• Le Droit > 
  • Arts > 
  • Télé 
  • > «Raconter» Dallaire, entre liberté et ambiguïté 

«Raconter» Dallaire, entre liberté et ambiguïté

Le réalisateur Guilhem Rondot (à droite) et Pierre-Frédéric... (Courtoisie)

Agrandir

Le réalisateur Guilhem Rondot (à droite) et Pierre-Frédéric Chénier, le caméraman principal du documentaire Le Messager, portant sur le peintre gatinois Jean Dallaire, dont on aperçoit en arrière-plan le tableau intitulé La Folle (1952).

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Jean Dallaire «a voulu sortir de la misère par la peinture, en mettant de la couleur dans ses tableaux», soutient le documentariste Guilhem Rondot.

À l'aide des toiles phares du regretté peintre gatinois, allant de sa première Nature morte jusqu'à l'ultime Messager qui donne son titre au film, M. Rondot fait revivre l'homme, le père et artiste. L'oeuvre de 45 minutes sera projetée deux fois plutôt qu'une ce mardi à la salle Jean-Despréz (l'événement affiche complet à 18h30 mais il reste des places pour 20h15), puis diffusé à la télévision d'ICI Radio-Canada Ottawa-Gatineau, samedi à 21h.

«Je connaissais Dallaire de nom, mais j'avais vu très de choses de lui, si ce n'est Les Oiseleurs, cette toile de très grand format qui orne un mur de l'agora de la Maison du citoyen, confie Guilhem Rondot. À devoir fouiller dans son oeuvre et à revoir ses tableaux, j'ai découvert un côté très coloré auquel je ne m'attendais pas. Je l'imaginais moins étincelant. Mais j'ai aussi compris, à la lueur des témoignages de ceux qui l'ont connu, qu'il était plus triste dans la vie que dans sa peinture.»

Le cinéaste a tenu à «raconter» Dallaire (né à Hull en 1916 et décédé en France à l'âge de 49 ans) par le biais de ses fils Michel et François Dallaire, mais aussi du biographe de l'artiste, le critique d'art René Viau, de la directrice de la galerie Montcalm Dominique Laurent et de l'ancien directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec, John Porter. Il a de plus retracé l'un de ses élèves des Beaux-arts de Québec, Jean Letarte, de même que Danielle et Guy Montpetit, qui auront été les derniers à rencontrer le peintre à Vence, avant son décès survenu le 27 novembre 1965. C'est d'ailleurs à eux que l'on doit la photo de Jean Dallaire, sur son lit de mort, entouré de ses plus récentes toiles, apprend-on dans le film.

«Dallaire avait un don inné pour le dessin et la peinture», évoque Guilhem Rondot, rappelant du même souffle que l'aîné d'une famille de 11 enfants a d'ailleurs refusé de travailler à la EB Eddy comme les autres.

«Découvert» par le père Lévesque, le jeune artiste est hébergé au Collège dominicain d'Ottawa, dans les années 1930. Tout en respectant les commandes, il n'hésite pas à, déjà, apporter sa touche personnelle, en donnant une coupe de cheveux très moderne à un ange féminin ou en faisant saillir les veines des cuisses d'un Christ mort (1939), allongé sous son linceul.

Et si Dallaire a sans contredit aimé son épouse Marie-Thérèse, cette dernière a plutôt admiré le peintre en lui et été déçu par l'homme qui arrivait difficilement à subvenir aux besoins des siens. Il «se moquait de l'argent» et est devenu père «par la force des choses», mentionne Guilhem Rondot. 

Il a aussi été fait prisonnier par les Allemands pendant quatre ans, lors de son premier séjour en France, et dessinera des portraits de gradés SS en échange de cigarettes, soutient le documentariste. A été pistonné à l'Office national du film à Ottawa, après avoir perdu son poste à l'École des beaux-arts de Québec, en 1952. Puis, en 1959, alors qu'on lui donne un an à vivre, notamment à cause d'une cirrhose avancée due à son alcoolisme, il plaque femme et enfants et retourne s'établir seul en France, où il meurt six ans plus tard.

«C'est là qu'il s'accomplira comme artiste, dans ses dernières années. Toutes les époques de sa vie l'auront amené à peaufiner son art et sa notion de liberté. Or, il y a justement, à chaque étape de son existence, toute l'ambiguïté de Dallaire», renchérit M. Rondot.

Le Messager sera de nouveau projeté devant public lors du vernissage du Recycl'Art de Gatineau, le 18 juillet prochain, aux Brasseurs du Temps, en formule ciné-terrasse.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer