Unis TV, l'énergie de la jeunesse

Marie-Philippe Bouchard, la PDG de TV5 Québec Canada,... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Marie-Philippe Bouchard, la PDG de TV5 Québec Canada, qui chapeaute Unis TV

Etienne Ranger, LeDroit

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Le 1er septembre, Unis TV fêtait ses deux premières années d'existence. La chaîne francophone pancanadienne a vu son auditoire grimper de 14 % l'an dernier, récoltant six nominations aux prix Gémeaux au passage, et continue de voir croître le nombre de ses productions inédites (43 cette saison, 117 au fil de ces trois ans).

Mais dans ce marché hyperconcurrentiel caractérisé par la fragmentation des clientèles, et face à la multiplication des plates-formes, c'est la notoriété croissante d'Unis TV qui réjouit le plus Marie-Philippe Bouchard, la présidente-directrice générale de TV5 Québec Canada - qui chapeaute Unis.

Fin août, cette ex-gestionnaire d'ICI Radio-Canada, qui s'est greffée à TV5 en février 2016, dévoilait à Ottawa la quinzaine de nouvelles émissions originales qui composent la nouvelle saison d'Unis TV. 

« Je suis très attachée au mandat que s'est donné Unis TV de rejoindre la famille, un auditoire assez large, pour permettre aux communautés francophones de partout au pays de sentir qu'ils ont leur place, leur voix. Et que toutes les générations peuvent se retrouver autour de nos contenus. » 

La capacité de séduire le jeune public est un élément « vital » aux yeux de Mme Bouchard.

« Ce que je trouve intéressant dans cette programmation automne-hiver, c'est qu'il y a beaucoup de productions originales produites ici [au Canada] et que toutes les générations peuvent se retrouver autour des contenus d'Unis TV », car la moitié de ces nouveautés sont destinées « aux jeunes et aux jeunes familles », rappelle la PDG.

Ces contenus sont non seulement disponibles à tous les abonnés du câble, mais une partie - les contenus jeunesse, notamment - est accessible sur Internet, « parce qu'on a cette ambition de continuer à construire notre auditoire numérique », rappelle Mme Bouchard. 

Elle illustre son propos en mentionnant les nouvelles émissions Canot cocasse, où l'on alterne entre dessin animé et prises de vues réelles ; À fond de train, le rallye familial qui démarrera cet hiver et sera l'occasion de souligner le 150e anniversaire du pays ; ou Ouache !, dans laquelle une poignée d'enseignants décortiquent « des phénomènes qui provoquent le dégoût » afin de mieux en tirer une substantifique moelle cocasse, mais scientifique. « La prémisse de l'émission est assez chouette, c'est : "Allons voir ce qu'il y a derrière [ce dégoût], voir ce qu'on peut apprendre, en mode ludique". »

Le site Unis.ca prend soin de proposer émissions bonifiées - des « contenus riches et élaborés », pour reprendre le terme du Fonds des médias du Canada, qui les finance - et des exclusivités. Les créations audiovisuelles « sont de moins en moins formatées » pour la seule télévision. Logique : « On a besoin de flexibilité pour nourrir les différents publics. »

Depuis la création d'Unis.ca, 520 000 vidéos y ont été visionnées, pour un total de trois millions de pages consultées, se félicite Mme Bouchard, en rappelant que certains contenus d'Unis sont aussi proposés sur Tou.TV, grâce à une entente de distribution.

Le rôle des Documentaires

La gestionnaire avoue sa satisfaction et sa fierté que la chaîne s'efforce de continuer à diffuser des films documentaires - « pas seulement des séries ». 

Mais l'opération nécessite, de la part des diffuseurs, plus d'efforts en termes de publicité et de mise en marché, rappelle-t-elle. Cet automne, la chaîne a prévu cinq longs métrages documentaires, sur des sujets aussi divers que les OVNIS, le « social » (une tradition matrimoniale typiquement manitobaine), l'artiste acadienne Herménégilde Chiasson et le requin-pèlerin qui sillonne les profondeurs de l'Atlantique.

Si Unis TV persiste « à faire découvrir des documentaires, même si c'est un défi », c'est « parce que ça laisse des traces à long terme sur l'état de notre société, sur la réflexion, sur l'état de notre culture ». 

Cela permet aussi de renforcer les liens entre le diffuseur et les créateurs francophones éparpillés aux quatre coins du Canada. « Continuer à alimenter leur capacité de production est une partie importante de notre mandat », assure-t-elle. 

