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L'image virtuelle sur les planches

En cinq actes, Cinq visages pour Camille Brunelle brosse le... (Courtoisie)

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En cinq actes, Cinq visages pour Camille Brunelle brosse le portrait des comportements sociaux de cinq personnages désignés par des chiffres: Un (Ève Pressault), Trois (Julie Carrier-Prévost), Quatre (Francis Ducharme), Deux (Laurence Dauphinais) et Cinq (Mickaël Gouin).

Courtoisie

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Guillaume Corbeil se souvient de cette scène vécue en Argentine en 2010, à une période où Facebook est en pleine expansion: l'auteur remarque que les touristes, sur place, sont plus préoccupés par la photo qu'ils posteront d'eux sur Internet que par le site qu'ils visitent. «À ce moment-là, j'ai réalisé que la réalité se déplaçait. Le vrai lieu où l'on vit, c'est l'écran; le réel en devient le studio de production», analyse l'auteur des Cinq visages pour Camille Brunelle.

Dans cette pièce présentée au Centre national des arts (CNA) du 15 au 18 octobre, cinq jeunes adultes se montrent, se dévoilent, participent à un espace désinhibé de mise en scène de soi, où l'on expose des traits choisis de son existence, où l'on partage ce qui intéresse ou amuse, l'idée étant de chercher à se faire remarquer. Ou à ne pas se faire oublier.

«Le désir de choisir qui on est sur les réseaux sociaux provoque des identités en mouvement, croit-il. Il y a une soif de façonner sa propre image selon le désir de l'autre.»

À scruter le profil de Guillaume Corbeil sur Internet, on le devine plutôt fan du Canadien, prompt à retweeter leurs publicités sur son profil pour gagner le dernier t-shirt ou l'édition du collectionneur les concernant. Sur l'auteur, en revanche, on y découvre peu de chose. Et pourtant, à 34 ans, ce diplômé de l'École nationale de théâtre a déjà publié un recueil de nouvelles (L'art de la fugue) en lice pour un prix du Gouverneur général; signé un premier roman (Pleurer comme dans les films), ainsi qu'une biographie du metteur en scène André Brassard.

«J'avais le désir de ne plus être seul devant un ordinateur, à écrire des textes que peu de gens lisent, partage-t-il. Je ressentais le besoin d'aller vers les autres, de travailler en collaboration.»

Succès précoce

Sa première pièce de théâtre intrigue le metteur en scène Claude Poissant, «happé, subjugué, bousculé» par l'écriture du jeune auteur.

«Il a eu l'audace de traiter d'un sujet peu abordé au théâtre, et de ne pas le faire à moitié», commente le codirecteur artistique du Théâtre PÀP.

Créé à l'Espace GO en février 2013, le spectacle a été présenté à Avignon cet été dans le cadre de Focus Québec, il reprend l'affiche au Québec cet automne et au Théâtre Français du CNA de mercredi à samedi.

C'est justement là, à Ottawa, que sont nées les premières discussions autour du thème. Claude Poissant anime alors un laboratoire sur la création auprès de jeunes artistes. Il les lance sur la piste des médias sociaux qui auraient transformé nos vies en théâtre. «Quelle forme dramaturgique trouver pour développer un tel sujet sur scène?» lance-t-il à ses laborantins.

Une thématique, deux approches scéniques

La classe de maître donnera naissance au collectif à l'origine du iShow, ce spectacle très original de «théâtre-réalité» présenté lors des Zones Théâtrales l'an dernier. Quant à Claude Poissant, il prolongera la réflexion peu de temps après la fin du laboratoire en découvrant la pièce de Guillaume Corbeil.

«Celle-ci ne condamne ni ne juge rien, explique le metteur en scène séduit par la posture de l'auteur. Elle se contente simplement de faire l'état des choses.»

En cinq actes, Cinq visages pour Camille Brunelle brosse le portrait des comportements sociaux de cinq personnages désignés par des chiffres, «parce qu'ils constituent l'échantillon d'un système infini», explique l'auteur, et identifiables par les préférences qu'ils partagent sur Internet.

Parmi eux figurent des «archétypes urbains»: la fille sensible, le hipster, l'amie grunge... «Dans cette course au moi, ils se construisent des masques sur Internet, les font tomber, en reconstruisent d'autres...»

Jusqu'où ira cette surenchère dans l'élaboration de l'image virtuelle, dans la quête effrénée de l'attention des autres? Guillaume Corbeil n'y va pas par quatre chemins pour nous dévoiler la fin, que l'on se gardera bien de révéler au lecteur.

Le spectacle n'impose pas de restrictions d'âge, malgré certaines scènes qui pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes. «Des secondaires 4 et 5 ont déjà assisté au spectacle. Les parents décident», conseille le metteur en scène.

Pour y aller >

  • OÙ? Centre national des arts
  • QUAND? Du 15 au 18 octobre
  • RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA (613-947-7000 ou www.nac-cna.ca)
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