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Une exposition pour réparer l'oubli

La nouvelle expostion du Musée canadien de la... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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La nouvelle expostion du Musée canadien de la guerre intitulée Étrangers ennemis - L'internement au Canada, 1914-1920.

Patrick Woodbury, LeDroit

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L'exposition Étrangers ennemis - L'internement au Canada, 1914-1920 pourrait tout aussi bien s'intituler Ennemis intérieurs. Contrairement à ce que laisse entendre son titre, il ne s'agit pas de prisonniers de guerre envoyés au Canada purger leur peine, mais d'immigrants déjà installés au Canada dont la citoyenneté, au moment où éclate la Première Guerre mondiale, pose problème. Un volet longtemps occulté de l'histoire canadienne, dont le Musée canadien de la guerre se propose de retracer les principaux enjeux. A découvrir jusqu'au 29 mars 2015.

Venus de Bulgarie, des empires germanique, austro-hongrois et ottoman, autrement dit, des états officiellement en guerre contre l'Empire Britannique, ces immigrants voient soudainement leur statut changer sous le coup de la Loi sur les mesures de guerre. Travailleurs étrangers attirés par les possibilités d'emploi qu'offrait le Canada au tournant du siècle, à une époque prospère, ils sont désormais identifiés comme des « étrangers ennemis » sur leur terre d'accueil. Au total, 8579 personnes - dont les trois quarts ukrainiens -  seront internées dans un réseau de 24 camps à travers le Canada.

« La raison principale de cette mesure est la sécurité nationale, explique l'historien John Maker. On craignait que ces immigrants envoient de l'argent dans leur pays d'origine qui aurait pu être utilisé pour l'effort de guerre des ennemis. Mais il y avait aussi le risque qu'ils s'évadent par les États-Unis et rejoignent le camp adverse. »

Cette exposition organisée en partenariat avec l'Association ukrainienne-canadienne des droits civils présente ainsi une trentaine de photographies mises en contexte selon cinq thèmes chronologiques.

« L'immigration au Canada pendant l'avant-guerre » rappelle que durant les deux décennies qui ont précédé la guerre, le Canada cherchait à attirer les immigrants européens dans l'espoir de peupler les prairies et d'obtenir la main d'oeuvre nécessaire à la croissance du pays : entre 1891 et 1914, 170 000 Ukrainiens ont ainsi immigré au Canada.

Quand survient le début de la guerre, la Loi sur les mesures de guerre permet la confiscation des biens et l'internement de ces «étrangers ennemis ». Seuls les hommes sont considérés comme des prisonniers de guerre et traités comme tels, contraints d'accomplir des travaux harassants et très peu rémunérés. Si les internés avaient des familles à charge, celles-ci étaient installées dans des quartiers adjacents et recevaient chaque mois de l'argent du gouvernement pour les aider à payer le loyer, la nourriture et du combustible.

Certains prisonniers considérés comme des « étrangers radicaux » resteront détenus après la fin de la guerre « par crainte du bolchévisme », précise John Maker.

Mais ce qui frappe, au-delà des conditions difficiles de détention, de la résonnance historique de l'appellation « camp d'internement », c'est l'absence de reconnaissance officielle ou de réparation symbolique de la part du Canada pendant tout un siècle. Il faudra attendre 2005 pour que la Chambre des communes adopte la Loi portant reconnaissance de l'internement de personnes d'origine ukrainienne. A sa façon, cette exposition très inclusive à l'égard des autres communautés affectées, répare un peu de cet oubli.

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