En deux ans, la chaîne a ainsi établi des partenariats avec 49 boîtes de production - dont une dizaine (« 20 % ») en Ontario, souligne-t-elle. Parmi elles, les firmes ottaviennes Slalom, Balestra et Carte Blanche (laquelle a aussi une antenne à Sudbury).

Une chaîne bien implantée sur le terrain

Les moyens financiers d'Unis demeurent « limités ». Sa part de marché et sa portée sont moindres que celles des « grandes chaînes généralistes ». Aussi, mieux faire apprécier ses contenus demeure un « défi » permanent, rappelle Marie-Philippe Bouchard.

D'autant que son positionnement au sein de la liste des canaux - qui change en fonction de la région où est diffusée la chaîne - ne lui facilite pas les choses, fait-elle valoir. Et puis, « on n'est pas nécessairement dans les zones de trafics les plus élevés », note la gestionnaire. 

Mais elle dispose de quelques atouts. « On profite de TV5, établie depuis plus longtemps, pour se faire connaître » en y glissant des annonces sur le contenu d'Unis. « Une stratégie développée à ICI Radio-Canada » pour faire rayonner les émissions de ses chaînes soeurs comme ICI Explora ou ICI ARTV, et « qui fonctionne très bien », note la gestionnaire qui a travaillé pendant 28 ans pour le diffuseur public. 

Le Fonds TV5 lui permet en outre de financer des productions originales. Et TV5 Monde a racheté une vingtaine d'émissions et séries produites pour Unis TV, favorisant le rayonnement de la francophonie canadienne à l'étranger.

En revanche, « on profite du fait qu'on est présent dans les communautés, on a plusieurs bureaux hors de Montréal ». Dont un à Toronto, mais aucun à Ottawa.

« Ce sont de vastes territoires à couvrir. Mes chefs de production se promènent beaucoup, principalement pour rencontrer les producteurs », mais aussi pour servir d'« interface avec de multiples associations et manifestations culturelles ».

« L'idée, c'est d'être actif sur le terrain, pour faire parler d'Unis et piquer la curiosité des gens, afin qu'ils découvrent les contenus qu'on a façonnés pour eux. »

Un défi aussi grand que le territoire couvert, reconnaît-elle. 

« On doit être patients. Et on compte sur quelques succès qui font du bruit », à l'image de la télésérie de fiction St-Nickel, une production originale qu'a concocté l'an dernier Carte Blanche. Il n'y aura toutefois pas de suite, l'auteur de St-Nickel ayant préféré se consacrer à autre chose, précise-t-elle. « Mais c'est dans les cartons » de Pierre Gang, le directeur des programmes d'Unis et TV5, que d'offrir rapidement une autre « série de fiction façonnée dans l'une de nos communautés en situation minoritaire », promet-elle. Celle-ci « pourrait venir de l'Acadie, de l'Ouest ou de l'Ontario ».

En attendant cet éventuel prochain succès, la chaîne promet de continuer à faire rayonner « l'authenticité » des multiples voix francophones qui la composent. Et à révéler « le caractère universel du discours identitaire ».

Un trait d'union

Unis TV est une chaîne « généraliste », insiste Marie-Philippe Bouchard. « On n'a pas de niche thématique étroite. Notre niche, en fait, c'est d'être le trait d'union entre ces communautés. En cela, la chaîne est très originale - et très complémentaire à l'offre déjà disponible. »

Certaines voix, décriant la Montréalisation de Radio-Canada qu'ils croient observer, arguent que le diffuseur public respecte mal son mandat de représenter l'ensemble des francophones du Canada. La PDG de TV5 Canada Québec et Unis TV n'a pas le sentiment d'essayer de se substituer à ICI, ni même d'empiéter sur ses plates-bandes. « On s'inscrit dans NOTRE trace... en toute amitié avec les diffuseurs publics qui servent ces communautés, que ce soit Radio-Canada ou TFO. Il y a des zones de collaboration existantes et possibles entre nous, mais l'important c'est qu'on ait des personnalités distinctes, que l'on contribue à la diversité des points de vue » soutient celle qui, après avoir exploré pendant 28 ans tous les recoins de la SRC - « la radio, la télé, les nouvelles, la musique, les services numériques et la planification stratégique » - continue de défendre la volonté farouche et les efforts constants de Radio-Canada pour conserver son « ancrage dans les régions qu'elle dessert ». 

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