Lumières d'un songwriter francophile

Bruce Cockburn se produira dans sa ville natale,... (Courtoisie)

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Bruce Cockburn se produira dans sa ville natale, à Ottawa, le 22 septembre prochain au Centre national des arts (CNA).

Courtoisie

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Bruce Cockburn, 72 ans, rompt avec sept ans de silence - sur disque, du moins, puisqu'il a publié ses mémoires en 2014, sous le titre Rumours Of Glory - en faisant paraître son 33bébé, Bone On Bone.

S'ensuivra une imposante tournée de quelques 60 dates qui le fera traverser Ottawa - sa ville natale - le 22 septembre (sa prestation est prévue au Centre national des arts, avec Terra Lightfoot en guise d'invitée spéciale). 

Et c'est le lendemain, à Toronto, que son statut de songwriter sera officiellement gravé dans le marbre,

alors qu'il entrera au Panthéon des Auteurs et Compositeurs (songwriters) Canadiens, lui dont le nom est déjà au Panthéon du rock 'n' roll canadien depuis 2001.

Au téléphone, depuis San Francisco où il s'est établi, Bruce Cockburn rigole quand on lui demande si c'est pas amour pour le trombone, qu'il a baptisé son nouveau disque Bone on Bone. La question est moins naïve qu'elle paraît, vu que ce disque de folk passablement bluesé est copieusement imbibé de cuivres, et notamment de bugle (flügelhorn). La réponse est plus prosaïque : il s'agit d'une expression anglaise exprimant les os qui frottent les uns contre les autres, lorsque le cartilage se désagrège, répond le guitariste.

Et d'expliquer qu'il ressent désormais moins poétiquement que physiquement la douleur du temps qui passe, à présent que Chronos a laissé sa marque sur ses articulations septuagénaires.

« Ça n'a rien de confortable, mais ça faisait un titre amusant. Et puis la phrase a quelque chose de viscéral... »

Épuisement créatif

Mais la douleur n'est pas à l'origine de ce long silence musical. Le manque d'inspiration, oui.

D'abord, « les chansons ne me viennent plus aussi vite qu'auparavant », concède-t-il. Et puis, « après mon livre, j'étais lessivé. La rédaction de cette autobiographie m'a accaparé pendant trois ans - durant ces heures créatives empruntées à la nuit, qui étaient jusque-là dédiées à l'écriture de chansons », dit-il en soulignant que ce travail en prose puisait à la même source que la composition de chansons, malgré les différences.

Bruce Cockburn a aussi renoué avec les plaisirs de la paternité : sa plus jeune fille, Iona, est née en 2011. Là encore, malgré tout le bonheur que cela engendre, la fatigue a fait son oeuvre chez le prolifique songwriter.

 « J'ai longtemps douté d'être capable de me remettre à composer un jour. »

Folk-rock zen baigné de spiritualité religieuse, sourires doux-amers et commentaires sociaux critiques : les inconditionnels seront heureux de retrouver, au sein de ce nouvel album, l'essence de Cockburn, concentrée en 11 titres. Le chanteur-activiste y scrute à la loupe - ce dont témoigne la pochette du disque - la lumière intérieure et les « noirceurs de notre époque ».

« Écrire une chanson, c'est chercher un territoire commun. Or, nous nous sentons tous concernés par ce qui est sombre ou terrifiant », dit-il avant d'évoquer « la polarisation » des Américains depuis l'accession au pouvoir du président Trump, qui fait qu'il est devenu « impossible de communiquer » entre voisins, ou encore « le prix qu'il faudra un jour payer pour les abus qu'on a imposés à la Nature », et dont les gouvernements continuent de nier la gravité. Sa sensibilité environnementale s'exprime cette fois sur False River.

Il n'a pas la naïve prétention de pouvoir changer le monde note à note, mais il continue de penser qu'il contribue ainsi à « ouvrir les canaux de communication ».

Spiritualité assumée

Quelles que soient les « aberrations » qui « menacent la survie de l'humanité » - et par conséquent imprègnent d'amertume les compositions de M. Cockburn, des lumières plus divines finissent souvent par planer au-dessus de ses ritournelles.

« Beaucoup de chansons composées au début de ma carrière, dans les années 70, étaient explicitement chrétiennes. Dans les années 80 et 90, mon intérêt pour la sphère spirituelle de la vie n'a pas diminué, mais l'aspect religieux de mes chansons est devenu moins manifeste, pour laisser place à une exploration du monde matériel et social », retrace Bruce Cockburn, qui, sur Bone On Bone, laisse ouvertement rayonner sa sensibilité et sa joie mystiques - « sans que rien de tout cela ne soit prémédité », assure-t-il - au travers de chansons telles que Jesus Train, Twelve Gates To the City ou encore ce Stab At Matter baigné par la chorale de l'église que le chanteur  fréquente, à San Francisco.

