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Une bédéthèque québécoise à l'ÉMI

Le professeur Sylvain Lemay... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le professeur Sylvain Lemay

Patrick Woodbury, LeDroit

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La toute première bédéthèque au contenu exclusivement québécois a vu le jour à Gatineau. Les rayons de la bédéthèque de l'ÉMI contiennent déjà quelques raretés, dont les 11 numéros du magazine La Pulpe, né en Outaouais au début des années 1970.

De tels trésors, quasiment perdus, sont d'une valeur inestimable. Aux yeux des chercheurs, du moins, car il n'y a pas de véritable marché de collectionneurs au Québec, constate Sylvain Lemay, l'actuel directeur de l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI), qui offre un bac en BD à l'Université du Québec en Outaouais (UQO).

Cette bédéthèque québécoise sera officiellement inaugurée le 30 novembre, à la bibliothèque universitaire du pavillon Lucien-Brault, en lien avec les activités des Rendez-vous de la BD de Gatineau qui débutent vendredi.

M. Lemay s'est donné le mandat de «rassembler, de la façon la plus exhaustive possible, toute la production de bandes dessinées, incluant les revues spécialisées, qui s'est publiée au Québec depuis le début du xxe siècle».

L'aventurier des livres perdus

Lui qui s'est lancé voilà 20 ans dans la rédaction d'un mémoire de maîtrise sur Réal Godbout et Pierre Fournier - les papas des personnages Michel Risque et Red Ketchup, nés dans les pages de Croc - dit avoir bien connu «les difficultés liées à l'accès» aux albums de BD et s'être souvent heurté à de «nombreux problèmes de référencement» alors qu'il naviguait de bibliothèque en bibliothèque, à Montréal, dans le cadre de ses recherches successives.

«Depuis 1993, j'écume les librairies de livres usagés pour mettre la main sur de vieux bouquins», note Sylvain Lemay. Il a lui-même donné quelque 1000 ouvrages à la bédéthèque de l'ÉMI.

Nombre de ces documents avaient servi à constituer le fonds du Centre de documentation sur la BD québécoise, créé à l'UQAM, en 1997, par le Groupe de recherche pour l'étude des récits en image, sous l'impulsion de M. Lemay.

Rapatriés en Outaouais depuis que le Groupe avait mis en veilleuse ses activités de recherches, BD et magazines trônaient sur de multiples étagères, dans le bureau de M. Lemay, ou traînaient dans des boîtes en carton alentours.

L'enseignant s'est retrouvé face à «un problème de circulation: les livres pouvaient difficilement être consultés».

Son idée de bédéthèque spécialisée s'est remise à lui trotter dans la tête en 2008. «Le déclic, ç'a été quand notre bibliothèque a réuni l'intégrale des éditions reliée du Journal de Spirou», grâce à un don privé. «On en était très fier, mais ce n'était pas un contenu québécois.»

L'inauguration n'est qu'une étape, l'objectif étant de compléter progressivement cette collection, dit M. Lemay. Son Moby Dick, c'est le fanzine Le Débouché, de Réal Godbout, pour lequel ses recherches se sont révélées infructueuses.

Tout cela représente «un gros travail de restauration, de reliure et de référencement». La fondation de l'UQO a été approchée pour donner un coup de pouce, indique-t-il.

La consultation est libre; les volumes peuvent être empruntés, y compris par les étudiants externes à l'UQO, sous certaines conditions.

Une histoire du Québec en vignettes

«C'est la première bédéthèque du genre dans la province », fait valoir Sylvain Lemay, sourire aux lèvres, tandis qu'il extirpe fièrement des rayonnages un exemplaire de la revue François datant des années 1940, ou les péripéties de Pluck, signées à la même époque par Odette Vincent.

Pour en faire apprécier le contenu hautement moralisant, l'enseignant ouvre des « illustrés » des éditions Fides (« foi », en latin), rappelant que c'était eux « les plus populaires dans les années 1950».

«Au xixe siècle, il n'y avait que des caricatures et des récits en images; ensuite, vers 1902, 1905, des BD ont commencé à apparaître dans les journaux.  Mais c'est avec Fides que débute véritablement l'aventure de la BD au Québec.»

Les revues L'Abeille ou Hérauts, chez Fides, certains auteurs comme Maurice Petitdidier, et la présence de l'imprimatur ecclésiastique se font vestiges des débuts du Neuvième Art... contrôlés par l'Église. Qui tolérait tout juste des titres sur Baden Powell et Christophe Colomb, édités par Dupuis.

M. Lemay nous tend un petit livre datant de cette Grande Noirceur ; Intitulé Face à l'imprimé obscène, et publié sous l'autorité de la commission des évêques catholiques de Montréal, « l'ouvrage liste 617 titres de comics à l'index ou à proscrire », note l'enseignant.

Pas très loin sont rangés les comics publiés par les éditions Héritage, qui traduisaient au Québec les aventures des superhéros Marvel. La bédéthèque québécoise de l'ÉMI a réuni beaucoup de ce qui s'est fait, dans l'humour et la provocation, lors du « printemps de la BD québécoise », à partir de 1968 et jusqu'au milieu des années 1970.

S'y trouvent évidemment les revues Safarir, dont il ne manque pas le moindre numéro. Elles côtoient les titres publiés ce mois-ci par Mécanique Générale, et de vieux exemplaires d'Onésime, d'Albert Chartier. L'illustrateur de Séraphin a d'ailleurs « été mon directeur de maîtrise à l'UQAM », déclare Sylvain Lemay.

Au détour des tablettes, on trouve évidemment les héros 100 % pure laine, tel Capitain Kébec, et quelques autres plus anciens, « très difficiles à trouver aujourd'hui », tels Nic et Pic les deux souris, les titres Brisebois et compagnie ou encore M. Tranquille.

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