique», raconte Olivier Ducas.

Dans le cas d'Ubu sur la table, présenté l'an dernier au CNA, «il s'agissait d'animer des objets pour embarquer le spectateur.» Dans Villes, collection particulière, le défi est tout autre: «Comment faire avec peu pour suggérer différentes villes», résume le concepteur de la pièce.

Le marionnettiste urbaniste

Sur scène, ce dernier est entouré d'une table, d'un écran et d'objets hétéroclites placés à portée de main: une loupe, des microfiches, une maison de Monopoly... Le manipulateur/acteur fait ainsi surgir de trois fois rien une galerie de villes imaginaires en s'appuyant sur l'architecture, mais pas seulement. En courtes séquences de deux ou trois minutes, tantôt il raconte leurs histoires, tantôt il dresse le portrait des habitants. Un peu narrateur, un peu témoin ou passeur.

«Il ne s'agit pas de faire deviner au spectateur de quelle ville il s'agit car nous nous référons plutôt à des archétypes de villes existantes.»

Ainsi prennent vie une métropole nord-américaine, une ville du Sud, une bourgade pittoresque...

Au-delà de l'ingéniosité qui les font naître, ces villes éphémères soulèvent aussi des questions de société. Olivier Ducas rappelle que pour la première fois dans l'histoire de notre planète, la population urbaine dépasse la population rurale.

«Comment ce phénomène redéfinit-il nos rapports à l'espace et aux autres?» questionne l'auteur, metteur en scène et interprète du spectacle.

Dans sa collection urbaine, il cite aussi ces agglomérations à la croissance démographique insensée, ces autres villes où il est difficile de cohabiter, ces cités bien moins préoccupées par le bonheur de leurs résidents que par les statistiques officielles qui reluiront sur leur image. Chaque endroit dépeint dans le spectacle se présente au public comme un portrait possible de sa société.

Grâce à la caméra en direct, le point de vue du spectateur est dédoublé entre action réelle et image filmée. La mise en scène exploite le jeu des perceptions, plaçant l'observateur à la fois comme complice de la machinerie et sujet de l'illusion. Un phénomène déjà propre au théâtre d'objets, où la manipulation à vue - par essence - ne cesse de démonter les ressorts de l'illusion tout en les faisant jouer à plein régime.

Cette distanciation complice, Olivier Ducas l'a exploitée depuis les débuts du Théâtre de la Pire Espèce en 1999. D'abord par le truchement d'objets manipulés à la manière de personnages, puis à travers l'objet-prothèse ou le masque corporel.

«L'illusion a quelque chose de caduc, de nos jours. Je ne pense pas que les pièces aient besoin de costumes d'époque pour faire croire à leur vraisemblance.»

Son credo? Contourner ce concept d'illusion pour établir un rapport plus direct avec le public.

«L'écran intervient pour proposer un autre point de vue par rapport à la représentation», résume-t-il.

Mais au fond, il s'agira toujours de la même préoccupation: «Parler des thèmes chers à l'être humain, avec distanciation.»

Pour y aller >

  • OÙ? École De La Salle
  • QUAND? Du 14 au 17 octobre, 19 h 30
  • RENSEIGNEMENTS: 613-241-2727 poste 1; www.yetre.com)
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