En français

Ses fans francophones seront ravis d'entendre Bruce Cockburn chanter à nouveau en français. 

C'est dans cette langue qui n'est pas la sienne - et que le Canadien s'excuse encore aujourd'hui de ne pas maîtriser mieux - qu'il a composé Mon chemin

Un exercice auquel il n'avait pas osé se frotter depuis les années 70, reconnaît l'auteur de Vagabondage (1976) et d'une petite poignée d'autres titres en français. Parmi lesquels Homme Brûlant, qu'il considère comme « une des meilleures ». Je me souviens l'avoir chantée à la télé en duo avec Michel Rivard », partage-t-il subitement, amusé par la coïncidence, puisque Beau Dommage sera aussi intronisé cette semaine au Panthéon des songwriters, tout comme Stéphane Venne et Neil Young, d'ailleurs. « Qui sait où serait mon chemin ? est un vers que j'ai emprunté au poète Guillaume Apollinaire », précise le chanteur, avant d'ajouter humblement que « mon texte ne ressemble en rien, ni dans son style ni dans son contenu, au poème original ».

Très francophile, il continue de pratiquer le français à travers la lecture, et notamment la bande-dessinée. Pour nous convaincre, il citera quelques volumes signés Jacques Tardi et de Enki Bilal, qui trônent dans sa bibliothèque à San Francisco, ville où sa fille poursuit sa scolarité dans une classe d'immersion française, ajoute-t-il. 

Et, comme sur la plupart de ses précédents albums,  le livret de Bone On Bone comporte des traductions - libres - de toutes les chansons du disque.

Une carrière bien remplie

Entre 1971 (pour son premier album éponyme) et 2012 (pour Small Source of Comfort, son 31e et plus récent disque studio), Bruce Cockburn a remporté 11 statuettes Juno dans les catégories folk, root et traditionnel. Lors du gala des Juno de 2006, le Canadien a aussi mérité le tout premier prix humanitaire Allan Waters. 

En 2014, dans le cadre du Canadian Music Week, l'organisation du gala des Canadian Music & Broadcast Industry lui remettait le prestigieux prix humanitaire Allan Slaight.

Au fil des ans, le chanteur a reçu des doctorats honorifiques provenant de huit universités, de York au Collège Berklee, en passant par celle d'Ottawa, sa ville natale, qui lui a remis son diplôme en 2014.

Sur la trentaine d'albums qu'il a fait paraître en près de 50 ans de carrière, quatre sont certifiés platine (80 000 exemplaires vendus) : Dancing In The Dragons Jaws (en 1983), Stealing Fire (1986), Waiting For A Miracle (1993) et Christmas, qui est quant à lui six fois platine au Canada. Onze autres de ses disques sont certifiés or.

Mais de tous les honneurs qu'il a reçus au fil de sa carrière, ce ne sont pas les accolades de l'industrie du disque ni celles des milieux universitaires qui comptent le plus à ses yeux, mais celle d'avoir été décoré du titre d'Officier de l'Ordre du Canada. « C'est la plus vraie, à mes yeux. Précisément parce que cette distinction n'a absolument rien à voir avec l'industrie. Elle me rassure et me rappelle à quel point le Canada fait partie de moi », même s'il gère à présent sa carrière depuis les États-Unis.

Bruce Cockburn en quelques dates

  • 1970 : Sortie de Bruce Cockburn, son premier album
  • 1980 : Premier disque d'or (Humans)
  • 1983 : Décoré de l'Ordre du Canada
  • 1997 : Prix Helen Verger décerné par le Ottawa Folk Festival
  • 1998 : Prix des arts de la scène du Gouverneur Général
  • 2001 : Intronisation au Panthéon de la musique canadienne
  • 2003 : Officier de l'Ordre du Canada
  • 2008 : Sortie du film documentaire Return To Nepal
  • 2014 : Publication de l'autobiographie Rumours Of Glory
  • 2017 : (15 septembre) : Sortie de Bone On Bone
  • 2017 : (23 septembre) : Intronisation au Panthéon des Auteurs et Compositeurs Canadiens

Pour y aller

Quand ? 22 septembre, 20 h

Où ? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; www.ticketmaster.ca




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