Faire semblant? Faire mieux, plutôt...

Réal Béland présente son spectacle Faire semblant jusqu'au... (Martin Roy, Le Droit)

Agrandir

Réal Béland présente son spectacle Faire semblant jusqu'au 26 août sur la scène du Cégep de l'Outaouais.

Martin Roy, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Byline Isabelle BriseboisLe Droit AffairesPATRICK WOODBURY, LeDroit
Isabelle Brisebois

Collaboration spéciale

Le Droit

CRITIQUE / Réal Béland est attachant. Très, même. Partout où il va, un capital de sympathie le précède, le public ne pouvant s'empêcher de sourire en pensant notamment à son exubérance capillaire, son air moqueur et son légendaire Monsieur Latreille. En rodage tout l'été au Cégep de l'Outaouais, l'humoriste nous offre un quatrième spectacle décevant que, malgré toute notre bonne volonté, on ne pourra Faire semblant d'aimer...

Le fils de l'illustre Ti-Gus commence donc par les présentations d'usage, lui, un homme de 47 ans, résident de Saint-Sauveur et fier papa de quatre filles, deux biologiques et deux adoptives, ces dernières pour lesquelles - fallait-il bassement le souligner ainsi ? - il « n'a pas eu besoin de fourrer ». Sans oublier la très facile : « J'ai déjà peur au moment où les astres seront tous alignés durant le mois ». Si certains humoristes comme Louis-José Houde ont le talent de placer la barre haute dès leur première réplique, d'autres nous amènent d'emblée au ras des pâquerettes...

Réal Béland nous apprendra qu'il déteste les « phonies », ceux qui font semblant, d'où le titre de sa plus récente production. Parmi ses irritants, on trouve son chien Mario faisant l'hypocrite pour des gâteries, le gorille du zoo grimaçant pour une banane ou, encore le mystérieux hibou, dont il s'amuse à imiter le cri. Il répètera ce numéro à deux reprises durant la soirée, l'exercice laissant le parterre perplexe.

C'est en fin observateur de ses proches qu'il excelle, en écorchant affectueusement famille et amis, de ses filles à son oncle, en passant par la défunte Janine Sutto, avec qui il a travaillé. 

À travers eux, il aborde des thèmes liés à la jeunesse, l'identité et la vieillesse. Savoureux sont ces moments où il caricature son adolescente qui utilise le « Oh my God » à toutes les sauces, l'accent résolument québécois de ses deux Asiatiques ou, encore, son oncle dont les débuts de phrase sont incompréhensibles. Comme un vieux char qui peine à starter avant de rouler à plein régime.

Son coeur d'enfant, Réal Béland dit vouloir toujours le garder, lui qui adore cabotiner et s'adonner à toutes sortes de « niaiseries ». Ici, nul doute qu'il s'est fait plaisir en concevant un numéro d'ombres chinoises intitulé Les Fabuleux Soviets. Ainsi, il formera avec Stéphane Lefebvre (metteur en scène et coauteur) un tandem costumé à la Russe qui - tenez-vous bien - lancera sur un écran géant un amas de crachats, bien entendu fictifs, pour créer des images dont on connaît la nature. Vous me suivez toujours ?

Il faut avoir bien du courage pour s'aventurer sur ce terrain glissant qu'est celui de l'humour absurde, lequel s'attire souvent les foudres de la critique et du public. Nos amis les Soviets diviseront la salle entre deux clans, l'un riant à gorge déployée et l'autre, complètement de glace et dubitatif devant ce divertissement ô combien singulier.

Bien entendu, l'appel téléphonique de M. Latreille à l'habitant de l'Outaouais a fait consensus, les spectateurs se délectant du talent d'improvisateur de leur hôte et de la bonhommie de la « victime ». Saluons l'élégance de la dame de Ripon qui fouillait patiemment dans sa mémoire pour tenter d'identifier cet Henri qui semblait si bien la connaître.

Quoiqu'inégal, Faire semblant a tout de même été chaleureusement accueilli par les spectateurs venus en grand nombre au rendez-vous. La production, qui fait près de deux heures sans entracte, mériterait toutefois d'être épurée, question d'éliminer les blagues qui tombent à plat. Quant à la prochaine mouture de Réal Béland, on espère qu'elle sera à la hauteur d'un homme qui approche la cinquantaine et dont on connaît la profondeur.

Pour y aller

Quand ? Jusqu'au 26 août

Où ? Cégep de l'Outaouais

Renseignements : 1-855-790-1245 ; ticketmaster.ca




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer