Pistoleros peu complices

Certains lecteurs se demandent peut-être pourquoi on a... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Certains lecteurs se demandent peut-être pourquoi on a préféré illustrer cette critique par des photos de fans plutôt que par des clichés des musiciens. Les jugeant abusives, le journal n'a pas voulu acquiescer aux conditions extraordinaires que Guns 'N' Roses impose en ce qui concerne la captation d'images et leur utilisation médiatique.

Etienne Ranger, Le Droit

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CRITIQUE / À 19 h 26, la grosse moto numérique qui pétaradait depuis 10 bonnes minutes, sur les écrans géants installés sur les côtés de la scène, a filé vers son azur virtuel, laissant aux Guns 'N' Roses le plaisir d'entamer les hostilités avec « It's so easy », qui allait préfigurer 3 h de souvenirs hard-rock.

Pas la chanson la plus savoureuse du répertoire des Guns. Et certainement pas celle qui réveille le plus : juste une entrée en matière très « première époque » (1987) - que le public, pas déstabilisé pour deux « cennes », a accueilli par des vivats. 

Cette chanson d'ouverture cherchera son point d'orgue dans la deuxième minute de « show », lorsque Axl Rose tendra bien haut son majeur face au public, en guise de salutations. 

Trois « tounes » plus loin, le « riff » préparatoire à (la très attendue) « Welcome to the Jungle » sera ponctué d'un « Motherf**ers » (ce seront quasiment les seuls paroles de Rose de toute la première heure ; il sera à peine plus bavard par la suite).

Pas piquée à vif, la foule sourit. Tout va bien. 

Le paysage est connu, mais le voyage à bord de ce « Nighttrain » Guns 'N' Roses que se rendra à bon port. Elle ne demandait que ça, la foule, cette plongée dans le temps, les bandanas, et les jeans déchirés. Elle s'était d'ailleurs habillée en conséquence : le nombre de t-shirt « Appetite For Destruction » au pied carré était impressionant, hier, dans l'enceinte de la place TD, où la bande californienne, comme ses fans, sont venus se rappeler le bon vieux temps en enfilant des « hits » nostalgiques. Lesquels n'avaient pas perdu grand-chose de leur énergie d'antan, malgré l'âge du « power trio ». 

Bon, pas tout à fait trio... Oh, certes, Axl Rose, Slash et Duff McKagan, les membres d'origines, sont accompagnés... mais qui se soucie réellement des quatre jeunes acolytes (Frank Ferrer, Dizzy Reed, Richard Fortus et Melissa Reese) qui les épaulent discrètement tout au fond de la scène.

Certainement pas les caméras, qui n'ont d'yeux que pour le « trium virat » micro-guitare solo-basse. Elles soulignent à leur façon l'importance de la réconciliation entre Axl Rose et Slash.

La présente tournée, « Not In This Lifetime », doit son nom au fait qu'Axl Rose a régulièrement assuré que de telles retrouvailles sur scènes ne se produiraient « Jamais de la vie ». Paradoxalement, si les écrans géants verticaux permettent d'apprécier de jolis portraits en pied de chacun des rockeurs... c'est rarissime qu'ils montrent plus d'un musicien à la fois. 

À la défense des caméramen... il faut bien avouer que les deux frères ennemis réconciliés ne passent pas leur temps collés l'un sur l'autre. On ne saurait dire s'ils s'évitent délibérément pour des raison d'acoustique et de larsen, ou pour les éclairs d'électricité statique qui pourrait jaillir entre eux s'ils se frottaient trop. 

Mais qu'importe, chacun dans son coin joue sa partition, et la joue irréprochablement bien. 

Axl Rose, à présent quinquagénaire, passe encore le plus clair de son temps à arpenter la grande scène d'une extrémité à l'autre, et régulièrement au pas de course. Certes, ses dandinements n'ont plus la grâce des débuts et la fatigue paraît parfois dans ses yeux et dans sa voix. - Celle-ci lui fait souvent défaut, notamment lorsqu'il doit tenir les aïgus (alors que ce fut pourtant une de ses cartes maîtresses). Parfois, elle l'abandonne carrément. Ce fit le cas durant les rappels, quand Axl Rose massacrera le début de « Patience », avant de retrouver son erre d'aller. Comme la version était semi-acoustique, ça paraissait plutôt mal. Et pourtant, le chanteur demeure assez spectaculaire. Et plus que capable de transmettre des décharges d'adrénaline à son public. Même lorsqu'il s'installe au piano - le temps d'interpréter une version mouvementée de ce classique Guns 'N' Roses qu'est « November Rain ».

N'empêche. Le chanteur a beau crier, courir, se déhancher, suer et changer dix fois de tenue pendant le concert, il subjugue à présent moins que son guitariste. Slash, sous ses lunettes fumées et son haut de forme noir, mélange de maîtrise technique et d'impassibilité, n'a pas changé d'un iota. Si le chanteur est le pilier des Guns, Slash en est le roc. 

Quant à Duff McKagan, pas effacé mais pas m'as-tu-vu non plus, il pourrait être le pont entre ses frères d'armes. L'ex-alcoolo (au point que Matt Groëning ait utilisé son nom pour la bière de Springfield, dit la légende) se montre tout aussi déchaîné, et électrique, que ses comparses.

Magnétique, Slash est particulièrement éblouissant dans ses solos, ou lorsque, vers la fin, il s'emparera de sa guitare à deux manches pour s'en aller frapper aux portes de Bob Dylan. Il n'y a guère que sur cet emblématique « Knocking On Heaven's Door », servi vers la fin, qu'on les sentait vraiment à l'unisson, ces deux là.

Presque dommage, en fait. Parce que ce petit moment nous fait réaliser à quel point le spectacle - même si on ne s'y ennuyait pas - manquait d'osmose et de complicité.

En fait, les Guns jouent de prudence. Le concert est ponctué de « bang » de feux d'artifice, pour ajouter du volume. Ça fonctionne super bien sur le refrain tonitruant de « Live And Let Die » (version Guns, même s'ils ont repiqué l'air à Wings). Mais dans l'ensemble, c'est un peu inutile. 

En passant, certains lecteurs se seront peut-être demandés pourquoi on a préféré illustrer cette critique par des photos de fans plutôt que par des clichés des musiciens. Les jugeant abusives, le journal n'a pas voulu acquiescer aux conditions extraordinaires que Guns 'N' Roses impose en ce qui concerne la captation d'images et leur utilisation médiatique.




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