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Premier roman pour la journaliste montréalaise

Michèle Ouimet et sa Promesse de raconter

Loin de Michèle Ouimet l'idée de prétendre être... (Photo: Étienne Ranger, Le Droit)

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Loin de Michèle Ouimet l'idée de prétendre être devenue une auteure. «Je ne suis qu'une journaliste qui a écrit un roman, soutient-elle. Ce n'est donc pas autant ma relation à l'écriture qui a changé que ma relation à la vérité.»

Photo: Étienne Ranger, Le Droit

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La journaliste Michèle Ouimet n'a jamais promis d'aider une jeune Afghane à fuir son pays en guerre et un mari violent comme son héroïne Louise, dans son premier roman. Elle n'en tient pas moins sa Promesse à sa manière: celle de raconter - par le biais de la fiction, cette fois - ces femmes rencontrées au gré de ses affectations en Afghanistan, en Syrie, en Haïti et au Liban - où elle retourne mardi, «parce qu'elle a besoin de voir, pour pouvoir écrire».

«Je n'avais pas pensé au titre du roman sous cet angle...» admet, soudainement songeuse, la principale intéressée.

«Mais peut-être qu'instinctivement, en effet, c'est ma façon de respecter la seule promesse que je fasse aux gens, sur le terrain: celle de témoigner de ce que je vois et entends, de parler d'eux, avec mes mots», reprend-elle, après une gorgée de café.

Pour la première fois, et à cause d'une vilaine chute à vélo qui l'a immobilisée pendant six semaines, Michèle Ouimet a eu «le temps» de penser à écrire autrement. Sans la «tyrannie de l'heure de tombée et d'un nombre de mots à respecter». En ayant la possibilité de donner une autre dimension aux faits et aux idées qu'elle a l'habitude de mettre en lumière dans ses chroniques et articles.

«Il y a quelque chose de très libérateur à s'affranchir de la discipline d'écriture propre à notre métier. Cela dit, cette discipline m'a aidée: comme on ne peut se permettre le syndrome de la page blanche, j'arrivais à écrire de manière efficace.»

Loin d'elle l'idée de prétendre être devenue une auteure pour autant. «Je ne suis qu'une journaliste qui a écrit un roman, soutient-elle. Ce n'est donc pas autant ma relation à l'écriture qui a changé que ma relation à la vérité.»

D'honneur et de trahisons

La vérité de La Promesse, ce sont ces femmes (les Afghanes Farida, Soraya et Nouria; les Québécoises Louise, Carole, Charlotte) qu'elle avait envie de mettre en scène. Pour explorer leurs rapports à l'honneur, au pouvoir, aux hommes, au travail. À leurs rêves, traumatismes, contradictions et failles, aussi.

L'égocentrique Louise, qui fume, boit, sacre, et est en train de sacrifier sa relation de couple à l'autel de sa sacro-sainte carrière. La non moins ambitieuse Carole, sa meilleure amie, tirant les ficelles dans l'ombre du bouillant maire de Montréal, qui s'avère même prête à trahir Louise pour le faire réélire.

Et la jeune Soraya, au visage marqué d'une longue cicatrice, qui se retrouve seule à Montréal, abandonnée par Louise, au sein d'une famille pachtoune dominée par le père, craint par tous, épouse, fils et filles. Dont la jeune Nouria, «prisonnière d'un moule culturel si fort»... qu'il aura raison de sa rébellion.

«Un fin fleur bleue pour elles n'aurait pas été conséquente avec ce que je connais du milieu», soutient Mme Ouimet, qui a notamment couvert le procès Shafia puis rencontré, en Afghanistan, la soeur de Tooba Yahya, accusée de quadruple meurtre dans cette troublante affaire de crime d'honneur.

Pour étayer ses propos, elle a mené plusieurs entrevues, entre autres auprès de nombreuses Afghanes ayant fui leur pays. «Je n'aurais pas pensé que le Coran puisse faire partie des rares éléments de leur passé que ces femmes placent d'emblée dans leur valise...»

Elle a aussi puisé dans ses souvenirs d'autres détails du genre (telle cette ceinture accrochée à un clou dans le salon d'une famille de Kandahar dont elle a partagé le quotidien pendant une semaine) pour étoffer le décor. Des détails qu'elle doit souvent retrancher elle-même de ses articles, faute d'espace.

En 25 ans de carrière à La Presse, Michèle Ouimet a couvert moult conflits, visité des camps de réfugiés, rencontré des femmes victimes d'abus en tous genres de leur conjoint.

Elle qui n'avait jamais vu de cadavres, c'est par centaines qu'elle a dû les absorber d'un seul regard en débarquant au Rwanda, en 1994. Il y a donc «un peu» d'elle dans la Louise qui se réveille en sueur en pleine nuit, aux prises avec ces images cauchemardesques.

«Ce sont des expériences qui marquent, qui changent notre regard. Quand Louise explique qu'elle pensait s'endurcir, à la longue, ça fait écho à ce que je pense. Car je ne peux pas croire qu'on puisse s'endurcir...»

Un sourire amusé aux lèvres, Michèle Ouimet précise néanmoins du même souffle que La Promesse n'a rien d'un roman à clé.

Quiconque tenterait de savoir qui est ce serial lover flirtant avec toutes ses collègues ou cette Charlotte jouant de ses armes de séduction massive pour gravir les échelons dans la salle de rédaction où Louise oeuvre «pourrait regarder autour de lui ou d'elle dans son environnement de travail».

Et quiconque penserait qu'à l'instar de son personnage, elle flambe des centaines de dollars en sous-vêtements affriolants à ses retours de reportages à l'étranger se tromperait sur sa manière de décanter. «Je préfère tricoter!»

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